Spiritualité 2000 le webzine des chercheurs de Dieu
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LE BLOGUE DU MOINE RUMINANT

Blogue d'un moine qui rumine devant la vie qui passe

Vache dans un pré en Pologne

Tenir un blogue ? Pourquoi pas ! C’est actuel, c’est nouveau, c’est créateur. Prêtre et religieux, je suis avant tout un chrétien pour qui la foi au Dieu de Jésus-Christ fonde le sens même de mon existence.

frère Thomas

* Vous pouvez faire parvenir vos commentaires au Webmestre qui les transmettra au frère Thomas

 

 


jeudi, le 29 mars 2007

La vie dominicaine est offerte à tous

Ce charisme dominicain, cet «état de perfection » dont parle saint Thomas, est un charisme pour tout homme, toute femme de bonne volonté qui désire attacher ses pas à la suite du Christ, comme la fait saint Dominique. Être Dominicain c'est porter avec les frères, les soeurs et les laïques, une passion commune pour le monde, qui se vit dans cette contemplation qui est à la fois : prière, étude, réflexion, partage, vie fraternelle, recherche de la vérité et recherche de sens. Tout cela au nom de notre amour pour le Dieu de Jésus Christ. Ainsi, c'est toute la famille dominicaine qui devient prédicante, qui porte ensemble cet extraordinaire charisme de la vérité, qui est de le connaître Lui qui a « dressé sa tente » parmi nous, afin de nous révéler la beauté extraordinaire de l'insondable mystère de Vie qui bat en nous.

Le charisme dominicain est là pour annoncer une voie de recherche et d'engagement pour le monde. Une voie qui est enracinée dans la recherche de la vérité, dans la contemplation de cette vérité, mais qui n'est pas un retrait du monde. Bien au contraire, cette contemplation elle est faite du regard attentif sur le quotidien et les grands courants mondiaux. Elle est attentive à nos proches, aux hommes et aux femmes que l'on côtoie. C'est une contemplation qui est toujours à l'affût du mystère de Dieu qui se révèle en notre monde et qui nous lance sur les routes du monde, avec passion, le cœur aux aguets, « parlant avec Dieu ou de Dieu! ». En somme, la vie dominicaine sera toujours une vie en tension où, d'une part nous devons porter la Parole vers les lieux les plus lointains, et où, d'autre part, le coeur et l'intelligence doivent toujours retrouver le chemin de la cellule afin de tendre sans cesse vers Dieu et son mystère. Fin du texte


mardi, le 28 mars 2007

Action ou contemplation?

Je vous disais dans mon journal de la Trappe que, l'aspect de mon séjour qui me nourrissait le plus à la Trappe, consistait en ces temps libres où je pouvais lire, réfléchir et prier. À un moment donné, pendant ce séjour à Oka, j'ai réalisé que les aspects de mon stage monastique qui m'interpellaient le plus... étaient dominicains! J'en étais à la fois surpris et heureux. L'étude de la Parole, la recherche intellectuelle, nourries par la prière, la liturgie! C'était là pour moi une nouvelle confirmation de ma vocation. Depuis, j'ai pu poursuivre ma réflexion sur ce charisme de la contemplation qui est aussi le nôtre et j'ai consulté saint Thomas à ce propos.

Thomas d'AquinPour saint Thomas, la contemplation est le but même de l'existence humaine, puisque qu'elle est tout orientée vers l'amour de Dieu, Lui qui est le terme de notre existence. La vie contemplative est donc engagée dans cette voie de recherche de perfection en cherchant Dieu sans cesse. Dans la vie dominicaine, c'est le service de l'évangélisation qui vient en premier, l'évangélisation par la prédication, l'enseignement, la « cure d'âmes », c.-à-d. la direction spirituelle, le ministère de la confession. Pourtant saint Thomas nous rappelle à juste titre que, dans la vie dominicaine, la prédication et l'enseignement doivent procéder de la contemplation. Pour saint Thomas, contempler c'est admirable, mais la contemplation qui devient prédication est le sommet même de la vie religieuse.

C'est le « contemplata aliis traedere » des dominicains, c.-à-d. transmettre au monde le fruit de notre contemplation. Saint Thomas affirme : «de même qu'il est préférable d'éclairer que de seulement briller, de même il est préférable de donner aux autres les fruits de sa contemplation que de simplement contempler » ( IIa-IIae, q. 188 ). C'est beau cette vision que présente saint Thomas du charisme dominicain, lui qui est Docteur de l'Église et qui est donc un guide sûr afin de nous aider à mieux comprendre le sens de notre vie dominicaine. Et je me réjouis de trouver chez lui une réponse à cette soif qui m'a toujours habité et qui ne fait que me confirmer dans ma vocation dominicaine. Action ou contemplation? Mais chez nous, cela ne fait qu'un! Et je comprends mieux maintenant pourquoi, au cœur de l'action, de mes engagements apostoliques, la contemplation pouvait me manquer.

