Tenir un blogue ? Pourquoi pas ! C’est actuel, c’est nouveau, c’est créateur. Prêtre et religieux, je suis avant tout un chrétien pour qui la foi au Dieu de Jésus-Christ fonde le sens même de mon existence.
frère Thomas
* Vous pouvez faire parvenir vos commentaires au Webmestre qui les transmettra au frère Thomas
mardi, le 28 novembre 2006
Chronique d'un frère dominicain en Irak
La situation actuelle en Irak
Depuis la chute du régime de Saddam Hussein, le 9 avril 2003, on compte plus de six cent soixante-dix mille morts sur le territoire irakien. Les chrétiens étaient alors au nombre de huit cent mille, de différents rites, majoritairement des catholiques. Nous comptons aujourd’hui parmi les chrétiens plus d’un millier de victimes, et trois cent mille chrétiens ont quitté le pays depuis 2003. Des centaines d’intellectuels chrétiens, médecins, ingénieurs, avocats, professeurs, interprètes et hommes d’affaires, ont été enlevés, tortures et pour la plupart assassinés ou décapités. Ceux qui ont eu la chance d’être libérés ont dû payer une rançon qui varie entre dix mille et huit cent mille dollars.
Tous ceux et toutes celles qui ont le malheur de contacter ou de travailler pour les Américains de près ou de loin sont détectés et pourchassés comme des traîtres, et exterminés.
Depuis l’occupation de l’Irak par les Américains et leurs alliés, la guerre interreligieuse et les affrontements ethniques ont été préparés et déclarés. L’autorité militaire américaine se pose elle-même comme protectrice des lois et des droits de la nouvelle nation irakienne, libérée de la dictature de Saddam Hussein. Mais la réalité est autre. Les affrontements, déjà perceptibles mais étouffés à l’époque de Saddam, sont d’après nous soit voulus par les Américains, soit alimentés ou menés par leurs intermédiaires. Nous remarquons en particulier que les vrais criminels, arrêtés par la nouvelle police ou la nouvelle armée irakienne, sont relâchés rapidement par les Américains, alors que la violence se perpétue et que le nombre de victimes augmente.
La terre irakienne était déjà ensanglantée et minée quand les chars américains ont débarqué, mais l’infrastructure du pays est aujourd’hui détruite : longues coupures d’électricité, pénurie d’eau potable, manque de produits pétroliers… Il faut attendre parfois plus de vingt-quatre heures pour un plein d’essence ; le litre d’essence a dépassé le dollar, dans un pays exportateur de pétrole !
La sécurité est nulle dans la majeure partie de l’Irak. À Bagdad, comme en beaucoup d’autres endroits, le gouvernement n’a jamais maîtrisé la situation, qui est chaotique. La guerre civile entre musulmans chiites et sunnites est une réalité. Des centaines de « points de contrôle », tenus par des hommes armés et le plus souvent masqués, parsèment les routes et coupent les communications entre quartiers et entre villes. On arrête les gens en pleine rue ; on vérifie nom et appartenances ; on les relâche ou on les tue selon leur carte d’identité. Les chrétiens sont considérés comme les personnes les moins dangereuses et les moins protégés, car ils ne présentent aucun enjeu politique. On peut les attraper comme on veut et là où on le veut, sans risque ni remords. Mais les barrages dressent surtout les musulmans les uns contre les autres ; beaucoup de musulmans ont sur eux une fausse carte d’identité chrétienne, qui ne coûte que cent à cent cinquante dollars, et ils portent parfois sur eux ou dans leur véhicule une croix ou un médaillon de la Vierge Marie, pour mieux passer les barrages.
D’après les dernières statistiques publiées par les journaux irakiens, plus de cent cinquante mille familles auraient été délogées de leur demeure de force, ou bien à cause des enlèvements et des assassinats.
Quelles solutions pour les chrétiens ?
