Tenir un blogue ? Pourquoi pas ! C’est actuel, c’est nouveau, c’est créateur. Prêtre et religieux, je suis avant tout un chrétien pour qui la foi au Dieu de Jésus-Christ fonde le sens même de mon existence.
frère Thomas
* Vous pouvez faire parvenir vos commentaires au Webmestre qui les transmettra au frère Thomas.
mardi, le 26 septembre 2006
Foi et psychologie
A l'époque où j'ai fait l'expérience de ma conversion je travaillais comme psychologue depuis environ un an et demi. J'avais été formé dans une tradition très séculaire et anti-cléricale, ce qui me semble être encore la situation aujourd'hui. Mon expérience de foi n'a pas été seulement une adhésion à un credo. Je dirais que cette expérience n'a surtout pas été cela. J'ai utilisé le mot expérience et, par définition, cela nous situe au-delà des concepts, des définitions et des dogmes.
Mon expérience de foi m'a fait vivre tout d'abord une expérience de rencontre spirituelle qu'il est difficile de décrire, non pas parce que cette expérience serait floue, au contraire, mais par respect, par pudeur devant ce mystère que j'ai appréhendé lors d'un moment de prière. Mais toujours est-il que les mois qui ont fait suite à cette expérience m'ont permis de réaliser que la foi en Dieu était quelque chose de mouvant, de vivant. J'ai fait l'expérience d'une relation, d'une vie en moi m'appelant à redéfinir sans cesse mon rapport avec le monde, les autres, Dieu et moi-même. Je vivais un processus de croissance, ma vie spirituelle s'épanouissait peu à peu, je découvrais la prière, la relation à Dieu, je prenais conscience d'être appellé à redéfinir constamment ma relation à Dieu. De mettre peu à peu de côté la recherche de consolations ou d'exaucements, afin d'entrer davantage dans la gratuité de cette relation et, surtout, de redécouvrir l'autre, le prochain.
Je ne pouvais en douter, la vie spirituelle était quelque chose de vivant, avec ses lois propres. Les vies de saints et des saintes, les traités de spiritualité, ne venaient que confirmer ma propre expérience. Mes rencontres avec d'autres croyants et croyantes me faisaient rencontrer des complices, non pas parce que nous faisions partie d'une même "mouvement" ou "Église", mais parce que nous découvrions chez un semblable la joie d'être habité par un même mystère, une même présence. Je ne pouvais plus en douter: la croissance spirituelle avait ses lois propres, son dynamisme tout comme la croissance psychologique, la croissance psycho-affective. Ses lois d'ailleurs, n'étaient pas tellement différentes, puisqu'elles touchaient elles aussi l'ordre du relationnelle et de l'identité personnelle.
C'est pourquoi je demeure convaincu que la croissance psychologique atteint son plein développement lorsqu'elle est capable d'intégrer la dimension spirituelle, la relation au Tout-Autre, Lui qui est à l'origine de toute vie et de toute croissance. 
dimanche, le 24 septembre 2006
Un grand amour m'attend
Je reviens tout juste d'une absence d'une semaine pendant laquelle j'ai prêché une retraite, d'où mon long silence. En attendant de reprendre la plume, je vous partage ce magnifique texte, d'un auteur anonyme, et qui dit tout:
Ce qui se passera de l’autre côté
Quand tout pour moi
aura basculé dans l’éternité...
Je ne le sais pas !
Je crois, je crois seulement
qu’un grand amour m’attend.
Je sais pourtant qu’alors, pauvre et dépouillé,
je laisserai Dieu peser le poids de ma vie,
mais ne pensez pas que je désespère...
Non, je crois, je crois tellement
qu’un grand amour m’attend.
Si je meurs, ne pleurez pas,
c’est un amour qui me prend paisiblement.
Si j’ai peur... et pourquoi pas ?
Rappelez-moi souvent, simplement,
qu’un grand amour m’attend.