Pour saint Thomas, la prédication et l'enseignement sont les fonctions les plus élevées que puisse exercer un ordre religieux. Naturellement Thomas, en écrivant ces lignes, pensait à l'Ordre des Prêcheurs, qu'il se devait de défendre contre le clergé séculier qui remettait en question les privilèges et l'autonomie des dominicains à l'endroit des évêques.  Mais pour que les Dominicains puissent véritablement entrer dans cette voie très riche de l'apostolat, saint Thomas déclare que « l'action doit procéder de la plénitude de la contemplation ». C'est à cette condition que la vie du dominicain devient une voie privilégiée dans la recherche de Dieu, c.-à-d. dans la mesure où sa recherche s'enracine dans la prière, l'amour de Dieu et l'amour du prochain. Et je vois bien à quel point mon besoin de me donner des espaces pour cette contemplation, cette vie d'études, est vital pour exercer mon ministère. Car notre mission principale est de partager les fruits de cette contemplation à travers la prédication et l'enseignement.

Bien sûr les tâches caritatives (hôpitaux, aumônes, soins des pauvres, etc.) ou administratives doivent être assumées en Église. Nous ne sommes pas des frères de Saint-Vincent-de-Paul qui s'occupent des pauvres, des démunis; nous ne sommes pas de la tradition d'une Mère Térésa ou des arches de Jean Vanier. Au cœur du charisme dominicain, l'aumône a tout à fait sa place, mais pour nous l'aumône, notre œuvre caritative principale, c'est de donner l'aumône de la vérité, du sens de la vie. C'est là notre aumône au monde, comme le rappelait le Dominicain Paul Murray dans son cours à l'Angelicum. Fin du texte


lundi, le 26 mars 2007

Journal (13)

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UNE RENCONTRE DÉCISIVE 


À l'automne 74, j'étais allé à Montréal retrouver des amis. C'était un samedi soir et nous devions sortir ensemble. Nous nous étions donné rendez-vous chez une amie qui habitait Outremont, et qui confectionnait des vêtements. À notre arrivée, une cliente était avec elle. Elle s'appelait Hélène.

Nous nous sommes tous retrouvés autour de la table à prendre une tisane. Hélène était très jolie, elle avait 20 ans, j'en avais 27.  Sur la table, près d'elle, il y avait un livre qui attira mon attention. Sur la couverture, on voyait la terre comme en feu et le titre semblait parler de fin du monde. Je lui ai demandé ce qu'elle lisait et elle me dit tout bonnement que c'était un livre qui parlait de la Bible et de l'avenir du monde. Je ne pus retenir un sourire sarcastique, et je lui dis : « Tu crois en la Bible? » Et elle me répondit tout simplement : « Oui, tout est là.»

Une réponse un peu énigmatique qui mit fin à mes questions. Mais Hélène me plaisait. Au premier coup d'oeil, je me sentis attiré vers elle et je croyais deviner une réciprocité. Quand vint le temps de partir, je l'invitai à se joindre à nous, mais elle avait déjà un engagement ce soir-là et c'est à regret que je la vis partir.

Le lendemain, chose que je n'avais jamais faite de ma vie, car je n'étais pas très audacieux avec les filles, je téléphonai à mon amie la couturière afin de lui demander le numéro de sa cliente, lui disant que je la trouvais sympathique et que je souhaitais la revoir. Après quelques jours, je réussis à la rejoindre. Elle se souvenait de moi. Je lui dis, comme prétexte de mon appel, que j'avais bien aimé notre échange au sujet de la Bible (!) et que je serais intéressé à en parler plus longuement avec elle si jamais elle avait une soirée de libre. Qu'est-ce qu'un garçon n'inventerait pas pour sortir avec fille! Elle accepta tout de suite, à ma grande joie, et je lui proposai de venir chez moi à la campagne, le samedi suivant, lui disant que j'avais aussi des billets pour un spectacle à l'Université de Montréal (Diane Dufresne et le groupe Harmonium).

Cette journée à la campagne fut très belle. Nous étions à la fin novembre, et déjà il y avait de la neige. Nous avons donc pu faire de la raquette dans les bois derrière chez moi. Il faisait un soleil radieux. Fidèle à la raison « officielle » de mon invitation, je la questionnai naturellement sur la Bible et sur Dieu. Hélène était une convertie qui fréquentait les pentecôtistes. Elle me raconta sa conversion et me dit combien la rencontre de Jésus-Christ avait changé sa vie. En contre-partie, je lui apportais mes objections, je lui présentais ma vision du monde et de la vie, mais j'étais beaucoup moins vindicatif et agressif que d'habitude lorsque j'abordais ce sujet. Mon intérêt pour Hélène, car je commençais déjà à en être amoureux, me rendait beaucoup plus réceptif et accueillant à ce qu'elle vivait. Et elle ne demandait qu'à partager son expérience de foi avec moi, sans prosélytisme. Le soir, nous nous sommes allés à Montréal le spectacle. Je me sentais amoureux et je me souviens lui avoir dit qu'elle était pour moi comme un ange envoyé du ciel! Je ne mesurais pas alors toute la vérité de cette affirmation. Fin du texte


vendredi, le 23 mars 2007

Le rapport à la Liturgie des Heures dans la tradition dominicaine (2)

Le couvent des frères : une « sainte prédication »

Saint Dominique en prièreLes couvents dominicains sont conçus comme de « saintes prédications » . La prédication des frères s'enracine dans une vie régulière qui annonce déjà la bonne nouvelle. La tâche de prêcher, première responsabilité des frères, est portée par toute la communauté. La communauté tout entière est « prédicante », à la fois lieu de formation des frères et d'envoi en mission.