Les chrétiens, nationalistes ou non, demandent une solution urgente pour protéger le reste de leur petit peuple humilié et dispersé : un territoire où les chrétiens resteraient démographiquement majoritaires. Cet « espace protégé » pourrait être la plaine de Ninive, où demeurent plus de cent cinquante mille chrétiens. Ce territoire est déjà sous le protectorat de fait des Kurdes, qui cherchent à attirer tous les chrétiens de Mossoul, de Bagdad et d’ailleurs dans une sorte de « pays autonome ». Ce projet a des avantages et des inconvénients. Les chrétiens se sentiraient plus forts et mieux protégés ; ils représenteraient 15 % de la population de la région du Kurdistan ; mais ce rassemblement pourrait aussi être une nasse dans laquelle les chrétiens deviendraient une proie pour nos voisins les islamistes arabes au sud et le Kurdes au nord. Il suffirait à cela un simplement retournement d’alliances.
Il ne faut pas oublier le génocide des Arméniens ; il ne faut pas oublier non plus ce qu’a raconté le frère Jacques Rhétoré et dont témoignent les archives de la province de France : le massacre des chrétiens « assyro-chaldéens » à Summel, au nord de Mossoul, en 1933. Bernés par les Anglais qui leur promettaient un État dont Ninive serait la capitale, les nationalistes assyriens, seuls faces aux Arabes et aux Kurdes, ont été exterminés.
Morts pour la foi.
Dorat, un des quartiers les plus peuplés en chrétiens de Bagdad, est aujourd’hui presque désert : c’est un champ d’affrontement entre factions et aussi un refuge de bandits et de truands. C’est là cependant qu’enseignent régulièrement cinq de nos frères, au Babel Collège de philosophie et de théologie. On y trouve encore toutes les congrégations religieuses, la maison des postulants dominicains et le séminaire chaldéen.
Un grand nombre de chrétiens a quitté Mossoul, Bagdad et Bassora à cause des menaces des groupes terroristes ou fondamentalistes. Beaucoup de prêtres et de laïcs, et aussi un évêque, ont été menacés, enlevés et parfois torturés et assassinés. Le jeune Raymond, vingt ans, proche de notre communauté de Mossoul et voisin du couvent, a été enlevé en août 2004, torturé et décapité. Un film cd a été distribué aux familles chrétiennes par les terroristes, qui montre des scènes de cette actes barbare, et la tête de Raymond dans un récipient. Le film était accompagné de la menace de la même mort à ceux qui ne se convertiraient par à l’Islam. Peu après, le père Sabah Gamoura, un jeune prêtre chaldéen catholique marié, a été attaqué dans sa maison en pleine nuit, mais il a été sauvé par miracle. Enfin, le père Paulus Eskandar, jeune prêtre orthodoxe marié et père de quatre enfants a été assassiné le 11 novembre dernier dans une rue de Mossoul. Il avait été enlevé deux jours plus tôt par un groupe qui agissait à visage découvert et réclamait trois cent mille dollars. Le corps décapité a été retrouvé avant le début de toute négociation ; la tête, précisait le message des assassins, a été coupée dans un récipient afin que le sang du prêtre ne salît pas la terre de l’islam. Le père Paulus avait été torturé afin qu’il reniât sa foi ; mort, sa main gardait trois doigts joints, signe de la Sainte Trinité. Les funérailles ont témoigné de la force et de la sérénité du clergé et du peuple chrétien devant la mort d’un innocent ; ils ont affirmé leur volonté de vivre en frères, dans la paix et le pardon.
Malgré le martyre, malgré les incertitudes, les menaces et les risques, les frères d’Irak, comme beaucoup de chrétiens, n’ont pas perdu le courage et la persévérance de continuer leur mission et d’élargir leur champ apostolique. Leurs projets montrent leur désir de rester auprès des plus démunis et de leur donner la joie de vivre en chrétien. Leurs services s’entendent à Bagdad, Mossoul, Kirkuk, la plaine de Ninive et jusqu'au Kurdistan. Ils dirigent des centres hospitaliers, des orphelinats, le centre al-Nour qui accueille les femmes battues et rejetées par la société, le centre Saint-Jean qui accueille les pauvres, les vieillards, les handicapés, les sans-abris et les orphelins, le centre socioculturel pour les jeunes, la Pensée chrétienne et sa version pour les enfants, et enfin l’audacieux projet d’Université ouverte de Bagdad.