Mon Rédempteur va m’ouvrir la porte,
de la joie, de sa lumière.
Oui, Père, voici que je viens vers toi.
Comme un enfant, je viens me jeter dans ton amour,
ton amour qui m’attend. 
dimanche, le 17 septembre 2006
Dieu caché
Parce que tu as aimé cette terre
Seigneur,
voilà qui me donne d'espérer
quand je sens ma foi vaciller.
À voir vivre tes enfants rieurs,
comment ne pas sentir
la tendresse de ton regard
posé tout doucement sur chacun d'eux.
Tu es là ! Je le crois.
Et je devine ta joie, car c'est ma joie.
Et je connais ta peine lorsqu'ils souffrent,
car c'est la mienne
et elle ne peut venir que de Toi.
Et du plus profond de mon impuissance
monte en moi cet appel à les consoler avec Toi !
À prendre avec Toi ce poids de douleur
qui accable notre terre jusqu'à plus soif.
Mais je te découvre plus pauvre que moi.
Plus pauvre que moi dans ta toute-puissance.
Et ton amour n'en finit plus d'attendre
les deux mains clouées sur le bois.
Qui donc prendra sur lui le poids de ta croix?
Faut-il être entré dans ta gloire
pour mesurer le poids infini de ta souffrance
et trouver la force de l'assumer avec Toi?
Pourquoi te cacher derrière ce silence
qui enveloppe l'univers,
comme si, sur le point de parler,
tu retenais ton souffle,
l'espace d'un instant.
Un instant d'éternité où l'Homme attend
les yeux tournés vers le ciel…
Pourtant, tout dans l'univers ne s'écrie-t-il pas:
Gloire!
Des astres créés, aux rires des enfants:
« Contemplez Celui qui vient!
Celui qui Est!
Contemplez!
Il est là, aux portes du monde,
et vous êtes chez Lui.
L'univers est son jardin
et l'Homme,
un promeneur solitaire
qui cherche son chemin.
N'entendez-vous pas sa voix? »
Et l'Homme, reste-là,
hébété,
au coeur du jardin,
soûlé par le poids de sa vie,
ne sachant plus où regarder,
quand tout autour de lui
l'appelle vers Toi.
Nous aurais-tu donc créés aveugles ? 
jeudi, le 14 septembre 2006
Fête de la Croix Glorieuse
Nous proclamons un Messie crucifié aujourd’hui alors que nous fêtons la Croix Glorieuse. Paradoxalement, c'est là notre honte, parce que cette Croix est l'expression même de notre péché, mais elle est aussi notre fierté, parce qu'elle est le lieu de notre relèvement.
C’est pourquoi l’église, en cette fête, nous invite à nous rappeler combien il est important de contempler Jésus en croix. On peut avoir passé toute sa vie à prier le Seigneur sans vraiment l’avoir regardé sur sa Croix; je veux dire le regarder de ce regard qui va jusqu’au fond du coeur, jusqu’au fond de sa blessure. Il faut prendre le temps de s'arrêter au pied de la Croix, de s’y agenouiller, afin de contempler Jésus dans son offrande au Père.
La contemplation de la Croix nous donne de comprendre combien nous sommes présents dans la prière du Christ sur la Croix, crucifiés avec lui, offerts par lui comme son bien le plus précieux: « Père, ceux que tu m'as donnés je te les offre, et je m'offre avec eux, pour eux. Notre Père... ».
La Croix est véritablement le lieu par excellence de notre filiation avec le Christ, « car Dieu a tellement aimé le monde qu’il nous a donné son Fils unique ». C'est sur la Croix qu'il nous saisit dans son mystère d'amour, pour ne plus faire qu'un avec nous. Il est là à cause de nous, pour nous. Il prend sur lui nos péchés, nos détresses, et il s'associe pour l'éternité à notre pauvre humanité blessée. Désormais sa vie est notre vie, son Père est notre Père, et il prie avec nous : « Notre Père... ».
