Tenir un blogue ? Pourquoi pas ! C’est actuel, c’est nouveau, c’est créateur. Prêtre et religieux, je suis avant tout un chrétien pour qui la foi au Dieu de Jésus-Christ fonde le sens même de mon existence.
frère Thomas
* Vous pouvez faire parvenir vos commentaires au Webmestre qui les transmettra au frère Thomas.
samedi, le 28 octobre 2006
Marie
Il y a des jours où les patrons et les saints ne suffisent pas.
Alors il faut prendre son courage à deux mains.
Et s'adresser directement à celle qui est au-dessus de tout.
Être hardi. Une fois.
S'adresser hardiment à celle qui est infiniment belle.
Parce qu'aussi elle est infiniment bonne.
À celle qui intercède.
La seule qui puisse parler de l'autorité d'une mère.
S'adresser hardiment à celle qui est infiniment pure.
Parce qu'aussi elle est infiniment douce.
(...)
À celle qui est infiniment riche.
Parce qu'aussi elle est infiniment pauvre.
À celle qui est infiniment haute.
Parce qu'aussi elle est infiniment descendante.
À celle qui est infiniment grande.
Parce qu'aussi elle est infiniment petite.
Infiniment humble.
Une jeune mère.
À celle qui est infiniment jeune.
Parce qu'aussi elle est infiniment mère.
(...)
À celle qui est infiniment joyeuse.
Parce qu'aussi elle est infiniment douloureuse.
(...)
À celle qui est infiniment touchante.
Parce qu'aussi elle est infiniment touchée.
À celle qui est toute Grandeur et toute Foi.
Parce qu'aussi elle est toute Charité.
(...)
À celle qui est Marie.
Parce qu'elle est pleine de grâce.
À celle qui est pleine de grâce.
Parce qu'elle est avec nous.
À celle qui est avec nous.
Parce que le Seigneur est avec elle.
CHARLES PÉGUY
(Le Porche du Mystère de la Deuxième Vertu, extraits.) 
mardi, le 24 octobre 2006
Le grand départ
Je reviens tout juste de prêcher une retraite dans une communauté où se trouvent près de 250 soeurs malades, en fin de parcours après une longue vie missionnaire. Tout d'abord, ce fut le choc, car c'est la première fois que je prêchais littéralement dans un hôpital. La majorité des retraitantes suivaient la retraite de leur chambre. Les soeurs et le personnel pouvaient suivre les entretiens via un interphone. Tout au long de cette semaine très intense, j'ai côtoyé ces soeurs, certaines ayant même plus de cent ans.
C'est un contexte de retraite qui m'a mis littéralement face à la mort, prêchant à des soeurs confrontées à ce destin inéluctable qui nous concerne tous. Mais pour plusieurs d'entre elles, la proximité de la mort n'était plus une possibilité, mais une certitude, certaines n'ayant que quelques mois à vivre. J'ai rencontré pendant cette semaine toutes sortes d'attitudes face à la mort : de la hâte de partir vers la maison du Père, au refus le plus total de la mort, en passant par la révolte ou la négation.
Quand j'ai quitté ces soeurs, je n'ai pu m'empêcher de ressentir un étrange sentiment d'abandon à leur endroit, comme si je les abandonnais à leur sort. Je sais bien qu'il était temps de partir et que je ne pouvais plus rien faire pour elles, mais l'on se sent responsable de ceux et celles que l'on apprivoise, comme le dit le renard au Petit Prince. Je pense bien que nous nous sommes apprivoisés mutuellement pendant cette retraite, dont le thème était « Ce Dieu qui nous cherche ».
Je pense encore à elles et j'espère que mes chères soeurs se laisseront toutes trouvées et apprivoisées à l'heure du grand départ. En attendant, je prie pour elles et je vous les confie. 
dimanche, le 22 octobre 2006
Méditation
Le Verbe..."Il a la tête inclinée pour te saluer, la couronne sur la tête pour t'orner, les bras étendus pour t'embrasser, les pieds cloués pour rester avec toi." (Catherine de Sienne. Le Dialogue. CXXVIII) 
dimanche, le 15 octobre 2006
Mon ami Clovis
Clovis a été pour moi un père spirituel et je me souviens avec plaisir et nostalgie, de ces longues heures passées en sa compagnie, soit dans la cuisine familiale ou dans son beau jardin, qu'il entretenait avec tant de soin et où, tous les étés, une place d'honneur était réservée à une statue de la Vierge Marie. Nous discutions de théologie, de l'histoire de l'Eglise, de la vie des saints et des saintes, qui étaient des familiers pour lui. Et jamais je ne me lassais de ces heures passées ensemble.