Les chrétiens en Irak ne veulent pas déserter cette terre qui a ouvert ses bras à la Bonne Nouvelle depuis l’apôtre saint Thomas. Malgré les jours sombres et le souvenir des martyrs, Jésus nous assure que c’est toujours la vie qui l’emporte à travers la mort. Nous vivons aujourd’hui ce que le diacre saint Ephrem a écrit il y a seize siècles : « Les bons épis, chargés de blé, baisseront la tête devant la tempête et, quand la tempête sera passée, ils redresseront la tête. »
Fr. Nageeb o.p.
Source : PRÊCHEUR. Bulletin de liaison de la Province de France. NOVEMBRE 2006.
dimanche, le 26 novembre 2006
Dimanche du Christ-Roi. Avons-nous besoin d'un tel roi?
En célébrant la fête du Christ-Roi nous croyons que le seul royaume que le Christ vient établir, en tant que roi et Seigneur de l’univers, est celui de l'amour. Son palais, c'est une étable; son trône, une croix; son armée, tous ceux et celles qui veulent vivre de l'esprit des béatitudes, car le Royaume des cieux est à eux.
Notre roi est le plus humble de tous les hommes que la terre n’ait jamais porté. Il se présente comme celui qui frappe à la porte et qui attend à l'extérieur qu'on lui ouvre. Il promet à la personne qui lui ouvrira qu'il entrera dans sa maison, qu'il s'assoira à sa table et qu'il prendra son repas avec elle. Le Christ-Roi est un roi qui vient quémander notre hospitalité et notre amour, et qui jamais ne s'impose à nous. Vraiment, sa royauté n'est pas de ce monde.
N'est-ce pas Jésus qui disait dans les évangiles : "Chargez-vous de mon joug et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de coeur, et vous trouverez le repos".
Ou encore ce que nous dit l'épître de Paul aux Philippiens au sujet de Jésus : "Jésus n'a pas retenu le rang d'être l'égal de Dieu, mais... il s'est dépouillé prenant la forme d'esclave... il s'est abaissé devenant obéissant jusqu'à la mort, à la mort sur une croix".
Rappelons-nous encore ce que dit Jésus quand une contestation s'élève entre les disciples. Que leur dit-il? : "Les rois des nations dominent sur elles, et ceux qui exercent le pouvoir sur elles se font appeler Bienfaiteurs. Mais pour vous, il n'en va pas ainsi. Au contraire, que le plus grand parmi vous se comporte comme le plus petit, et celui qui gouverne comme celui qui sert... Et moi, je suis au milieu de vous comme celui qui sert!".
Comme le dit si bien Jean Varillon, "l'humilité est vraiment l'aspect le plus radical de l'amour", c'est pourquoi le Fils de Dieu a revêtu l'habit du serviteur, et qu'il a donné sa vie pour nous. C’est d’un tel roi que le monde a besoin. 
mercredi, le 22 novembre 2006
Dieu existe-t-il encore?
Un lecteur du blogue du Moine ruminant a attiré mon attention sur une entrevue donnée par André Comte-Sponville sur la chaîne radio de Radio-Canada, portant sur le thème "L'expérience spirituelle sans Dieu". Coïncidence? C'est le thème que je donnais à mon blogue il y a une semaine.
Afin d’entrer dans cette rencontre entre la foi en Dieu et l’athéisme moderne, je vous conseille un livre qui renoue avec la pratique de la « disputatio » médiévale, où deux philosophes débattent sur l'existence de Dieu, question traditionnelle aujourd'hui réactivée. Les deux philosophes sont Philippe Capelle - André Comte-Sponville . Et le titre du livre est "Dieu existe-t-il encore?".
