
Tenir
un blogue
? Pourquoi pas ! C’est actuel, c’est nouveau,
c’est créateur. Prêtre et religieux, je
suis avant tout un chrétien pour qui la foi au Dieu de
Jésus-Christ fonde le sens même de mon existence.
frère Thomas
*
Vous pouvez faire parvenir vos commentaires au Webmestre
qui les transmettra au frère Thomas
mercredi,
le 25 avril 2007
Il vit et il crut! (Jean 20, 1-10)
En lisant le récit de la course passionnée de Pierre et de Jean vers le tombeau vide, comment ne pas voir dans leur sillage les souvenirs enchevêtrés de ces trois années d'itinérance passées avec Jésus? Comme il était grand leur espoir! Trois années nourries des rêves les plus fous… et puis la mort tragique, la fin brutale de celui qu'ils aimaient. Et quoi maintenant? Quelle est cette nouvelle? Le souffle se fait haletant, mais le pied, lui, reste ferme. Et si c'était vrai? Ils n'osent y croire. À bout de souffle, le regard inquiet, les voici au tombeau, le plus jeune devançant le plus vieux. Le commentaire est stupéfiant par sa brièveté : « Il vit et il crut! »
Et nous voilà projetés hors du tableau, 2007 et quelques poussières… Et cette image de Pierre et de Jean, le matin de Pâques, métaphore de notre vie de foi, continue d'habiter la mémoire de tous ceux et celles qui, un soir ou un matin, se sont retrouvés, étonnés devant un tombeau vide. Le tombeau vide de leurs doutes et de leurs craintes; le tombeau vide de leur impuissance, de leur manque de foi. Un tombeau à la porte ouverte, irradiant la lumière matinale, sa béance pleine d'une présence, le regard intérieur s'allumant, tout d'un coup, à l'expérience de foi : « Il vit et il crut! »
La foi au Christ ressuscité, avant d'être de l'ordre du croire, est avant tout de l'ordre du voir. Comme la reconnaissance d'une présence intérieure, une présence d'amour infinie devant laquelle la foi se prosterne et adore.
« Il vit et il crut! » C'est l'amour qui croit! Et c'est le regard aimant de Jésus-Christ, posé sur nous, qui nous attire vers lui. Et cet appel intérieur, du plus profond de nous-mêmes, se fait pressant, comme pour nous dire : « Voyez! Vous pensiez avoir enterré tous vos espoirs. Mais regardez, c'est plein de vie dedans. » Parole de Ressuscité! 
lundi,
le 23 avril 2007
Journal (17)
DEUXIÈME PARTIE - Le risque de croire (1)
La nuit fut agitée, mais non pas dans le sens d'une nuit d'inquiétude, mais plutôt d'excitation devant une trop grande joie. La joie qui empêche de dormir et qui constamment incite le coeur à rendre grâce, à dire merci! Pourtant, rien n'était acquis. Je n'avais pas même commencé à comprendre ce qui venait de m'arriver, comme étourdi par le choc. Mais que s'était-il passé au juste? En me levant le matin, c'était à la fois ma question et mon inquiétude. Et si ce n'était pas vrai? Je me suis rendu à mon travail comme à l'habitude. J'avais la responsabilité des services psychologiques dans deux polyvalentes et quatre écoles secondaires. Ce matin-là je travaillais à la polyvalente de Saint-Roch. En arrivant à l'école, l'idée me vint d'aller rencontrer l'animateur de pastorale afin de lui partager mon questionnement. Nous avions eu l'occasion de collaborer, Luc et moi, sur des projets d'aide aux étudiants.
Je ne savais trop comment aborder la chose et je me rendais bien compte que je continuais à me compromettre de plus en plus dans cette recherche spirituelle. Il serait bientôt trop tard pour reculer.
Et ici, je tiens faire un aparté sur cette question, car ce me semble être un aspect fondamental de la difficulté à s'engager dans un processus spirituel. Je ne veux pas parler d'un processus qui ressemblerait davantage à des exercices ou des techniques de détente, à des approches à la méditation qui n'impliquent aucune croyance. Non, je veux parler d'une démarche spirituelle qui engage une foi en Dieu. Voilà qui est difficile pour l'incroyant ou l'indifférent. Du moins, ce l'était pour moi.