Les grands axes de la vie religieuse des frères sont au service de cette prédication : vœux, observances, liturgie, vie commune et étude. Cet ensemble d'observances s'harmonise dans le quotidien et tend vers l'imitation de la vie des apôtres. Cette nouvelle forme de vie religieuse conjugue l'idéal communautaire des Actes des Apôtres : « Ils étaient assidus à l'enseignement des Apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières » (Actes 2, 42) et l'idéal missionnaire de Jésus qui envoie ses disciples « deux par deux » (Mc 6, 7)). « L'imitation des Apôtres », si chère au monachisme prend donc une coloration nouvelle au 13e siècle. Avec ces nouveaux "moines", la clôture devient le monde. Leur mode de vie itinérante les fera même qualifier de « gyrovague » par certains opposants. Le bénédictin Mathieu de Paris, s'écriera indigné en voyant les premiers dominicains : « ils ont pour cloître l'univers et l'océan pour clôture! » .

Liturgie des Heures et mission

La vie dominicaine est structurée par une tension entre vie commune et appels du monde extérieur. La liturgie, et plus particulièrement la liturgie des Heures, vécue à l'intérieur des couvents, sera donc fortement marquée par celle-ci. Comme le souligne le fr. Vincent de Couesnongle, O.P., dans sa lettre de promulgation de la nouvelle édition du « Propre de l'Ordre des Prêcheurs » pour la liturgie des Heures en 1983 : « Notre vie dominicaine exige que nous soyons fervents dans la célébration des mystères divins et totalement adonnés à l'annonce de l'Évangile(2). »

Saint Dominique donne donc une orientation nettement apostolique à la célébration liturgique et aux conditions régissant l'office choral. Le « breviter et succinte » dominicain, cette manière allègre et brève de réciter l'office chorale, se démarque nettement de la liturgie monastique en vigueur au 13e siècle et qui souffre de la surcharge des siècles passés. La liturgie des Heures, tout en étant belle et soignée, ne doit pas avoir pour but un pur souci d'esthétisme ou d'enchaînement de dévotions sans fin. Il y a urgence dans la demeure de l'Église. La Parole de Dieu doit être annoncée! Et la profonde intuition de Dominique est que le but de la prière liturgique des frères est de porter et nourrir cette annonce de l'Évangile, non pas de la restreindre.

Une première mesure visant à favoriser la mission sera l'instauration de la dispense. Elle permet à des frères, quand la mission ou l'étude l'exigent, de se soustraire à l'office chorale de la communauté pour le célébrer seuls ou en petits groupes, avec moins de solennité. D'ailleurs dès l'année 1221, les frères de l'Ordre obtiennent le privilège de célébrer l'eucharistie hors des couvents, lorsqu'ils sont en mission, en apportant avec eux un autel portatif. Pour Dominique, la vie régulière des frères ne doit pas devenir un empêchement au soin des âmes. À défaut de la célébration avec la communauté, les frères se joignent à la prière de l'Église locale où ils se trouvent. Afin de faciliter cet équilibre délicat entre mission et observances communautaires, Dominique refuse que les observances lient les frères sous peine de péché, ce qui était le cas jusqu'à cette époque. Dominique veut des frères libres et responsables afin d'affronter les défis d'un siècle nouveau, dans un monde en plein bouleversements sociaux.

Conclusion

La prière dominicaine d'aujourd'hui demeure fidèle à son intuition première et porte toujours en elle le cri de saint Dominique : « Mon Dieu, mon Dieu! Que vont devenir les pécheurs... » Notre prière, toute imprégnée de la parole de Dieu, se nourrit des cris et des espoirs du monde. Comme le précise la lettre de promulgation du maître de l’Ordre ci-haut mentionnée : « ... notre marche à la suite du Christ, selon le charisme particulier de saint Dominique, cherche à se renouveler constamment dans la prière communautaire, afin de pouvoir prendre en charge les "inquiétudes, les difficultés et les joies de notre apostolat(3). » Voilà la mission que poursuit l'Ordre des Prêcheurs depuis huit cents ans . Fin du texte

1. Premières Constitutions O.P., Prologue.
2. Propre des Offices de l’Ordre des Prêcheurs. Provinces dominicaines francophones. Paris, 1983, par. 4.
3. Ibid.

(Article paru dans la revue Célébrer les Heures. No 38. Été 2003)


lundi, le 19 mars 2007

Journal (12)

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MON ARRIVÉE EN CAMPAGNE

À la suite de mes études en psychologie, je décidai alors de m'établir dans une vieille maison de ferme dans la région des Laurentides. C'était mon rêve de vivre en campagne et je me retrouvais dans une région que j'avais toujours aimée. C'était aussi l'époque hippy. Le retour aux sources était à la mode et j'étais de cette culture "Peace and love", sans toutefois être prêt à tout abandonner comme certains de mes amis rêvaient de le faire. C'était l'époque des communes, des drogues psychédéliques, de la révolution musicale commencée avec les Beatles et les Rolling Stones, de l'amour libre, de la recherche d'une paix à l'échelle planétaire, au moment où se déroulait la guerre au Vietnam, où Fidel Castro et Che Guevara faisaient la manchette en Amérique Centrale, et où un coup d'État entraînait l'assassinat du président Allende et la prise du pouvoir par le général Pinochet.