Je ne veux pas reprendre ici la discussion sur le bien-fondé de l’existence de Dieu. J’y crois. Je dirais plus, j’aime. Alors, comment prouver que l’on aime véritablement à un autre. Je ne crois pas par besoin, ou par insécurité, ou parce que je tiens à aller au ciel. D’ailleurs, tous les croyants que je connais n’ont pas du tout cette perspective de l’éternité dans leur horizon de croyants. Ce qui leur importe, c'est leur vie d'homme ici-bas. Sans vouloir minimiser le sens de la vie éternelle pour nous chrétiens, je dirais que le ciel est un bénéfice secondaire dans l’acte de foi. La foi est en tout premier lieu un don pour maintenant, pour l'aujourd'hui terrestre.
Quant à ma foi en Dieu et en son Fils Jésus-Christ, je l'accueille comme le don le plus extraordinaire qui soit. Je crois comme j’aime le chaud soleil du matin, la première brise de printemps, le chant des oiseaux en forêts, ou le rire des enfants qui courent après les papillons. La véritable foi en Dieu est gratuite, c’est donné, c’est une joie, c’est plus fort que moi, c'est plus fort que tout, et ma vie y puise comme à sa source. Ainsi est faite la foi en Dieu pour moi.
Elle est avant tout une rencontre avec Celui qui habite au plus profond de moi, qui est le créateur de toutes choses, et dont la connaissance apporte un tel bonheur, un tel accomplissement de soi, qu'après 30 ans de cette expérience de foi, je ne puis en douter, même si ma foi n'est jamais de l'ordre d'une certitude. C'est mon espérance qui est certaine.
Dieu ne se prouve pas. Tout comme l’athée ne peut prouver sa non-existence. L’athée croit au néant, le croyant croit en Dieu. Mais croire au néant n'implique pas le rapport à un Autre, comme la foi peut l'impliquer. L'athéisme est une croyance, oui, mais qui laisse l'homme seul avec lui-même. Bien sûr, l'autre, le prochain, le frère en humanité, importe beaucoup dans le parcours de bien des athées, et je les admire. Leur engagement envers le monde est noble et beau. Mais c'est un parcours auquel le christianisme n'a rien à envier. Il suffit de regarder la vie des innombrables témoins de la foi au fil des millénaires pour s'en convaincre.
André Comte-Sponville affirme que "l’athéisme est une forme d’humilité". L'origine latine de notre mot "humilité" peut nous aider à nous débarrasser d'une fausse idée de l'humilité. En effet, le mot "humilité" vient du latin humus qui se traduit par "terre, sol". Ce mot est passé directement en français pour désigner la couche superficielle du sol, très féconde, qui accueille la semence pour lui faire porter du fruit. On comprend alors que l'humilité chrétienne est cette qualité d'ouverture qui permet au croyant d'accueillir la Parole de Dieu avec joie, comme une semence qui donne à sa vie une dimension nouvelle.
La foi en Dieu est une grâce que l’homme ne peut se donner à lui-même. Tout ce qui est requis de lui c'est vouloir suffisamment cette grâce pour la demander à Dieu. Voilà la véritable humilité. Le refus de s'engager dans ce dialogue, certe risqué et compromettant, c'est de l'orgueil, et en ce sens, l'athéisme est une forme d'orgueil. 
lundi, le 20 novembre 2006
Qu'est-ce que l'année liturgique?
Déjà se profile à l’horizon la fin de l’année liturgique avec la fête du Christ-Roi. La fête du Christ-Roi est assez récente puisqu'elle fut instituée par Pie XI à l'occasion de l'année sainte en 1925. Une fête qui a donc moins de cent ans. Mais la question de la royauté du Christ remonte à l'époque même de Jésus. Rappelez-vous quand Jésus devait se cacher parce que la foule voulait s'emparer de lui et le proclamer roi. Ou encore lorsque Pilate lui-même posait la question à Jésus : « Es-tu le roi des Juifs? » Jésus lui répondit que sa royauté ne venait pas de ce monde.
Étrangement, l’année liturgique ne correspond pas à l'année civile. L'année liturgique commence quatre dimanches avant Noël et dure douze mois. Pendant cette période, l'Église dans sa liturgie dominicale, nous fait cheminer à travers les grandes étapes du salut, révélées en la personne de Jésus-Christ. L'année liturgique est bâtie autour de notre foi au Christ et son but est de nous aider à approfondir de dimanche en dimanche, l’extraordinaire mystère de l'incarnation du Fils de Dieu.