Car il faut bien comprendre que lorsqu'une personne a construit sa vie en dehors de toute référence à Dieu, ou même dans une certaine opposition à l'idée même de l'existence d'un Dieu, cela veut dire que cette personne s'est construite tout un ensemble de valeurs de références, de conceptions du monde, des personnes et des choses, où Dieu est absent. Ceci ne veut pas dire que ces personnes-là ne vivent pas d'authentiques valeurs morales ou même spirituelles. Mais leur système de référence au monde ne fait pas de place à Dieu. Alors que se produit-il quand, en plus, on est psychologue, que l'on a toujours nourri un préjugé très négatif à l'endroit du phénomène religieux et que, tout à coup, se présente à nous la possibilité de croire? Comme je l'ai souligné un peu plus haut, il ne s'agit pas ici de décider de croire (Ex. croire aux Martiens, à Atlantide, etc.) mais plutôt de se laisser prendre par une recherche sur laquelle on n'a plus ou moins le contrôle. Une expérience où l'on est plutôt celui qui est saisi que celui qui prend!
Il y a bien des chemins possibles pour aller vers Dieu, mais il y a cette voie incontournable où, celui qui cherche Dieu, celui qui veut croire, doit accepter de renoncer à son amour-propre, à sa suffisance, à son orgueil. Comme le fit Moïse devant le Buisson Ardent, il doit enlever ses sandales, et se prosterner humblement devant Celui qui Est.
La recherche de Dieu demande une reconnaissance explicite de notre manque d'être, du manque d'amour qui caractérise notre existence. Celui qui cherche Dieu, s'il veut le trouver, doit s'avouer à lui-même, et le reconnaître devant Dieu, qu'il a besoin d'être sauvé. Je dirais même, celui qui cherche Dieu, il doit accepter de crier dans la nuit sa détresse vers quelqu'un qui pourrait le sauver. Car Dieu ne peut nous contraindre à l'aimer et jamais il ne s'imposera à nous. Mais, sans cesse, il se tient à la porte et il frappe. Ouvrir cette porte signifiera ouvrir la porte de son coeur, mais c'est là une tâche bien ardue quand le coeur s'est replié sur lui-même, s'est sclérosé et n'a plus cette souplesse pour y laisser entrer la vie. C'est alors que l'âme gémit et supplie et, alors, Dieu peut entrer! 
jeudi,
le 19 avril 2007
Dieu avec nous
On s'imagine un Dieu en
quelque part sur les montagnes les plus hautes, inaccessible. Tandis
que la foi dont je vis m'annonce qu'un beau jour, il a mis ses
godasses et qu'il est descendu dans la plaine, parmi nous, tout
simplement. C'est là qu'on peut le rencontrer. À
la
fois dans cette plaine intérieure de nos vies, où
il a
fait sa demeure à tout jamais, et dans la plaine du
quotidien,
au fil des jours et des gens, des joies et des peines. 
mardi,
le 17 avril 2007
Une petite fille dit sa mère...
Une petit fille dit sa mère: "Maman,
j'ai envie de dessiner Dieu". Sa mère lui dit "Prends tes
crayons de couleurs, du papier et dessine". La petite fille s'installe
la table et réfléchit à ce qu'elle va
faire. Elle revient trouver sa mère et demande:
"Maman, est-ce qu'il est grand, Dieu ?". "Oui, ma fille, Dieu est
très grand", lui dit la mère. La petite fille
revient s'asseoir, prend un crayon et s'arrête encore. Elle
revient trouver sa mère: "Maman, Dieu, est-ce qu'il est beau
?". "Oui, lui dit sa mère, Dieu est très beau".