Je garde un souvenir extraordinaire de cette campagne où j'ai habité pendant quatre ans. Une étape déterminante dans ma recherche de sens, soutenue par cette communion à une nature où tout me parlait de paix, de beauté, d'ouverture à plus grand que soi. Je n'aborderai pas dans ce journal les quelques aventures sentimentales qui ont marqué mon cheminement pendant ces années, mais sans être concluantes. Désolé! Je désirais bien sûr avoir une compagne, des enfants et, en même temps, je me retrouvais dans un travail qui, tout en m'intéressant, ne m'apportait pas l'épanouissement escompté. Je portais comme une insatisfaction que je n'arrivais pas à nommer. Je ne savais trop où me conduisait ma vie.

À l'école où je travaillais, j'ai fait la connaissance de Pierre, un jeune professeur, qui deviendra mon meilleur ami et avec qui, régulièrement, j'allais voir des spectacles de jazz. J'aimais bien causer avec lui, bien que je le trouvais plutôt original, car il se disait chrétien. Plutôt charismatique de surcroît, mais sans trop se prendre au sérieux, un peu marginal, ce qui nous permettait de bien nous entendre. Lui et, surtout son père Clovis, joueront un rôle important dans mon cheminement spirituel. En attendant, la vie suivait son cours. C'était l'été 73. Une vie pastorale dans un décor enchanteur, essayant d'oublier les mois précédents. Je m'occupais de mon jardin, mon chien, mes deux chats, en plus de la visite régulière de mes amis de Montréal, qui ne demandaient pas mieux que de se retrouver à la campagne les week-ends. Nous en profitions pour nous promener dans les champs et les érablières derrière ma maison. Ma maison devenait une commune de fin de semaine, où souvent venaient cinq à dix personnes à la fois!

À travers tout cela, je portais, sans le savoir, une quête de sens. Tout ne pouvait se résumer à mon travail. Je souhaitais aimer quelqu'un et être aimé. Il y eût bien quelques aventures de passage, mais rien ne menant à un engagement sérieux. Je souhaitais trouver une certaine paix intérieure, développer une philosophie de vie. Je m'intéressais au végétarisme, à l'alimentation naturelle. J'avais regardé un peu du côté du yoga ou de la méditation. Je rêvais d'un groupe (une communauté?) qui pourrait se réunir le dimanche pour méditer, prendre le repas ensemble. Je recherchais une unité avec cette nature qui m'entourait et un sens à donner à ma vie. Dieu m'attendait, il m'appelait... Fin du texte


samedi , le 17 mars 2007

Méditation: Judas, l'Apôtre

Judas. Un membre de la famille dont on aime mieux taire le souvenir. Judas, celui qui est associé à la nuit, à la domination des ténèbres. Celui qui va livrer le Fils de l'homme. Pourtant quand j'entends parler de Judas, je ne veux pas penser au traître ou au voleur, ou encore à celui dont Jésus a dit qu'il aurait mieux valu qu'il ne vienne pas au monde.

Ce qui retient surtout mon attention dans l'histoire de cet Apôtre, c'est tout d'abord le fait incroyable que Jésus l'ait choisi. Comme la plupart des Apôtres, le récit de sa vocation nous est inconnu. Mais la question qui vient aux lèvres de quelqu'un qui prend connaissance de l'histoire de Judas pour la première fois, est de demander comment Jésus a pu choisir un Apôtre tel que Judas? Et à cette question je crois qu'il faut répondre par une autre question : à savoir pourquoi Jésus a-t-il voulu choisir un Apôtre comme Judas, lui qui savait si bien lire le fond des coeurs?

Tout d'abord, ce qu'il faut souligner dans la relation entre Jésus et Judas, c'est qu'en dépit d'une volonté évidente chez les évangélistes Jean et Matthieu, de révéler au grand jour les côtés négatifs de cet Apôtre (le "voleur ", le "traître ", celui qui laisse entrer Satan en lui), jamais Jésus n'accuse Judas ouvertement devant les autres Apôtres. Bien sûr, Jésus évoque la trahison à venir, mais par un jeu de nuances, comme lui seul sait le faire, de telle manière que les disciples ne sauront pas vraiment qui va le trahir avant la scène du Jardin des Oliviers. Comme si en évoquant la trahison au cours du dernier repas, Jésus cherchait surtout à interpeller Judas.

D'ailleurs, ce dernier va se reconnaître quand Jésus va évoquer la trahison à venir et il va l'interroger en lui demandant : « Rabbi, serait-ce moi? » Cet aveu à peine déguisé ne l'empêchera pas d'aller au bout de son projet, ni Jésus d'aller au bout du sien. Jésus connaît son destin. Il connaît qui va le livrer et pourtant il avance vers sa passion en homme libre. Et puisqu'il est vraiment libre, sa liberté ne peut contraindre celle de Judas. Il ne peut qu'interpeller, inviter à aller plus loin.

Judas est sans doute déçu de Jésus, comme nous le sommes parfois dans nos attentes vis-à-vis à Dieu. L'incident de Béthanie, où Judas se plaint de l'argent gaspillé par cette femme qui verse du parfum sur les pieds de Jésus, est peut-être l'incident qui le fait basculer dans le camp adverse. Mais toujours est-il que Judas devait porter une déception énorme pour détruire celui auquel il avait dû beaucoup s'attacher. Car comment expliquer son suicide? En détruisant Jésus, Judas se détruit lui-même. Le reste de l'histoire appartient à Dieu seul et on ne peut juger Judas.