L’année liturgique commence donc avec l’Avent qui nous prépare à la fête de la Noël. De là, on chemine vers la fête des Rois et l'Épiphanie. Quelques semaines plus tard, vient le Carême, qui nous prépare à la fête centrale de notre foi, la fête de Pâques. Cette fête est suivie d'une période de cinquante jours, que l'on appelle le temps pascal, et qui nous mène à l'Ascension et qui culmine avec la fête de la Pentecôte. Entre ces périodes fastes de la liturgie se vit le temps de l'Église, le temps que l'on appelle ordinaire, qui reprend après la Pentecôte, du printemps jusqu'à l'automne, et qui nous conduit jusqu'à la fête du Christ-Roi, qui est le dernier dimanche de l'année liturgique. À chaque année, ce cycle liturgique recommence et pourtant on ne finit jamais d'en découvrir la nouveauté, car notre vie évolue et nous-mêmes nous changeons. Nous sommes donc invités sans cesse, en tant que chrétiens et chrétiennes, à revivre le parcours de notre foi à travers ses mystères et la vie de Jésus-Christ. Voilà ce qu’il nous est donné de contempler tout au long de l'année liturgique. 
samedi, le 18 novembre 2006
Une Église pour le monde
Si Jésus revenait aujourd'hui, il ne serait pas étonnant de l'entendre proclamer sur une place publique ou dans une église, que l'homme n'est pas fait pour l'Église, mais que l'Église est faite pour l'homme. Mon propos ne se veut pas impertinent, n'ayez crainte; j'aime trop l'Église. Mais celui qui s'est fait le Serviteur des serviteurs rappellerait sans doute à ses disciples que l'Église qu’ils forment, et qui est son Corps, existe uniquement pour servir l'humanité, pour l'aider dans son travail d'enfantement à elle-même, afin de lui ouvrir la voie de l'humanisation et de la vie dans l'Esprit, afin de l'accompagner dans les chemins de la paix et de la justice, de la dignité et de la joie véritable. C'est en tenant compte de toutes ces harmoniques que le mot évangélisation des nations prend tout son sens puisqu’il conduit inévitablement à Dieu.
Dans la mouvance des nombreuses mutations que connaît l'humanité en ce début du troisième millénaire de notre ère, l'Église se doit de redécouvrir la voie du dialogue avec notre monde contemporain en s'inspirant des attitudes mêmes de Jésus. Si lui le Maître a été appelé l'ami des pécheurs et des publicains, il est faux de prétendre, comme le font certains, que les chrétiens et les chrétiennes doivent se couper du monde ou se désintéresser de ses entreprises si elles ne portent pas le sceau de la foi. La présence de l'Église à notre monde doit se manifester partout où des êtres humains sont en quête de sens. Elle doit accueillir et encourager tout effort vers la paix et la justice. Car aujourd'hui encore le Christ se fait entendre. Il est à l'oeuvre. Le Christ ressuscité est au coeur des cultures qui façonnent péniblement cette terre. Il est au coeur des entreprises humaines, où qu'elles soient, au-delà des barrières de langues, de races, de couleurs et de religions. Et c'est là qu'Il nous invite non seulement à aller porter sa Bonne Nouvelle de salut, mais aussi à la découvrir déjà à l'oeuvre au coeur du monde.
Le défi que pose l'inculturation de la foi aux chrétiens et aux chrétiennes est celui de reconnaître que tout être humain est en quête de transcendance, et que partout Dieu fait pousser des fruits qui ont goût d'Évangile. Ce sont des fruits qui croissent sûrement dans un terreau susceptible d'accueillir un jour la pleine lumière de la personne de Jésus-Christ, mais il importe avant tout de respecter l'originalité et la beauté de ce terreau, en l'aimant pour ce qu'il est et en se laissant interpeller par ses entreprises artistiques, culturelles, politiques, sociales, humanitaires et religieuses.