La Croix devient le coeur de toute prière et il ne nous est plus possible désormais de prier sans passer par la Croix, sans désirer s'unir à elle. Comme elle est belle cette Croix quand c’est Jésus qui la recouvre de sa présence. C'est la vie même qui est clouée au coeur de la mort; notre humanité peut enfin refleurir. Elle n'est plus orpheline, elle n’est plus seule, car elle peut désormais appeler Dieu « notre Père ».
Voilà la beauté et le mystère de l’église, Corps du Christ, à jamais crucifiée avec lui dans l’offrande de sa vie. Simone Weil a cette réflexion magnifique à propos de la Croix. Elle écrit ceci :
« Le don le plus précieux pour moi, comme vous le savez, c’est la croix. S’il ne m’est pas donné de mériter de participer à la croix du Christ, j’espère au moins de pouvoir y participer en tant que larron repentant. Après le Christ, de toutes les personnes dont il est fait mention dans l’évangile, le bon larron est celui que j’envie le plus. D’être avec le Christ pendant la crucifixion, à ses côtés et dans la même position que lui, me semble être un privilège encore plus grand et plus enviable que d’être assis à sa droite dans la gloire. » (Lettre du 16 avril 1942).
Seigneur, donnes-nous de toujours savoir contempler ta Croix glorieuse. C'est la grâce que nous te demandons Ô notre Seigneur crucifié.
lundi, le 11 septembre 2006
9/11
La date est sans contredit la plus célèbre dans l'histoire récente de l'humanité. Pourtant il y a eu des événements beaucoup plus sanglants dans notre triste histoire humaine, mais jamais vécus en direct comme le fût cette attaque des tours jumelles de New York il y a cinq ans. D'où son impact très immédiat sur nos vies, son côté spectaculaire.
Qui se souvient par exemple de la guerre de la faim contre l'Irak, à la fin des années 90, qui a fait plus de 90,000 morts chez les enfants de ce pays en une seule année. Pas de mausolé pour ces derniers, ni de président ou de premier ministre venant déposer sa gerbe de fleurs. Il faudrait aussi se rappeler de cela aujourd'hui. Mais je ne veux pas jouer le trouble-fête.
La plupart d'entre nous se rappellent sans doute où ils étaient ce matin du 11 septembre 2001. C'est gravé à jamais dans nos mémoires. En voyant le deuxième avion percuter la seconde tour je me souviens de m'être exclamé : "C'est la guerre!"
Il serait trop facile de se cantonner dans une lecture superficielle de l'événement en traçant simplement une ligne entre innocents et coupables. Il faut plutôt regarder le tout dans un enchevêtrement de clair-obscur où la vérité est la première victime de la guerre et de la démagogie, et ce, des deux côtés des barbelés.
Mais le fait demeure: l'horreur, la haine, la mort-en-direct, un goût de cendre dans la bouche. Un incroyable gâchis, un échec monumental de l'Homme, et dont les puissances occidentales ne pourront jamais se laver les mains. Et pourtant elles semblent avoir choisies la voie de tous les grands potentats et autocrates de l'histoire : la fuite en avant. Je ne cherche pas ici à justifier les terroristes. Il est clair que la haine et le démagogie semblent leur avoir fermé à jamais le coeur et les yeux, et nul ne sait quelle sera l'issue de cette guerre. J'ai bien peur que le pire ne soit à venir. Bien sûr, on ne peut refaire l'histoire, mais il y a urgence dans la recherche de solutions viables et justes à ce conflit, qui s'impose de plus en plus comme une lutte entre l'Occident et le monde musulman.