Ce que l'on sait c'est que Jésus a choisi Judas et le drame de ce dernier en dit long sur la difficile suite du Christ, surtout lorsque les déceptions l'emportent sur notre espérance en Dieu, sur nos choix de vie, sur nos projets. Mais ce choix de Judas par Jésus nous rappelle aussi que sans cesse, Dieu en son Fils, nous choisit nous aussi. Nous le croyons. À tous les jours, le Christ, désormais ressuscité prend partie pour nous. Il nous chérit comme ses enfants. Il nous partage ses rêves les plus fous par le don de l'Esprit Saint. Nous croyons qu'il fait de nous ses compagnons de route, ses disciples, comme il l'avait fait pour Judas, toujours en nous laissant l'entière liberté de nos choix. Alors, pourquoi avoir choisi Judas?

Le choix qu'a fait Jésus de Judas ne peut être que le signe d'un grand amour, du plus grand amour qui soit, de l'amour vrai et inconditionnel qui ne cherche pas à posséder. C'est de cet amour que Jésus a aimé Judas. Il l'a laissé libre, au risque d'y laisser sa vie, tout comme il continue à le faire avec nous aujourd'hui. C'est de cet amour-là que Dieu nous aime. Peut-être Judas a-t-il entendu ces paroles de Jésus après qu'il l'eût livré : « Père, pardonne-leurs, ils ne savent ce qu'ils font. » Et s'il s'est enlevé la vie, c'est peut-être qu'il a réalisé, dans un moment de lucidité sans doute terrifiant, à quel point Jésus l'aimait.

Le drame de Judas, au-delà de sa trahison, c'est qu'il ait cru que sa faute soit irréparable, sans rémission. Sans doute n'avait-il jamais bien compris son Maître, qui par ses paroles et ses gestes, disait tout simplement que l'on n’est jamais humilié devant Dieu, que le pardon est toujours offert. Jésus n'a jamais cessé de le répéter de mille et une manières tout au long de son ministère : avec Dieu il est toujours possible de reprendre la route, puisque c'est lui qui nous a choisis et qu'il nous choisit sans cesse. Fin du texte


mercredi, le 13 mars 2007

Le rapport à la Liturgie des Heures dans la tradition dominicaine (1)

Saint Dominique en prièreEn apparence, la vie communautaire dominicaine semble marquée par la stabilité et la régularité. Il suffit de regarder d'un peu plus près la vie des frères, et ce, depuis les origines de l'Ordre, pour constater combien elle porte en elle comme une empreinte indélébile, un appel vers le large qui est au cœur même de notre vie apostolique. Saint Dominique laisse un précieux trésor à l'Église en fondant son Ordre : un nouveau modèle de vie religieuse où la vie régulière est au service de la prédication, et où cette même prédication est fondée sur l'étude et la contemplation de la Parole de Dieu, vécues dans l'unanimité de la vie commune à l'exemple de la première communauté apostolique de Jérusalem (Ac 2,42-47; Ac 4, 32-33).

Les origines

Dès les origines, la réforme de la vie religieuse que propose Dominique cherche à conjuguer l'imitation des apôtres, la pauvreté mendiante et la prédication itinérante. Ces trois lignes de force constitueront les fondements de la naissance de l'Ordre des Prêcheurs. Elles détermineront non seulement la vie missionnaire de l'Ordre, mais la nature même de la vie conventuelle des frères et leur vie de prière.

Notre vie religieuse « fut, on le sait, dès l'origine spécifiquement instituée pour la prédication et le salut des âmes » (1). En saisissant bien cette articulation entre la vie commune des frères et les impératifs de notre mission, on peut comprendre la spécificité de la liturgie des Heures dans notre tradition et son articulation avec les autres éléments qui fondent le charisme de notre Ordre.

La fondation de l'Ordre, en 1216, est le résultat d'une quête passionnée chez un chanoine castillan, Dominique de Guzman, confronté au phénomène des hérésies cathares et albigeoises dans l'Europe du 13e siècle. Il s'engage avec son évêque dans une mission de prédication dans le sud de la France. Cela le convainc que l'Église doit créer de toute urgence un ordre de frères prêcheurs, sans vœux de stabilité, comme les moines, sans liens particuliers à un évêque, comme les chanoines ou le clergé séculier. Ils seront des prédicateurs entièrement voués à la mission, libres de parcourir l'Europe, et au-delà, afin d'annoncer la bonne nouvelle du Christ à toutes les nations.

Dès les débuts de la fondation, l'intuition de Dominique repose sur la nécessité de former des prédicateurs, le clergé de l'époque n'étant pas instruit. À cette fin, il envoie ses premiers frères dans les centres universitaires naissants. Dominique insiste sur la nécessité de donner aux frères un cadre de vie leur permettant de répondre sans délai aux impératifs de la mission. Il y a urgence : le salut des âmes est en jeu. À cette urgence fait écho le célèbre cri de Dominique dans sa prière nocturne : « Mon Dieu, que vont devenir les pécheurs! ». (à suivre) Fin du texte


lundi, le 12 mars 2007

Journal (11)

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UN DRAME FAMILIAL (2)

Je quittai l'hôpital en larmes et arrivai à la maison je me mis à genoux dans ma chambre, suppliant Dieu de faire quelque chose, de faire un miracle, de la sauver. Le lendemain je crois, l'hôpital nous appela pour nous dire que Johanne était décédée.