À 78 ans Clovis a été hospitalisé. Son diabète devenait incontrôlable. Il lui restait peu de temps à vivre. J'étais allé le voir à l'hôpital de Joliette. Je vis là, un homme diminué, épuisé par la maladie, mais toujours aussi lucide. Un homme qui savait qu'il ne pourrait pas retourner dans sa maison, qu'il ne reverrait plus son beau jardin où il passait la plus belle partie de ses étés. Sa santé ne lui permettait plus de vivre seul à la maison. Et dès qu'il aurait reçu son congé de l'hôpital, il irait rejoindre "sa" Thérèse qui vivait dans un Centre d'accueil depuis plus d'un an, maman Thérèse que j'aimais beaucoup.
Clovis était un homme de foi, et lorsque je suis allé lui rendre visite, il est vite allé à l'essentiel. Il m'a parlé de Dieu, de sa foi en ce moment d'épreuve. Il m'a parlé de la mort, de sa mort prochaine, me disant que sans vouloir être prétentieux, cette mort ne lui faisait pas vraiment peur. Que l'idée de rencontrer Dieu n'éveillait pas vraiment de crainte en lui. "Je n'ai pas peur de Dieu" me dit-il. "Peut-être devrai-je avoir une certaine crainte", a-t-il poursuivi, "mais Dieu est avant tout un ami pour moi. Je me sens en confiance, il va m'accueillir tel que je suis".
En écoutant mon ami Clovis, il me venait en mémoire ce passage de la seconde lettre de Paul à Timothée où il lui dit:
"Me voici déjà offert en sacrifice, le moment est venu. Je me suis bien battu, j'ai tenu jusqu'au bout de la course, je suis resté fidèle. Je n'ai plus qu'à recevoir la récompense du vainqueur: dans sa justice, le Seigneur, le juge impartial, me la remettra en ce jour-là, comme à tous ceux qui auront désiré avec amour sa manifestation dans la gloire".
Tout en me remémorant ce texte, je voyais en cet homme alité, la figure du vieil apôtre Paul, terminant sa course, et moi, j'étais Timothée, poursuivant sa course, écoutant les réflexions et les recommandations d'un homme au terme de sa vie, contemplant déjà le destin qui serait le mien. Je me sentais comme rassuré de me tenir auprès d'un homme qui semblait aussi serein à l'idée de la mort. Avant de le quitter il me demanda de le bénir. Je le bénis avec émotion et je sortis de la chambre, jetant un dernier regard vers lui et il m'envoya tout simplement la main, comme un voyageur sur le quai d'une gare qui s'apprête à prendre le train. Le train pour l'éternité...
Une semaine plus tard avaient lieu les funérailles et la famille me demanda de prêcher à cette occasion. Je rappelai essentiellement ce qu'avait été ma relation avec Clovis, sa grande dignité, sa grande paix face à la mort et je me souviens que j'avais partagé un sentiment qui m'habitait avec l'assemblée, en leur disant que, pour la première fois de ma vie, j'avais vraiment l'impression d'assister aux funérailles d'un chrétien. Non pas que je n'aie vécu cette expérience auparavant. Mais c'était la première fois que je perdais un ami dans la foi, et où j'étais convaincu de l'attachement profond du défunt pour le Christ. Un chrétien venait de mourir et nous célébrions son départ vers la maison du Père en l'accompagnant de nos prières.
À la fin de la célébration, après l'aspersion de l'eau bénite sur le cercueil, les porteurs s'avancèrent, prirent le cercueil et se dirigèrent vers la sortie de la cathédrale, alors que tous les participants demeuraient dans leurs bancs. J'étais donc l'un des seuls à voir s'éloigner la dépouille de mon ami Clovis, me tenant debout face à l'allée centrale. Nous étions au mois de janvier, et je me souviens que l'intérieur de la cathédrale était plus ou moins bien éclairé à cause du peu de fenêtres. Lorsque les porteurs arrivèrent à l'arrière de la cathédrale, ils ouvrirent les portes et là, une lumière aveuglante m'éblouie et envahie tout le hall arrière de la cathédrale. C'était le soleil d'hiver sur une neige fraîchement tombée qui brillait de tous ses feux. Je vis alors le cercueil disparaître dans cette blancheur éclatante. Mon ami Clovis était parti. Il ne restait plus que ce puits de lumière ouvert sur l'infini... 