La petite fille revient table , réfléchit encore
devant son papier et revient trouver sa mère: "Maman, j'ai
décidé de ne pas dessiner Dieu, j'ai trop peur de
l'abîmer". 
lundi,
le 16 avril 2007
Journal (16)
Le 18 novembre, jour de la grande rencontre (2)
Et je rentrai chez moi avec une nouvelle
détermination. En passant par le village de Saint-Jacques,
je me rendis à l'église du village. Il y avait
des jeunes qui m'observaient me diriger vers l'église, mais
je ne pouvais plus reculer. J'irais au bout de cette histoire. Je me
heurtai à des portes verrouillées et je revins
à mon auto, sous le regard curieux de ces jeunes. Mais je
m'en fichais, me disant que je donnais là comme une preuve
du sérieux de ma démarche. Je ne m'en rendais pas
compte à ce moment-là, mais c'est comme si je
disais à Dieu: "Tu vois, je fais des efforts. Je veux
vraiment te trouver."
Le
mercredi suivant, le 18 novembre, je me rendis chez le cousin
d'Hélène pour la soirée de
prière. Je me sentais plus ouvert avec le groupe et je
m'étais informé auprès
d'Hélène afin de savoir comment on faisait pour
prier. J'avais déjà commencé, sans le
savoir, ce soir-là dans la voiture. Elle m'expliqua que l'on
pouvait demander des choses à Dieu mais surtout le louer, le
remercier, lui rendre grâce de ce qu'il fait pour nous. Cela
ne m'aidait pas beaucoup, car pour quelles choses pouvais-je remercier
Dieu? Qu'avait-il fait pour moi? Mais une fois la soirée de
prière commencée je me mis résolument
à la tâche. Après une lecture de la
Parole de Dieu, une prédication et un partage, chacun
était invité à entrer dans une
prière personnelle, qui se faisait pour la plupart
à haute voix, qui évoluait vers des
espèces d'incantations avec le mot Jésus ou le
mot Alléluia, et qui se terminait toujours avec un
espèce de chant bizarre que j'apprendrais à
connaître comme étant le chant en langues.
J'étais
à genoux, comme tous les autres, tourné vers ma
chaise. Je me sentais un peu comme un enfant, peut-être comme
celui qui récitait le chapelet devant la radio plusieurs
années avant. Je commençai à faire
l'inventaire des choses pour lesquelles je pourrais remercier Dieu. Peu
à peu, je pensais à des choses comme la vie,
l'amour, Hélène, ah! oui c'est vrai,
Hélène, mes parents, la campagne, mon travail, la
santé, etc. Plus j'avançais dans ma
prière plus je réalisais qu'effectivement il y
avait bien des choses dans la vie qui faisaient mon bonheur et que, si
Dieu existait, je ne pouvais que l'en remercier. Peu à peu
un sentiment de joie profonde commença à
m'envahir et je réalisai tout à coup qu'il se
passait quelque chose en moi, que je n'avais jamais ressenti
auparavant. Un immense bonheur, comme une grande vague venant de loin
et s'imposant peu à peu à l'horizon. Les mots
devenaient inutiles. Je restais là silencieux,
comblé, en attente, ne voulant surtout pas briser le charme
ou être ailleurs. Rester indéfiniment devant cette
présence. Oui, j'avais le sentiment d'une
présence, oh combien aimante, et qui me disait: "Tu m'as
appelé. Oui, je suis là!" Une grande joie
m'habitait. Je m'étais relevé pour m'asseoir sur
ma chaise pendant que les autres continuaient à prier
à voix haute. Je restais là immobile, incapable
de bouger ou de parler. Les larmes de mirent à couler. Je
pleurais doucement, mais c'était des larmes de joie. Un
événement extraordinaire venait de se passer dans
ma vie et qui la marquerait à tout jamais. Dieu m'avait
répondu.