Les combats de l'humanité pour la justice et la vérité sont aussi nos combats. Sa quête de sens et ses aspirations spirituelles rejoignent aussi les nôtres. L'Église doit donc se mettre activement à l'écoute des diverses cultures, non seulement dans le but d'annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ, mais afin de mieux entendre cette Bonne Nouvelle enfouie au coeur du monde. Bonne Nouvelle qui laboure notre terre et qui fait du peuple des baptisés, l'Église de Dieu pour le monde. 
mercredi, le 15 novembre 2006
Voyage de Benoît XVI en Turquie
Le 28 novembre prochain Benoît XVI entreprendra son voyage historique en Turquie, voyage dont le fait saillant sera sans doute sa rencontre avec le Patriarche oecuménique Barthélémy Ier de Constantinople. Un pas de plus dans ce long dialogue qui vise à rapprocher les Églises d’Occident et d’Orient.
Le mouvement oecuménique est une réalité toute récente dans l'histoire de l'Église. Non pas qu'à travers les siècles il n'y ait pas eu de tentatives de rapprochement entre les parties divisées du Corps du Christ, mais l'oecuménisme est un mouvement qui s'est développé en-dehors d'une décision d'autorité ou de rencontres entre chefs d'Églises. C'est un mouvement qui a ses racines dans le peuple de Dieu. Il s'est imposé comme une nécessité aux yeux d'un grand nombre de chrétiens et chrétiennes. L'oecuménisme est un fruit de l'Esprit. Ce mouvement vise à rendre actuelle la prière que Jésus faisait à son Père, peu de temps avant sa passion : « Qu'ils soient un comme nous nous sommes un!»
Bien sûr, il y a encore loin de la coupe aux lèvres et l'idéal de l'unité dans l'Église demeurera toujours un défi, et ce, jusqu'à la fin des temps. Mais Jean-Paul II lui-même avait fixé l'arrivée du troisième millénaire comme un moment privilégié à saisir pour l'Église, afin qu'elle s'engage plus résolument sur la voie de la communion. Et Benoît XVI semble poursuivre le rêve de son prédécesseur.
Cette recherche de l'unité est un devoir moral qui incombe non seulement à toutes les Églises, mais à tous les chrétiens et chrétiennes. Comme le soulignait Mgr Pezeril, « il n'y aura jamais de désaveu plus sévère par Dieu de nos désunions que cette grâce, répandue en nous tous par son Esprit, de l'invoquer, de le chanter, de l'aimer, de nous perdre en lui.»
L'on dit que le plus long des voyages commence par un pas. Puisse ce voyage nous aider à faire un pas de plus sur le chemin de l'unité.
lundi, le 13 novembre 2006
L'expérience spirituelle sans Dieu
Bien des personnes parlent de leur spiritualité aujourd'hui. Une spiritualité sans Dieu dont le centre est habituellement l'individu lui-même. Une spiritualité qui se définit par les intérêts de la personne, son style de vie, sa manière propre de vivre le quotidien. Il s'agit d'une spiritualité centrée sur le « je » et sa manière d'interagir avec son environnement.
Cette spiritualité séculière est habituellement intemporelle et a-historique. Elle n'a ni passé, ni future. Elle se nourrit de l'instant présent. Elle est sans antécédents, sans tradition et dépourvue de ce que l'on pourrait appeler l'espérance, en ce sens qu'elle n'est pas en attente d'un lendemain plus prometteur. Il s'agit d'une spiritualité sans salut et sans attente particulière.
Fondamentalement, cette spiritualité est individualiste : le temps, l'histoire et le rapport à autrui n'en sont pas des facteurs déterminants. Le sujet qui vit ce type de spiritualité peut y trouver une certaine paix, une façon d'intégrer son histoire personnelle et de l'harmoniser avec le flux du temps qui passe.
Elle peut donner l'illusion de fournir une certaine emprise sur le défi de s'accomplir en tant qu'être humain, mais dans les faits cette spiritualité séculière fait de l'homme un orphelin en quelque sorte, qui n'a comme guide que l'écho de sa voix et de sa conscience devant le vide abyssal de l'univers qui se projette devant lui. Cette spiritualité, comme toutes les autres, vise à donner un sens à l'expérience fondamentale qui habite secrètement le coeur de l'homme : sa profonde solitude dans un monde qui lui est foncièrement hostile et où ses jours sont comptés dès sa naissance.