C'est pourquoi ce tragique anniversaire s'élève comme un appel à tous les hommes et les femmes de bonne volonté. Aujourd'hui, ensemble, il nous faut faire mémoire. Il faut prier. Prier beaucoup pour la paix, afin que s'accomplisse dans notre monde, pour tous les frères ennemis, cette parole de Jésus dans l'évangile de Luc : "la sagesse de Dieu a été reconnue juste par tous ses enfants." (Lc 7, 35) Puisse cette sagesse nous ouvrir la voie vers la paix et la justice. 
dimanche, le 10 septembre 2006
Ma prière (5)
J'aimerais terminer en parlant du silence, le silence qui fait grandir les saints, comme disait un Père du désert. S'il y a un élément de changement bien concret que je puis identifier depuis que j'ai retrouvé ma foi catholique, c'est l'importance croissante du silence. Je vous avais dit, je crois, à quel point mon séjour à la Trappe avait confirmé cela. Et j'en suis tout étonné, émerveillé je dirais. Car c'est là pour moi comme un fruit tangible qu'apporte la vie spirituelle: un besoin d'être seul avec soi-même, un besoin d'être à l'écoute, sans se sentir menacé, sans avoir peur. La solitude devient alors un lieu d'accueil et de repos. Le silence nous parle alors de Dieu et de notre vie en Lui, et la prière y trouve tout naturellement sa source. Le silence est sans doute l'expérience la plus tangible que nous puissions faire de la présence de Dieu. Car dans le silence nous sommes mis à nu, dans une attitude d'accueil et de don de soi. Mais naturellement, il faut que ce silence soit recherché pour lui-même et non pas imposé. Et c'est là une des fonctions de la prière personnelle et de la prière en Église, de nous conduire peu à peu dans cette ouverture au silence où Dieu se dit.
Dieu, "nul ne l'a jamais vu, sinon le fils de Dieu et ceux à qui il veut bien se révéler". Et nous avons cette promesse sûre et ferme, que ceux et celles qui accueillent Jésus comme Fils et Révélateur de Dieu, il leur sera donné cette connaissance et cette expérience de Dieu, comme l'a vécue Jésus de Nazareth. Entrer dans le silence de la prière, c'est se faire tout disponible et abandonné à l'action du Seigneur: "Parle Seigneur, ton serviteur écoute!" (fin du texte)
mercredi, le 6 septembre 2006
Ma prière (5)
Je n'ai pas parlé de l'eucharistie, "source et sommet de la vie de l'Église", que je suis appelé à vivre et à célébrer quotidiennement en tant que prêtre. D'ailleurs, j'allais presque oublier d'en parler. Curieux n'est-ce pas? Pourtant la célébration de l'eucharistie est toujours un moment intense pour moi, un moment solennel qu'il m'est difficile d'identifier comme étant "ma prière". Il serait juste de dire que "je suis un autre" lorsque je célèbre. Je suis le ministre de la communauté. Je ne prie plus seulement en mon nom, mais je prie au nom de la communauté dont je préside l'eucharistie, l'eucharistie de la communauté. De plus, ce n'est pas moi théologiquement qui préside mais c'est le Seigneur ressuscité!
Donc, mon rapport à l'eucharistie est ambigu quand j'essaie de l'analyser. Il y a en moi comme une incapacité d'en parler. J'y entre avec tout le sérieux dont je suis capable et, en même temps, ce mystère me dépasse tellement que parfois je sens que je n'ai pas la capacité de le vivre avec toute l'intensité que requiert la célébration d'un tel mystère. C'est donc avec une grande pauvreté que je célèbre l'eucharistie et, en même temps, dans un esprit de service pour la communauté. Il m'est difficile d'y entrer comme j'entre dans ma prière personnelle, car l'eucharistie m'impose un rythme, des règles liturgiques, une attention de tous les instants à la communauté avec qui je célèbre.