Après
la prière, j'avais envie de crier à tout le
monde: "Vous ne savez pas ce qui vient de m'arriver?" Mais, en
même temps, parler me demandait un trop grand effort. J'avais
besoin de continuer à goûter cette
plénitude en moi. À la fin de la
soirée, je suis allé reconduire
Hélène. Et alors je lui ai raconté ce
que j'avais vécu et elle me répondit tout
simplement : "C'est beau n'est-ce pas?" Car elle savait. Elle
connaissait cette réalité de la
présence du Seigneur dans sa vie. Ce
soir-là, je n'avais pas envie de prolonger la
soirée avec elle, tellement j'étais pris par cet
amour en moi. De retour à la maison, je continuai
à prier, à louer Dieu, encore tout
étonné de ce qui m'arrivait. 
vendredi,
le 13 avril 2007
Avance ton doigt ici, et vois mes mains (Jn 20,
27)
Il a touché l'homme, il a reconnu
Dieu.Mais,
en approchant sa main, Thomas peut pleinement compléter sa
foi. Quelle est, en effet, la plénitude de la foi ? De ne
pas croire que le Christ est seulement homme, de ne pas croire non plus
que le Christ est seulement Dieu, mais de croire qu'il est homme et
Dieu. ï Telle est la plénitude de la foi. Ainsi le
disciple auquel son Sauveur donnait à toucher les membres de
son corps et ses cicatrices s'écrie : « Mon
Seigneur et mon Dieu. » Tu as déclaré :
si je ne touche pas, si je ne mets pas mon doigt, je ne croirai pas.
Viens, touche, mets ton doigt et ne sois plus incrédule,
mais fidèle. Je connaissais tes blessures, j'ai
gardé pour toi ma cicatrice.
Thomas n'était-il
pas un des disciples, un homme de la foule pour ainsi dire ? Ses
frères lui disaient : « Nous avons vu le Seigneur.
»
Et lui : « Si je ne touche pas, si je ne
mets pas mon doigt
dans son côté, je ne croirai pas. »
Les évangélistes t'apportent
la nouvelle, et toi
tu ne crois pas ? Le monde a cru et le disciple n'a pas cru ?
Leurs paroles se sont répandues, elles sont parvenues
jusqu'aux confins du monde et le monde entier a cru... et lui ne croit
pas. Il n'était pas encore devenu ce Jour qu'a fait le
Seigneur. Qu'il vienne donc, lui qui est le point du Jour, qu'il vienne
et qu'il dise avec patience, avec douceur, sans colère, lui
qui guérit : Viens, viens, touche ceci et crois.
Saint Augustin 
lundi,
le 9 avril 2007
Journal (15)
Le 18 novembre, jour de la grande rencontre (1)
Le soir même je retournai avec
Hélène
à la soirée de prière à
l'église. Je me souviens combien je me sentais
étranger à ce qui s'y passait et combien, sans
m'en rendre compte, montait en moi un sentiment d'être un peu
seul, perdu dans ma quête de sens. Le mercredi soir, la
réunion avait lieu chez l'un des cousins
d'Hélène et j'y allai avec elle. Je fis de
même le dimanche suivant, office le matin et
soirée de prière.
J'habitais à 40 km de chez
Hélène.
J'avais donc un peu de temps pour réfléchir
à ce que je vivais dans ces rencontres pendant le trajet du
retour. Mais ce deuxième dimanche, quand je revins chez moi
le soir, je me sentis profondément triste. Car, d'une part,
je prenais conscience que j'étais prêt
à croire. Je l'avais dit à
Hélène, je l'avais dit au pasteur. Mais comment
faire pour croire quand on ne croit pas. Peut-on faire semblant de
croire? Ou décider tout simplement de croire, même
si l'on n’en a pas la conviction? Ils étaient
impuissants à me répondre. Je voyais que ces gens
que je côtoyais semblaient vivre un grand bonheur dans cette
foi en Dieu. Mais moi, j'avais le sentiment d'être un
étranger qui, de la rue, observe le bonheur d'une famille
à l'intérieur d'une maison, mais qui ne peut y
rentrer.
Ce soir-là, je me sentais découragé
par ma démarche. Je roulais lentement sur le chemin du
retour. Il pleuvait. C'était silencieux dans la voiture. Pas
de radio. Il n'y avait que le bruit de l'essuie-glace que j'entendais.
Comme un grand voile noir autour de moi en retournant vers ma campagne.