Cette recherche spirituelle est habitée par la même recherche qui est au coeur de toutes les religions : donner une certaine cohérence, donner un sens au mal de vivre qui marque de son empreinte toute vie humaine. D'une certaine façon, la spiritualité séculière qu'ont adoptée bien de nos contemporains est marquée par une recherche de sens qui constitue, malgré ses limites et son narcissisme parfois, un premier pas en dehors de soi.
"Qu'est-ce donc que nous crient cette avidité et cette impuissance, sinon qu'il y a eu autrefois dans l'homme un véritable bonheur, d'où il ne lui reste que la marque et la trace toute vide, et qu'il essaie inutilement de remplir de tout ce qui l'environne, recherchant des choses absentes le secours qu'il n'obtient pas des présentes; mais qui en sont toutes incapables, parce que ce gouffre infini ne peut être rempli que par un objet infini et immuable; c'est-à-dire que par Dieu lui-même." (Blaise Pascal, Pensées, Ed. Seuil, 1962, n° 148)
En tout homme, il y a ce profond silence qui ne demande qu'à être habité. Plusieurs éprouvent le vertige devant cet abîme sans fond qui les appelle. Ils fuient alors en-dehors d'eux-mêmes afin de donner sens à une existence en manque d'être. Succès professionnels, divertissements, dépendances et erzats de toutes sortes : ils s'enivrent des biens terrestres sans pouvoir véritablement combler leur soif de vivre. Le monde leur devient un immense désert où ils errent sans direction. Et quand elles entendent parler de Dieu, ces personnes sont tellement devenues étrangères à elles-mêmes qu'elles l'imaginent au-delà d'un horizon quelconque, dans un ailleurs tellement lointain qu'elles ne peuvent y croire.
Je ne juge pas ces personnes, croyez-moi. Je connais leur recherche et leurs errances puisque j'ai parcouru les mêmes chemins avant de venir à la foi. C'est donc en connaissance de cause que j'en parle. Je propose ici tout simplement un constat et comment je m'explique pourquoi les hommes empruntent des chemins si divers dans leur quête de sens. 
vendredi, le 10 novembre 2006
L’amour premier servi
« Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs, et même sa propre vie, il ne peut pas être mon disciple ».
Comment concilier la tendresse de Dieu et la dureté de ce texte entendu il y a quelque jour dans la liturgie? Jésus n’est-il pas le porte-parole et l’expression même du souci de Dieu pour les petits et les pauvres, de son bon accueil à tous les exclus de la société? Comment concilier cette bonté en Jésus avec un texte qui évoque le renoncement à sa volonté propre, comme le font bien souvent les chefs de sectes religieuses?

|
Cliquez pour agrandir l'image |
Cet été j’ai découvert dans un magazine une photo extraordinaire qui date de 1936. Elle a été prise à Berlin à la veille de la dernière guerre mondiale. On y voit une foule qui accueille Hitler et qui fait le salut nazi, le salut au chef, le « zeig heilt ! ». Dans cette foule il y a un homme et il a les bras croisés, c’est le seul que l’on voit ainsi, alors que tout autour de lui les bras sont levés bien droits pour acclamer le chef. Cet homme a une mine très résolue, le visage dur et l’on devine qu’il s’agit sans doute de quelqu’un de très courageux, qui prend un risque énorme. J’ai vu dans cette image une analogie très forte avec la suite du Christ et la condition du disciple.
Le disciple du Christ est appelé à marcher sur les mêmes routes que son Maître. À cause de sa foi, son engagement en ce monde est fait de risques et d’audaces. Son combat est souvent solitaire et il doit être prêt et à y engager toute sa vie. Même seul au coeur de la masse humaine, il porte en lui la détermination du Christ.
La lutte pour le Royaume de Dieu est de l’ordre d’un combat spirituel, un combat exigeant, souvent solitaire et Jésus ne veut laisser aucune illusion à ses disciples, d’où le radicalisme d’une interpellation : « Celui qui vient à moi sans me préférer à son père, sa mère… ne peut pas être mon disciple ».