La préparation des funérailles fut pénible naturellement. Je n'ai aucun souvenir de la cérémonie à l'église, seulement les veillées funéraires, mon père effondré qu'il fallait constamment soutenir. Ceci me rendait agressif à son endroit, car je trouvais qu'il se comportait d'une manière égoïste, comme si lui seul avait de la douleur. Je n'acceptais pas la faiblesse de mon père. Ma mère pleurait silencieusement. Un océan de douleur, mais sans un mot. Je me souviens après les funérailles, une fois revenu à la maison, je suis allé voir ma mère à sa chambre. Je lui ai peut-être dit un mot, je ne sais plus, et alors elle s'est effondrée sur le lit en pleurant, ne pouvant plus retenir sa douleur et s'écriant : « Ma petite fille, ma petite fille! » Je pense que c'est là le souvenir le plus douloureux de tout cet épisode que je garde. Le souvenir en est terrible.

Les jours qui suivirent mes parents donnèrent les vêtements de Johanne à une voisine, qui était sa meilleure amie, et je me souviens de la bonté de mes parents dans ce geste. Ce désir de continuer à partager plutôt qu'à vouloir garder pour eux. Un épais silence régna dans la maison pendant plusieurs semaines. Mon père continua à boire, allant parfois jusqu'à blâmer ma mère pour le décès de ma soeur, sous prétexte qu'elle n'aurait pas dû lui donner la permission de sortir, etc. Période extrêmement difficile où je ne souhaitais plus que quitter la maison. Au printemps, je parlai à ma mère de mon projet d'aller vivre avec Suzanne à l'été et alors elle se mit à pleurer. Je sentais que c'était trop pour elle de perdre ses deux enfants en si peu de temps. Je mis donc un terme à ce projet, qui ne se réalisa qu'un an plus tard.

C'est un épisode douloureux et j'aurais aimé le taire, car il est très personnel. Mais, en même temps, il est important dans mon cheminement spirituel. Car quelques jours après les funérailles, ma colère éclata contre Dieu. J'avais gardé dans ma chambre, dans un coin à l'écart, un crucifix et une statue de la vierge, souvenirs de mon enfance. En les voyants, je me mis à invectiver Dieu, lui le responsable de tous mes malheurs, comme on le ferait à l'endroit de son pire ennemi. Injures, blasphèmes, cris! Et au paroxysme de ma colère, je pris un marteau et avec rage, je réduisis en morceaux le crucifix et la statue, et je mis le tout aux poubelles! C'était fini! C'était vraiment comme tuer quelqu'un que l'on déteste énormément. Si jusqu'à ce jour, la question de Dieu me laissait plutôt indifférent, sans position arrêtée, je devins alors un anticlérical virulent et un athée pur et dur, ne manquant plus une occasion pour ridiculiser la foi en Dieu. Ma rage était à la mesure de ma blessure.Fin du texte


lundi, le 5 mars 2007

Journal (10)

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UN DRAME FAMILIAL

J'aborde ici une des pages les plus douloureuses de notre histoire familiale. Le décès tragique de ma soeur Johanne. Notre famille en porte encore une cicatrice profonde et à chaque fois que son nom est évoqué, je vois combien la cicatrice de la perte est encore sensible chez mon père et ma mère. L'amour des parents pour un enfant est d'une profondeur insoupçonnable et d'autant plus le souvenir d'un enfant que l'on a aimé, chéri et perdu. C'est une perte dont la souffrance s'atténue avec les années, mais l'on n’oublie jamais. Comment ne pas voir dans cet amour, le plus beau qui soit, l'image même de Dieu notre Père qui aime chacun et chacune de nous, et qui nous redit sans cesse : « Tu as du prix à mes yeux. »

À l'époque des événements que je vais raconter, j'avais 22 ans. J’aimais, à l'occasion, aller à Québec pour y passer une fin de semaine. C'était le début du mois de novembre et, au retour du voyage, j'étais rentré chez mes parents, chez qui j'habitais encore. C'était le dimanche soir.

Je me souviens que ma mère était seule à la cuisine. En rentrant, je vis son visage empreint d'une grande douleur, au bord des larmes, m'annonçant que ma soeur Johanne avait eu un accident d'automobile le samedi soir. Elle était à l'urgence de l'hôpital de Saint-Jérôme et son état semblait grave, mais on n'en savait pas plus. Un jeune couple de dix-sept ans, des amis à Johanne, mariés depuis six mois, étaient assis sur la banquette avant de la voiture, et ils étaient morts sur le coup. Dans la nuit de samedi à dimanche, l'auto avait quitté l'autoroute, sans raison apparente, et était tombée dans un petit ravin.

Comme d'habitude, ma mère restait digne dans la situation, sans effusion excessive, toujours aussi discrète quant à sa vie intérieure, à ses secrets. Elle me fit savoir que mon père était au salon avec Roger, un voisin et un très bon ami à lui. Il me salua distraitement tout en continuant à parler à Roger et je vis immédiatement qu'il avait bu. J'appelai tout de suite à l'hôpital afin d'avoir des renseignements et l'infirmière me dit tout simplement que ma soeur était inconsciente et que ses chances de survie étaient 50/50. Il ne m'était pas possible pour l'instant de la voir, mais elle m'invita à passer le lendemain.