Et là, tout en roulant, je me suis mis tout à
coup à pleurer, comme submergé par cette
tristesse qui m'habitait. Tristesse de ne pas croire sans doute, mais,
plus profondément, tristesse ne pas trouver de sens
à ma vie. J'avais ouvert la porte sur ce questionnement et
je ne trouvais pas de réponse.
Car derrière les défenses et les murailles que
l'on opposent à Dieu, il restera toujours la question du
sens de la vie elle-même. Et retranché dans mes
terres d'incroyance, je n'avais pas voulu donner beaucoup d'attention
à cette question. Je me contentais de me dire que je verrais
après la mort et je refermais vite la porte sur cette
question. Mais c'est une question qui ne regarde pas seulement
l'après-vie, mais la vie elle-même. Que fais-tu de
ta vie? Pourquoi fais-tu ce que tu fais? Es-tu heureux?
Spontanément, de mes pleurs, jaillit ce cri vers Dieu, et je
m'en souviens comme si c'était hier : "Mon Dieu, moi j'en
peux plus. Si tu existes, oui je veux te connaître. Aide-moi,
aide-moi si tu existes?"
dimanche de Pâques, le 8 avril 2007
Une éruption de vie
Joyeuses
Pâques tous les fidèles
lecteurs et lectrices du moine ruminant!
Christ
est ressuscité! Il est vraiment ressuscité!
"La
Résurrection du Christ fait penser à la
première irruption d'un volcan, signe du feu qui
dévore les entrailles de la terre.. C'est bien de cela dont
il s'agit, et dont Pâques est le signe.
Déjà dans les profondeurs les plus
secrètes du monde, brûle le feu de Dieu, dont la
flamme portera toutes choses à l'incandescence bienheureuse.
Déjà à partir du coeur intime du monde
où sa mort l'avait fait descendre, des forces nouvelles, les
énergies du monde transfiguré, sont au travail.
Déjà, au plus profond de toute
réalité, la vanité, le
péché et la mort sont vaincus. Et il ne doit plus
s'écouler que ce petit intervalle de temps que nous appelons
l'Histoire après Jésus Christ pour que partout,
et non pas seulement dans le corps du Christ, se manifeste ce qui est
vraiment arrivé."
(Karl Rahner, Une foi qui aime,
Salvator, 1966.)
vendredi, le 6 avril 2007
Une grâce pour le monde entier
« Malheur à moi si je
n'annonce pas la Bonne
Nouvelle », disait saint Paul. Toute autre avenue me
paraîtrait une fuite devant ce charisme qui m'a
été confié. Je le dis bien humblement
et je le vis avec toutes les faiblesses et les limites qui sont les
miennes. Je ne me considère pas comme un intellectuel, ni
comme un prédicateur de carrière, mais mon
entrée dans l'Ordre est un appel du Seigneur. Il a eu beau
me dire un jour : "je ne déciderai pas pour toi !", mais
l'appel était déjà lancé au
moment où je m'interrogeais sur ma vocation. Dès
les premiers instants de ma conversion, j'ai été
saisi par le Christ et comme aspiré dans son élan
missionnaire, qui ne cherche qu'à partager avec le monde
entier l'extraordinaire nouvelle de sa Mort-Résurrection, du
salut offert à toute l'humanité.
Je dirais que l'Ordre a été la matrice qui a fait
de moi un Frère Prêcheur. Il ne s'agit pas ici
d'un moule, puisque j'ai été accueilli tel que
j'étais, en tout respect de mes forces et mes faiblesses,
tout autant que de mes intérêts. Mais l'appel
à entrer dans l'Ordre, je ne puis en douter, vient du
Seigneur. C'est lui qui m'a conduit vers cette demeure spirituelle dans
son Église, afin de m'y former pour la mission. C'est
à cette école que le Maître m'instruit,
qu'il me prépare et me façonne. À
cette école de saint Dominique, est confié aux
Dominicains le charisme de la mission universelle, cette mission
apostolique qui est de toutes les époques, de toutes les
langues et de toutes les cultures. C'est pourquoi il nous faut
éviter la tentation de lire ou de vivre ce charisme
uniquement en lien avec une situation géographique
donnée, avec un couvent, une province ou un pays. Le
charisme dominicain est donné pour toute l'Église
universelle, il est une grâce pour le monde entier. Et cette
grâce, pour nous de la famille dominicaine, elle nous aide
non seulement à vivre notre vocation de
prédicateurs, mais c'est elle qui nous aide à
traverser les temps d'épreuves et de désert,
quand la Parole semble stérile et que la mission butte sur
les obstacles de toutes sortes.
jeudi, le 5 avril 2007
Que Ta volonté soit faite!
