
Tenir
un blogue
? Pourquoi pas ! C’est actuel, c’est nouveau,
c’est créateur. Prêtre et religieux, je
suis avant tout un chrétien pour qui la foi au Dieu de
Jésus-Christ fonde le sens même de mon existence.
frère Thomas
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Vous pouvez faire parvenir vos commentaires au Webmestre
qui les transmettra au frère Thomas
mercredi le 15 août 2007
Journal (30)
CONCLUSION
Et avec ce dernier paragraphe, ce sera la fin de ce journal autobiographique. Le reste de ma vie importe peu. Il ne me reste qu'à être fidèle à cette foi que Dieu m'a donnée. Fidèle à cet amour de la vie que mes parents m'ont transmis. Dès le début de ma conversion, et depuis lors, j'ai toujours demandé au Seigneur qu'il me garde dans cette foi qui m'habite et que je ne sois jamais séparé de lui. J'ai toujours eu recours à Marie aussi, la Mère du Seigneur. J'ai toujours invoqué sa prière sur moi et sur mes proches. Aujourd'hui, je ne puis que rendre grâce à Dieu pour sa fidélité à mon endroit. Ce que j'éprouve après ces 25 années de cheminement de foi? Je répondrai ici en reprenant le mot de mon père : "de l'admiration et de la reconnaissance!" Et pour le reste, à la grâce de Dieu !
Au plaisir de reprendre mes ruminations à compter de septembre. 
jeudi le 9 août 2007
Journal (29)
MON PÈRE LE THÉOLOGIEN
J'ai eu aussi quelques occasions d'échanger avec mon père sur le sujet de la foi en Dieu. Il en parlait volontiers, et avec facilité. Je dirais même avec une grande sagesse et cela m'étonnait. C'est là que se vérifie l'ancienne maxime d'un Père de l'Église, Évagre le Pontife, qui disait que le théologien est quelqu'un qui doit prier, et que celui qui prie est un théologien.
Parlant de sa relation avec Dieu, mon père me dit une fois : « Dieu c'est mon ami, mon chum! Je ne lui demande pas qu'il me donne la santé, la richesse, le succès ou même le bonheur. Je ne lui demande qu'une chose : qu'il me rende bon. Bon avec ma femme, mes enfants, mes voisins et mes proches. Pour le reste : santé, richesse, succès, bonheur, je m'en occupe. Mais qu'Il me donne seulement d'être bon. »
J'étais renversé par la profondeur de cette réflexion, de la confiance qui s'en dégageait et, surtout, de cette conscience de sa pauvreté chez mon père. Mon père reconnaissait la présence en lui de forces contraires à l'amour. Il était conscient de ses faiblesses, mais il affirmait, en même temps que Dieu, son ami, pouvait le sauver de lui-même. Il avait découvert dans son expérience spirituelle, ou, plutôt, Dieu lui avait appris, que la seule chose qui compte dans la vie c'est d'être bon! C'est d'aimer! Le reste, dit-il, je m'en occupe.
Un 10 août, à l'occasion du 53e anniversaire de mariage de mes parents, je leur ai demandé ce qu'ils éprouvaient après 53 ans de mariage. Car mes parents sont toujours demeurés des amoureux, en dépit des tempêtes du passé. À ma question, ma mère resta discrète, selon son habitude. Mon père, lui, n'hésita pas à répondre et me dit ceci : « À notre âge, tu sais, ce n'est plus sexuel. Non pas que ce ne soit pas important, mais c'est beaucoup plus profond que çà. Ce que j'éprouve pour ta mère après 53 ans de mariage, c'est de la reconnaissance et de l'admiration. »
Encore une fois, mon père m'étonnait par la profondeur de son propos : « reconnaissance et admiration! » Et parce que je connais les tempêtes que mes parents ont dû traverser, parce que je sais ce que ma mère a dû souffrir pendant plusieurs années, je ne pouvais qu'admirer cette lucidité et cette franchise chez mon père. Reconnaissant ses faiblesses et ses manques d'amour, son affection n'en est que d'autant plus grande pour son Annabelle, elle qui l'a toujours aimé sans condition, qui l'a accueilli pour le meilleur et pour le pire, et qui, par sa fidélité, sa constance et sa persévérance, a sûrement aidé mon père à grandir dans l'amour.
Je comprends mieux maintenant à quel point le témoignage des parents est important. Mon père et ma mère ont toujours été d'une grande bonté pour les autres, d'une grande sensibilité aux misères d'autrui, et cela faisait partie de notre éducation familiale. Ma mère a toujours été une présence d'une grande douceur à la maison, une mère admirable, et je pense que c'est en partie grâce à elle si, dans la famille, on a pu développer un certain regard d'ouverture sur les personnes et sur la vie. Par sa grandeur d'âme et sa bonté, elle a donné à ses enfants et à son époux le témoignage de véritables valeurs évangéliques.
Au terme de leur vie, car le temps se fait court, je ne puis que porter un regard d'admiration sur eux. Ils sont vraiment beaux à voir mes parents, je les aime énormément et je rends grâce à Dieu de me les avoir donnés. 
lundi le 30 juillet 2007
Journal (28)
PROFESSION RELIGIEUSE
Deux ans plus tard, le 8 août 1984, je faisais profession religieuse à notre couvent de Québec. Déjà je considérais cette étape comme définitive, même s'il ne s'agissait que d'une profession simple pour trois ans. Une grande paix m'habitait et aussi une certitude face au choix que je faisais. Cette certitude qui m'avait échappé pendant des années. Après la profession, je suis allé voir mes parents, et j'ai constaté que mon père avait pleuré. Il était incapable de me parler à cause des sanglots qu'il contenait avec peine. Il me faisait signe de la main que tout allait bien. Ma mère, elle, semblait vraiment heureuse. Pour la première fois, je n'avais plus aucun doute quant à leur appui à mon de projet de vie. Je crois que c'est à partir de ce moment-là que mes parents recommencèrent à aller à la messe. Il n'y allait plus depuis 23 ans! Je n'avais jamais cessé de prier pour eux.
Trois ans plus tard, je faisais profession solennelle. J'étais ordonné diacre à l'automne, et ordonné prêtre le 10 avril 1988, au sein de la Communauté chrétienne universitaire et de ma communauté dominicaine. À l'été 89, je me suis retrouvé au Minnesota, où je suivais des cours en liturgie. J'écrivis une lettre à mon père à l'occasion de sa fête et il me répondit. Je n'avais jamais reçu de lettre de mon père de toute ma vie je crois. Il me remerciait pour mes bons souhaits et il me disait dans cette lettre : "Grâce à toi, Dieu est entré dans notre vie, et c'est pour y rester."
Comme ma joie était grande! J'en rendis grâce à Dieu. Et cette affirmation, de mon père dans sa lettre, ne s'est jamais démentie depuis. Tant pour lui que pour ma mère. Ils sont d'une très grande fidélité à l'eucharistie, et je sais que mon père a aussi une vie de prière personnelle puisque je l'ai surpris un matin en train de prier. Ce soir-là, j'avais couché chez mes parents et je m'étais levé tôt. J'étais assis à la table de la cuisine, quand mon père passa devant moi, sans me voir, et s'assit au salon. Il s'inclina, fit son signe de croix, se recueillit et prit un livre de prières qu'il m'avait demandé de lui acheter. Après quelques instants, il se releva et alla faire sa toilette, sans m'avoir vu. Un moment inoubliable par sa profondeur, malgré son apparente simplicité. J'avais vu mon père prier. 