vendredi, le 13 octobre 2006
La leçon de Nickel Mines
Jésus dans son évangile nous propose une voie inédite dans la lutte contre le mal et la violence, une arme insoupçonnée dans la rencontre du frère ou de la soeur qui se dresse en ennemi. C'est la force du pardon. Non pas le pardon qui est démission ou qui fait fi de la justice et de la vérité, mais le pardon évangélique qui est capable de porter un regard lucide à la fois sur soi et sur l'autre, qui est capable de voir en cet autre, en dépit de ses fautes, le frère ou la soeur qui s'est égaré.
Utopique ? Bien sûr ! Comme tout l'évangile d'ailleurs. Mais parce que notre Dieu est le Dieu de l'impossible, ses paroles deviennent promesses pour nous. S'il nous invite à nous pardonner, s'il nous commande de nous aimer les uns les autres jusqu'à aimer nos ennemis, c'est qu'il nous sait capable d'un tel dépassement. Puisque nous sommes capables de Dieu (capax Dei), nous sommes capableS d'aimer et de pardonner. C'est à cela que nous sommes appelés, c'est le coeur de notre vocation de fils et de filles de Dieu.
Jésus nous enseigne une voie de perfection pour accueillir le Règne de Dieu : le don réciproque les uns aux autres de cet amour prodigué si généreusement par Dieu et qui, dans sa pointe extrême, devient pardon, ce pardon total et inconditionnel dont témoigne Jésus sur la croix. En Jésus nos yeux ont contemplé l'Amour à l'oeuvre et nous savons désormais que seul l'amour qui sait pardonner est vrai et digne de ce nom. C'est dans cette vie imitée et contemplée que le pardon prend tout son sens pour les chrétiens et les chrétiennes, où il apparaît comme la seule force capable de soulever le monde et de transformer les coeurs. Pour moi c'est la leçon de Nickel Mines. 
lundi, le 9 octobre 2006
Les Amish et le pardon
Sans doute avez-vous pris connaissance des récents événements dramatiques, disons le mot, les tueries, survenues en Amérique du Nord ces dernières semaines. Des tueurs fous qui entrent dans des écoles et qui abattent des élèves, ou des élèves qui assassinent leurs professeurs.
Je retiens surtout les événements survenus à Nickel Mines, en Pennsylvanie (É.U.), dans la communauté Amish, où dix jeunes filles ont été abattues par un père de famille sans histoire. L'étonnant, et je dirais ici le lumineux dans cette page sombre de nos passions humaines, c'est à la fois la réaction de l'aînée des élèves tenues en otage (13 ans) et celle de la communauté Amish.
La jeune fille s'est tout d'abord offerte pour demeurer seule comme otage en demandant à l'assassin de laisser partir les autres. Il a refusé. Quant elle a vue qu'il était pour les abattre toutes, elle a demandé à être tuée la première en espérant que cela dissuaderait l'homme de tuer les plus jeunes. Quelle maturité spirituelle et sens de l'abnégation chez une enfant!
Le responsable de la communauté Amish a eu cette réaction en apprenant le comportement de la jeune fille : « là où le péché s'est multiplié la grâce a surabondé » (Rm 5, 20). Une profonde réaction de foi qui ne s'est pas démentie tout au long de ce drame. Les Amish ont tenu à exprimer publiquement leur pardon à l'endroit de l'assassin, « un voisin paisible » de leur communauté, et le jour de ses funérailles, soixante-dix membres de la communauté Amish se sont présentés à l'église afin de prier pour lui et aussi offrir leur soutien et leur sympathie à sa veuve et ses enfants. L'épouse de l'assassin a même pu participer aux funérailles de l'une des jeunes filles à l'invitation de la communauté Amish.
Par ce pardon accordé, les Amish ont signifié leur refus de se laisser entraîner dans une logique de rancoeur et de vengeance. Leur charité chrétienne a tout simplement désamorcé la spirale du mal. « Ô mort, où donc est ta victoire? », ne voudrait-on pas dire avec eux, et surtout quelle belle leçon de vie évangélique. Le radicalisme évangélique est passé par Nickel Mines ce jour-là. 
mercredi, le 4 octobre 2006
Fleurs séchées et papillons
A l'âge de sept ans mon enfance a connu un bouleversement sans précédent dans sa courte histoire. Après de "nombreuses" années d'aventures urbaines sur l'asphalte de Montréal, je déménageais avec ma famille dans une campagne promise au plus brillant avenir: celui de banlieue. Mes points de repères dans la vie allaient brusquement changer. Pendant quelques jours, au grand étonnement de mes parents, je restai assis sagement sur la galerie de la maison. Je n'osais pas m'aventurer dans cet univers inconnu et sûrement hostile. Peu à peu, cette campagne nouvellement conquise m'apprivoisa à son tour. Je découvris avec étonnement ses champs fleuris et ses boisés. Je les imaginais s'étendre jusqu'au bout du monde. Je venais de découvrir la forêt enchantée des étés de mon enfance.