Je suis un peu comme ces disciples lors de la multiplication des pains qui doivent nourrir la foule, pendant que Jésus continue sans doute de s'entretenir avec elle. La tâche prend un peu le dessus. Ce n'est qu'après, et je ne veux pas dire immédiatement après car cela, habituellement, est impossible, mais après, bien après... dans la prière personnelle, dans un seul à seul avec moi-même à l'occasion d'une promenade, que cette eucharistie se prolonge et me nourrit. Et pourtant j'ai conscience que cette eucharistie quotidienne est le lieu de ma prière le plus importante de la journée. On touche là le mystère, un mystère qui demande toute notre attention, mais où il est si facile d'être distrait. Mais toujours c'est une grâce inouïe... (à suivre) 
lundi, le 4 septembre 2006
Ma prière (4)
Si je m'en tiens à mon expérience, en conclusion, je vois trois dimensions principales dans la prière chrétienne:
1. La prière d'abandon devant le Seigneur, dans laquelle je me tiens dépouillée et pauvre. Une prière où je ne demande rien, sinon que d'être là à veiller en silence. C'est une prière difficile, sans doute la plus difficile, mais qu'il faut savoir tenir. Mais cette forme de prière vient qu'après des années je crois.
2. Il y a la prière joyeuse, enthousiaste, qui jaillit spontanément, soit à la chapelle, en ballade, en contemplant un paysage, ou suite à des rencontres. C'est la prière où l'on exulte de joie, où l'on veut chanter des louanges au Seigneur pour tout ce qu'Il fait. C'est la prière qui m'a toujours été la plus facile. C'est la prière telle que la décrit Charles de Foucauld : "C'est penser à Dieu en l'aimant."
3. Et, enfin, il y a la prière au pied de la Croix. La prière de Gethsémani, qui demeure pour moi, la plus importante, parce qu'elle est la plus engageante. C'est la prière du combat de Dieu. Et par cette prière, l'on affirme vouloir se tenir là où Dieu se tient, parmi les hommes et les femmes de ce monde. Par cette prière, l'on dit à Dieu que l'on veut se tenir là où il nous veut, c’est-à-dire là où ses enfants souffrent.
Il n'y a pas de chronologie dans ces formes de prière. Elles sont toutes importantes, elles se recoupent sans que l'on puisse toujours les départager. Mais ces trois formes me rappellent tout simplement que la prière:
a) est le lieu où j'apprends à grandir dans l'espérance, c'est la prière d'intercession; intercession à la fois pour moi et pour les autres.
b) elle est aussi le lieu où j'apprends à grandir dans l'amour, c'est la prière d'adoration et d'action de grâce;
c) elle est enfin le lieu où j'apprends à grandir dans la foi, et c'est la prière où je me tiens "humble et silencieux" devant le Seigneur, comme le dit le psalmiste, confiant que Dieu est là même si aucun mot n'est murmuré, aucun sentiment évoqué. Cette prière est comme un grand "Je crois" lancée vers Dieu, au coeur de sa présence.
Je dirais que toutes ces formes de prières rendent possible ce que les auteurs spirituels appellent la contemplation. Ici, les mots, qu'ils soient des paroles de supplication, de demande ou d'action de grâce, cèdent la place à un silence plein, à une joie profonde, qui nous enlèvent les mots de la bouche et remplissent notre coeur d'un sentiment de présence et de plénitude. C'est vraiment le sentiment d'un face-à-face avec Dieu, qui se tient tout proche. C'est une expérience de sa Présence ou, encore, une expérience d'amour qui peut se vivre sans parole, tellement l'on se sent aimé, comblé. C'est une expérience occasionnelle ou rare, c'est selon chacun.
Ce n'est pas quelque chose à rechercher comme un bien à consommer. Cela nous est parfois donné comme une consolation ou comme un signe de la présence du Seigneur, afin de nous encourager à persévérer dans la foi. Mais vient un temps où l'on ne doit plus attendre de telles consolations, bien qu'elles nous soient encore données parfois.