Quand l’Esprit fait un don, il
l’enracine. Il nous
fait passer dans le feu de son attraction puissante, en nous laissant
pressentir, mais le mot est sûrement trop fort, la
Lumière souveraine de la Trinité. Comme le
pensait Joubert : « La lumière et le feu seront
notre éternel partage : la lumière de Dieu, le
feu de son amour ». Nous sommes tous destinés
à la lumière et au feu. Appelés
à devenir des êtres de lumière et de
feu. En somme, la conversion nous fait changer de champ de gravitation.
Conversio veut bien dire « action de se tourner».
Prendre une autre direction. Être
déraciné pour mieux être ré
enraciné. Décoller d'un passé sans
présence, des pièges du sommeil. Soumettre son
âme aux repeints patients, dirait un peintre. Entrer dans
l'attraction puissante de l'Astre unique... On a dit que la conversion
religieuse est « une chute dans l'autre monde de
l'amour». Ce n'est plus l'heure de tergiverser, c'est l'heure
d'une réponse, d'un fiat profond, d'un début
d'exode, d'un abandon, d'un don total : « Que Ta
volonté soit faite! » C'est ce que
Thérèse de Lisieux avait ressenti au moment de sa
propre conversion. Elle avait retrouvé sa force et
s'était donnée entièrement
à Jésus Christ.
Il n'est plus question dès lors du danger de la conversion,
mais du risque terrible de ne pas l'accepter, de ne pas correspondre au
don de Dieu, c'est-à-dire au don de Celui qui par essence
pardonne et se donne. « Si tu savais le don de Dieu"
». 
Ouellette,
Fernand. Le danger du divin. Fides, 2002. pp. 119-120
mardi, le 3 avril 2007
L'impuissance de Dieu
"Le Dieu qui est avec nous est celui qui nous
abandonne (Mc 15, 34) ! Le Dieu qui nous laisse vivre dans le monde,
sans l'hypothèse de travail Dieu, est celui devant qui nous
nous tenons constamment. Devant Dieu et avec Dieu, nous vivons sans
Dieu. Dieu se laisse déloger du monde et clouer sur la
croix. Dieu est impuissant et faible dans le monde, et ainsi seulement
il est avec nous et nous aide [...] Voilà la
différence décisive d'avec toutes les autres
religions. La religiosité de l'homme le renvoie dans sa
misère à la puissance de Dieu dans le monde, Dieu
est le deus ex machina. La Bible le renvoie à la souffrance
et à la faiblesse de Dieu; ... L'évolution du
monde vers l'âge adulte dont nous avons parlé,
faisant table rase d'une fausse image de Dieu, libère le
regard de l'homme pour le diriger vers le Dieu de la Bible qui
accomplit sa puissance et sa place dans le monde par son impuissance."
(Dietrich Bonhoeffer. Résistance et
soumission, Lettres et notes de captivité.
Lettre du 16 juillet 1944, Genève 1967, p.
162-163.) 
lundi, le 2 avril 2007
Journal (14)
UNE RENCONTRE DÉCISIVE (2)
Ce fut le début de nos fréquentations qui
durèrent six mois. La soirée fut extraordinaire.
Le spectacle avait lieu au Centre sportif de l'Université et
à la fin du spectacle une musique d'orgue envahissait toute
l'enceinte du spectacle, comme dans une église; en sortant,
de légers flocons de neige tombaient sur
Montréal. Je me souviens avoir eu l'impression de sortir de
la messe de Minuit. Nous étions le 23 novembre 1974.