Avec mes nouveaux amis, compagnons d'infortune nouvellement arrivés dans cette banlieue en voie de devenir, je prenais peu à peu possession de mon royaume: fleurs séchées, chasse aux papillons, grenouilles et menées, "talles" de framboises sauvages, pommettes volées chez le fermier. Tout revêtait un air d'aventure lorsque de bon matin nous partions en excursion. Dans notre forêt, Robin des Bois et chevaliers, Tarzan, cow-boys et indiens se côtoyaient sans difficulté. Notre fermier bougon devenait notre shérif de Nottingham, et de château en château, de conquête en conquête, chaque jour notre imaginaire préparait les rêves de la nuit. Dans la forêt, le temps semblait immobile. Il nous façonnait avec une infinie délicatesse.
A l'automne, lorsque la rentrée inévitable se présenta, celle que ma petite tête d'enfant insouciant avait complètement oubliée, je n'étais plus tout à fait le même. Bien plus qu'une collection de souvenirs hétéroclites et d'aventures loufoques, l'été qui s'achevait laissait en moi son empreinte. Nous étions complices. Je rentrai à l'école un peu nostalgique avec mon baluchon de souvenirs, alors que je tombais sous la férule des règles grammaticales et des mathématiques. Plus de doute possible, l'été était bel et bien terminé.
Pourtant il continuait à nourrir mes rêves éveillés, mon goût de l'aventure et de la découverte. Il m'apprenait à espérer. Depuis, année après année, je l'ai toujours attendu avec hâte et fébrilité, comme un ami fidèle. Avec le temps, j'ai compris que l'été était un grand éducateur, un maître insurpassable avec ses fleurs sauvages, ses ouaouarons et ses papillons éphémères. Plus qu'aucune autre saison, l'été m'a préparé à la vie. J'ai toujours aimé aller à son école. 
dimanche, le 1 octobre 2006
Le papillon d'automne
Ce matin, attiré par le soleil d'automne
et le coloris extraordinaire de cette saison en mon pays,
j'ai pris mes souliers de marche en direction de la montagne.
L'air sentait bon, feu de bois et feuilles séchées,
le tout emporté dans l'air frais du matin.
Derniers sursauts d'une saison
sur le point de céder la place
aux brises qui apportent le froid.
Sur ma route, j'ai croisé un papillon,
événement rarissime pour la saison.
Surpris, je l'ai vu s'élever soudainement devant moi,
avec une vigueur inhabituelle pour un papillon.
Il se débattait dans l'air frais du matin,
comme aspiré par cette lumière d'or réfléchie par les feuilles,
ou plutôt comme inspiré par cette lumière,
car il semblait danser avec l'énergie de celui qui sait
que le temps est compté.
Un petit papillon d'automne,
signe d'espérance et de détermination
sur la route d'un marcheur solitaire.
A sa manière, sans le savoir,
il me parlait de la suite du Christ
Saisi par la lumière du Christ ressuscité,
plus éblouissant qu'un milliard de soleils d'automne,
nous allons de-ci de-là,
emportés par le souffle de l'Esprit,
au gré des événements et des saisons.
Les jours qui passent,
lorsqu'ils baignent dans cette lumière,
ne font que raviver la foi de ceux qui croient,
car le temps est court et la moisson est grande, très grande !
Tant de défis à relever, tant d'amour à donner et à recevoir.
Il nous faut donc devenir papillon d'automne
sur tous ces chemins de par le monde
où se trouvent des promeneurs solitaires
qui cherchent un sens à la vie
au fil des saisons qui passent.
Voilà où nous entraîne l'admirable lumière du Christ :
au cœur de la vie !
Apprends donc à danser ta foi,
là où le souffle de l'Esprit te conduit.
Il n'y a pas de plus belle saison
dans la vie de celui qui croit au Fils de Dieu ! 