C'est le temps de la maturité dans la prière, le temps de la relation "adulte" avec Dieu, si je puis m'exprimer ainsi. C'est le temps où l'union au Seigneur se vit tout simplement dans une présence fidèle et aimante au Seigneur, dans l'action du quotidien, comme dans le silence d'une chapelle. La foi alors est assez grande pour nous porter et nous donner cette assurance que le Seigneur est présent. Le reste, émotions, sentiments, lui appartient et il nous conduit tous et chacun par des chemins uniques, propres à chacun et chacune de nous, selon sa grande bienveillance. Nul n'est négligé, mis de côté. A chacun de ses enfants Dieu donne, selon le temps de la vie, le pain qui est nécessaire et qui nourrit ou, encore, le désert inévitable qui purifie. (à suivre) 
vendredi, le 1 septembre 2006
Ma prière (3)
Suite d'une correspondance avec une amie lors d'un séjour récent à Rome. Textes précédents.
Je ne me souviens plustrès bien du type de prière qui a suivi cette expérience, sinon que j'étais très exalté et que ma prière en était une de grande louange. Elle ne tarderait pas à devenir un lieu de combat, car il me fallait retrouver le chemin de l'Église, et je portais une foule de questions avec lesquelles je harcelais Dieu sans cesse. Tout comme je le ferais quand viendrait le moment de choisir ou non de répondre à l'appel vers le sacerdoce. Je portais une prière enthousiaste, mais inquiète aussi, et donc fragile. J'avais peur de perdre ce que je venais de découvrir, je demandais souvent à Dieu de ne pas m'abandonner et surtout, de ne pas me laisser l'abandonner. D'ailleurs, cette demande me paraît toujours aussi importante aujourd'hui, mais je la porte avec moins d'inquiétude.
Cette recherche de ma voie allait durer sept à huit ans. Pourtant je n'ai pas le souvenir d'une prière inquiète, mais d'une grande joie à prier le Seigneur. Mais dès les débuts, ma relation retrouvée avec le Seigneur m'incita à vouloir changer de vie. Tout à coup, ce qui allait contre l'Évangile me devenait plus évident. Comme si un guide intérieur me conduisait et m'apprenait à devenir disciple peu à peu.
Cette étape de purification, comme l'appellerait les mystiques, est toujours présente. La conversion ne cesse jamais puisque la chute et l'homme pécheur demeurent. Mais parallèlement, j'ai toujours aimé me retirer dans le silence afin de louer le Seigneur, l'adorer ou, encore, afin d'intercéder pour d'autres, afin de me tenir aux pieds de la Croix et prendre au sérieux la souffrance du monde, la souffrance de ceux et celles qui se recommandent à ma prière.
Cette dimension de la prière s'est peu à peu affirmée avec les années. Comme si ma prière avait évoluée vers une sorte de dépouillement où la joie intérieure ou l'échec, ne sont plus des pré-requis pour la prière. Parfois ce sera une prière dite avec le chapelet, ce que j'ai toujours aimé faire, d'autres fois ce sera une prière dépouillée, dans laquelle, à la limite, j'essaie tout simplement de me tenir silencieux devant le Seigneur, répétant parfois intérieurement son nom: Jésus ou Seigneur Jésus, ou Seigneur prends pitié! C'est la prière la plus difficile et je ne puis m'y tenir bien longtemps. Mais l'important ce n'est pas la durée de la prière, mais son intensité, sa sincérité.
Je constate qu'avec les années, ma prière est devenue plus pauvre je crois. Une prière où je compte moins sur l'élan de ma foi ou de ma ferveur, que sur l'accueil que m'y fait le Seigneur. C'est un peu la prière à l'exemple du couple fidèle qui, après des années, n'a pas toujours besoin de beaucoup de mots pour se comprendre et où le silence peut être tout aussi signifiant que les paroles les plus tendres. C'est peut-être cette nuit là dont parle saint Jean de la Croix, dans laquelle on ne cherche à s'accrocher à rien, sinon qu'à se tenir disponible et abandonné à la volonté du Seigneur. (à suivre) 