À l'hôpital, j'appris alors par le médecin que l'impact de l'accident avait très violent et que ma soeur était décérébrée, et que si elle survivait à l'accident elle serait « légume » toute sa vie. J'entrai dans la chambre pour la voir. Je craignais de la voir abîmée, méconnaissable, mais c'était toujours elle. Elle semblait intacte, aucune blessure apparente. Ce fut le début d'une longue vigile qui dura toute la semaine. Au début, j'ai refusé de prier pour sa guérison, même si j'espérais toujours un miracle, une erreur de diagnostic. J'allais la voir tous les jours, mais je refusais de prier pour elle, me disant que je n'étais pas pour commencer à prier Dieu maintenant dans une épreuve, alors que je ne le faisais jamais quand ça allait bien. C'était ma logique agnostique, mon orgueil.

Mais après quatre ou cinq jours, Johanne étant toujours dans le coma, soutenue par un respirateur artificiel, je sentais bien que la partie était perdue. Je n'avais jamais été très affectueux avec elle. Nous commencions à peine à vivre une certaine amitié, moi le grand frère de 22 ans avec sa petite soeur de 18 ans. Elle avait commencé à me demander des conseils, elle avait un copain. Nous étions en train de devenir tous les deux de jeunes adultes et nos querelles d'adolescents étaient sur le point de passer derrière nous. Ce dernier soir où je la vis vivante, je l'embrassai dans son lit et je me suis mis à pleurer comme je n'avais pas pleuré depuis longtemps. Je réalisais que j'étais sur le point de perdre ma petite soeur. À suivre...Fin du texte


dimanche le 4 mars 2007

La Transfiguration. Une méditation (2).

Le versant nord est celui de l'ascension de la montagne. C'est le côté abrupt et aride, ne jouissant jamais de la lumière du soleil. C'est une montée qui se fait dans l'obscurité. L'obscurité de la fragilité humaine, de nos vies aux prises avec le mal et le péché. C'est un lieu de doute et de combat pour nous, comme pour les disciples qui ont entrepris cette montée. Mais ils ne sont pas seuls. Jésus monte avec eux. Il en est ainsi pour nous.

Cette montée du versant nord se compare à un temps de conversion, un temps de retour vers Dieu afin de retrouver l'intimité perdue au fil du quotidien. L'enjeu, c'est le rapprochement avec le Christ et il n'y a pas de rapprochement possible si l'on ne prend pas la pleine mesure de notre pauvreté et de notre besoin infini de Dieu. Voilà pourquoi il faut s'engager avec Jésus dans cette ascension.

C’est seulement après un tel parcours que l'on parvient au sommet, où le spectacle se déploie alors devant nos yeux, l'horizon est sans fin. Nous contemplons le mystère trinitaire. Le peintre Roublev s'inspire sûrement de cette scène de la Transfiguration lorsqu'il peint son icône de la Trinité. Au sommet, les disciples entrent dans la pleine lumière, une lumière éblouissante où ils deviennent témoins de la prière de Jésus. Une prière qui a ses racines dans la grande histoire de la révélation de l'amour de Dieu pour nous et qui se dit dans la Loi et les Prophètes, et dont Moïse et Élie sont les témoins. Cette révélation trouve désormais son expression parfaite dans le Verbe incarné. Comme le dira saint Jean : « Nous avons vu sa gloire! »

Sur cette montagne se retrouve le Fils, déjà annoncé par la figure d'Isaac offert en sacrifice. Le Fils qui ne dit pas un mot, soumis et obéissant, faisant en tout la volonté de son Père. Il s'offre pour le sacrifice, c.-à-d. le don de lui-même qui rétablira l'humanité dans sa pleine dignité. Fernand Ouellette dira :

« Quelle sorte d'hommes serions-nous si le Christ n'était pas venu? Que devenons-nous en le perdant de vue, en croyant que nous nous connaissons mieux, en tant qu'humains, que lui-même nous connaît? Jésus Christ est le seul vrai homme, le Fils de l'homme qui n'occulte pas le Mystère de Dieu en s'incarnant, mais nous achemine vers Lui, à travers le Mystère.» p. 65 (Ouellette, Fernand. Le danger du divin. Fides, 2002.)

Alors que la gloire de Jésus se manifeste aux disciples, l'icône devient trinitaire. Le Père s'entretient avec le Fils alors que les disciples, eux, entrent dans la nuée, symbole de l'Esprit Saint, lui qui fait toute chose nouvelle et qui a le pouvoir de nous transformer, en nous faisant participants de ce dialogue intime où le Père se dit au Fils et où le Fils se donne au Père dans le feu de l'amour.

Les disciples sont alors saisis de crainte, la crainte sacrée devant le divin. Ils n'ont pas encore reçu l'Esprit Saint, le pédagogue, qui les guidera dans cette vie nouvelle à laquelle ils sont appelés. À l'exemple de David, qui voulut construire un temple pour le Seigneur, Pierre offre de monter trois tentes : une pour Élie, l'une pour Moïse et une pour Jésus. « Il ne savait pas ce qu'il disait », commente laconiquement l'évangéliste. Car c'est Dieu lui-même qui va nous donner le Temple nouveau : le Fils de Dieu est venu planter sa tente parmi les hommes. Voilà ce qu'annonce cette rencontre au sommet. La voix du Père l'annonce : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le! »

Cette écoute du Fils n'est possible que dans cette contemplation du mystère de la personne de Jésus. Si l'ascension du versant nord nous a rappelé l'importance de la conversion continuelle dans la vie du baptisé, elle a pour but cette contemplation du mystère lumineux qu'est Jésus Christ, le Fils bien-aimé. Nous contemplons son mystère afin d'entrer dans cette lumière inaccessible qu'est Dieu, mystère qui façonne notre être croyant, qui nous conforme de plus en plus à la figure du Fils et qui nous fait entrer dans son obéissance au Père.