Je souhaitais voir Hélène le plus souvent
possible, mais le dimanche matin et le dimanche soir, il y avait
rencontre de prière ainsi que le mercredi soir. Elle ne m'en
parlait jamais, à moins que je ne pose des questions. Ces
rencontres m'intriguaient. J'attendis deux semaines avant de lui
demander si je pouvais l'y accompagner. Elle s'en montra
enchantée et, le dimanche 8 décembre, je me
retrouvais à l'église pentecôtiste avec
elle.
Ce n'est que quelques années plus tard, en refaisant
l'itinéraire de ma conversion, que je réaliserais
que ce retour à l'église coïncidait avec
une des grandes fêtes de la Vierge Marie:
l'Immaculée Conception.
C'était un office sans eucharistie ce matin-là,
avec des chants et lecture de la Parole de Dieu, suivis d'un long
enseignement par le pasteur. Je me sentais mal à l'aise
d'être là et je ne l'aurais jamais fait
n'eût été
d’Hélène. Mais je ne pouvais laisser
entre nous ce fossé entre sa foi et mon incroyance.
J'étais prêt à me laisser questionner,
je voulais à tout le moins me montrer ouvert, prêt
à cheminer. Mais mon orgueil en prenait un coup et je me
faisais tout petit dans cette église, ne cherchant surtout
pas à attirer l'attention.
Après l'office, je fus invité chez les parents
d'Hélène et plusieurs membres de la
communauté s'y retrouvèrent, dont le pasteur.
J'étais la brebis égarée et il avait
été invité justement de me ramener sur
le bon chemin, en essayant d'amorcer un dialogue
d'évangélisation avec moi. Il ne perdit pas de
temps et après quelques minutes de présentation,
il ouvrit la discussion, me demandant si j'avais accueilli le Seigneur
Jésus comme Sauveur personnel! Je lui expliquai bien
honnêtement ma position, revenant un peu à celle
de mes 17 ans, affirmant que l'on ne peut savoir si Dieu existe ou non.
Il se mit à m'expliquer toute l'histoire du salut, de la
Genèse à Jésus Christ, et je ne pus
que lui répondre que je connaissais tout cela. En effet, mon
éducation religieuse revenait à la surface et je
réalisais que je connaissais quand même assez bien
le christianisme. Sa réponse fut alors : "Mais Dieu soit
loué! Il ne te reste plus qu'à
reconnaître Jésus comme sauveur personnel et
à te faire baptiser!" Mais comment savoir qu'il est mon
sauveur? Je puis tout autant croire aux martiens ou à
Bouddha? Ma réponse sembla le mettre à court
d'arguments et il me dit tout simplement qu'il prierait pour moi et
qu'il m'invitait à en faire autant, disant que le Seigneur
m'éclairerait. Et sûrement, je dois beaucoup
à la prière de ce pasteur et des membres de cette
communauté.
dimanche, le 1 avril 2007
Dimanche des Rameaux
Le
nom exact de ce dimanche précédant Pâques et qui
ouvre donc la semaine sainte est Dimanche des Rameaux et de la Passion.
On y lit en effet l'Évangile de l'entré de
Jésus à Jérusalem (avec les foules qui
agitent des branchages pour l'acclamer) et le long récit de la
Passion. Les rameaux et la Passion... un couple indissociable! Les
rameaux sans la Passion, ce serait risquer de tomber dans la
superstition en attribuant des pouvoirs quasi magiques à de
simples feuillages. Ce serait surtout se méprendre sur la
royauté de Jésus: Jésus n'est vraiment roi que sur
la croix... lorsqu'il est dépouillé de tout et, par
amour, fait le don suprême de sa vie. Mais la Passion sans les
rameaux, ce n'est guère mieux! Ce serait en effet se complaire
de manière malsaine dans la douleur. Ce ne sont pas les
souffrances du Christ qui nous sauvent, mais c'est l'amour qu'elles
révèlent qui nous sauve. La croix du Christ n'est notre
fierté que parce qu'il est vraiment le Seigneur
Ressuscité. Son chemin, même difficile, est bonne nouvelle
parce qu'il ne s'est pas arrêté au Golgotha. 
(Hilaire LECOUDIC. Port
Saint-Nicolas)