Et voici le troisième versant. Si nous poursuivons notre périple spirituel, nous nous engageons dans la descente du mont de la Transfiguration. C'est le versant sud de la montagne, celui qui est le plus ensoleillé. Les disciples baignent dans la lumière de sa résurrection, de sa victoire sur la mort, de sa divinité. Les ténèbres ont disparu! À la Vigile pascale et au matin de Pâques, nous chantons aux nouveaux baptisés : « Resplendis! Sois illuminé! » C'est cette réalité profonde qui anime ceux et celles qui font la rencontre de Christ ressuscité.

Ce versant sud, alors que nous sommes passés par la conversion et la contemplation, est celui de la mission joyeuse avec le Christ en Église. Comme le dit saint Paul, dans sa lettre aux Romains : « Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous? Il n'a pas refusé son propre Fils, il l'a livré pour nous : comment pourrait-il avec lui ne pas donner tout? » (Rm. 8, 31b).

Désormais, ce ne sont plus seulement les trois disciples privilégiés, mais tous les croyants qui peuvent et doivent être des témoins éblouis de la gloire de Dieu. Car il nous incombe de partager le don le plus extraordinaire que Dieu puisse nous faire : celui de son Fils bien-aimé. « Écoutez-le! » Écoutons-le, alors qu'il se donne à nous dans sa Parole et dans son Eucharistie. Fin du texte


vendredi le 2 mars 2007

La Transfiguration. Une méditation (1).

TransfigurationDans la Bible Dieu est décrit comme "lumière inaccessible", et c'est ce mystère lumineux, comme l'appelle Jean-Paul II, qui se présente à nous dans notre méditation du récit de la transfiguration. Cette scène de l'Évangile est une allégorie extraordinaire de la suite du Christ, un véritable chemin initiatique, symbolisé par cette montagne qui se dresse devant nous ce matin.

Nous parlons beaucoup de conversion dans la vie chrétienne, mais cette conversion est de tous les instants, car elle demande beaucoup de vigilance de notre part. Nous serons toujours tentés de réduire cette conversion à de simples changements d'habitudes ou manières de faire, mais c'est trop peu. Car alors les lois et les règles remplacent la foi, la morale se substitue peu à peu à la mystique. Jésus est alors perdu de vue, oublié. Non pas le Jésus historique de la belle histoire de notre foi chrétienne, mais le Christ personnel et vivant qui nous est plus proche que nous ne le sommes de nous-mêmes, lui qui ne cesse de nous chercher, de nous attendre sur la margelle du puits, lui l'ami silencieux mais combien présent au coeur de l'épreuve.

Je nous invite donc à entreprendre ce matin l'ascension de cette "montagne sainte", qui se dresse devant nous. La montagne n'est-elle pas le lieu par excellence dans la Bible où l'homme fait la rencontre de Dieu ?

Mais avant de commencer cette ascension il nous faut situer notre récit. Nous le savons, le récit de la Transfiguration est d'une importance capitale dans les évangiles. Les trois évangélistes en font mention et l'Apôtre Pierre en parle lui aussi dans sa deuxième lettre (1:16-18) :

"Car ce n'est pas en suivant des fables sophistiquées que nous vous avons fait connaître la puissance et l'Avènement de notre Seigneur Jésus Christ, mais après avoir été témoins oculaires de sa majesté.

Il reçut en effet de Dieu le Père honneur et gloire, lorsque la Gloire pleine de majesté lui transmit une telle parole: "Celui-ci est mon Fils bien-aimé, qui a toute ma faveur." Cette voix, nous, nous l'avons entendue; elle venait du Ciel, nous étions avec lui sur la montagne sainte."

Le récit survient après la profession de foi de Pierre : « Tu es le Christ, le Messie ! » Cette profession de foi fait passer les disciples à un nouveau mode de relation avec Jésus. Il y a là une avancée importante quant à la relation d'intimité et de confiance qui se nouent entre eux. Jésus va les inviter à entrer plus avant dans le mystère de sa personne et de son identité profonde, encore secrète.

Il est important aussi de souligner que l'événement de la Transfiguration survient après la première de trois annonces que fait Jésus de sa passion à venir:

 "Puis il commença à leur enseigner qu'il fallait que le Fils de l'homme souffre beaucoup, qu'il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu'il soit mis à mort et que, trois jours après, il ressuscite." (Mc 8, 31)

C'est déjà la montée vers Jérusalem qui se profile et la confiance des disciples en Jésus est mise à l'épreuve. C'est dans ce contexte que Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean et les amène sur la montagne. Certains Pères de l'Église ont affirmé que cette ascension avait pour but d'affermir la foi des disciples, de leur redonner confiance, et ainsi de les préparer à vivre la passion/résurrection à venir. Mais au-delà de cette visée anticipatrice, le récit nous dévoile aussi, à la manière d'une icône qu'il faut contempler longuement, toute la grandeur du mystère de l'être chrétien, de la vocation à laquelle nous engage notre baptême.

Entreprenons maintenant notre montée de la montagne de la transfiguration, qui se fera en trois étapes. Le versant nord, le sommet et le versant sud. (suite dimanche prochain) Fin du texte


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