Par l’invitation radicale que Jésus fait à ses disciples de l’aimer avant toute personne, il veut simplement signifier que l’amour est plus grand que le simple attachement à une personne, serait-elle mon conjoint, mon père, ma mère ou mon meilleur ami. L’amour vrai a sa source en Dieu et doit être porteur du souci de Dieu pour l’autre, comme Jésus l’a porté.
L’Évangile prend soin de nous redire la radicalité de cet attachement, tout en nous rappelant qu’en aimant Jésus le premier, en acceptant de prendre notre croix avec lui, l’amour sera toujours le premier servi. 
mardi, le 7 novembre 2006
Sans commentaire

dimanche, le 5 novembre 2006
La foi populaire
De passage à Montréal, je suis allé à l'Oratoire Saint-Joseph. Un sanctuaire gigantesque, sans grande beauté, mais où affluent des millions de personnes chaque année, chacune avec son petit bagage de demandes, de souffrances ou de curiosité. Il y avait là une jeune femme au pied de cette grande croix dans la chapelle de la crypte.
Le corpus sur la croix fait près de deux mètres et lorsque l'on se tient devant cette croix, il faut lever les mains au-dessus de sa tête afin de toucher les pieds du Christ. Les pèlerins qui viennent poser ce geste de dévotion sont tellement nombreux qu'il n'y a plus aucune couleur sur les pieds de ce Christ en croix, elles ont toutes été effacées par les touchers successifs de tous ces pèlerins venant exprimer leur amour et leur supplication.
Cette jeune femme aux longs cheveux noirs est restée de longues minutes en prière au pied de cette croix, la tête appuyée sur le bois, tenant fermement les pieds de Jésus. Un spectacle émouvant, où je me sentais un peu voyeur devant cette foi qui s'affichait ouvertement et sans honte. En même temps que je l'observais, je l'admirais et je l'enviais. J'enviais cette prière de confiance amoureuse, cette prière suppliante, comme si elle était seule au monde avec Jésus en croix, et je me disais : "Voilà la vraie prière!", celle qui donne tout, où l'opinion des autres ne nous atteint plus, où l'on se donne tout entier au Christ.
Certains se moquent de cette foi populaire ou en parlent avec complaisance, le regard attendrit, mais tout en laissant entendre que la cause est déjà jugée. Le mépris des pauvres sera toujours une tentation en Église, et pourtant n'est-ce pas leur prière qui seule est capable de toucher le coeur de Dieu? N'est pas là ce que Jésus est venu nous enseigner. Il faut savoir se tenir avec lui au pied de la croix, comme le font les pauvres, et ne pas avoir honte d'avoir besoin de lui. C'est avec cette leçon que j’ai quitté ce haut lieu de prière qu'est l'Oratoire Saint-Joseph.
Sans le savoir, cette jeune femme aux longs cheveux noirs a rendu témoignage au Christ. Il faut prier pour elle et porter avec elle sa prière. "Vois Seigneur comme elle t'aime, et comme elle a confiance en toi." 
jeudi, le 2 novembre 2006
La communion des saints avec Jules Montchanin
"L'unité de deux saints qui ne se connaissent pas est plus réelle et plus intime, incommensurablement, que celle d'une branche à une autre branche du même arbre nourrie de la même sève..."
(Jules Montchanin, Écrits spirituels, Paris, 1965, p.120).
mercredi, le 1 novembre 2006
Souvenir de la Toussaint en Italie
Aujourd'hui, fête de la Toussaint, le train m'amène tout doucement à travers cette campagne italienne, vers la ville de Naples. Comme il est beau ce soleil qui inonde l'humidité du matin! Il diffuse sa lumière avec une incroyable douceur sur ces pâturages d'un vert tendre, où se mêlent à la fois les couleurs d'automne à travers les oliviers et les vignes dégarnies. Un soleil sans violence que je peux contempler sans effort, comme un soleil d'éternité, enveloppant tout de sa lumière. Paix et joie. Quelle joie! Comme si c'était déjà le ciel.
Et dans ma descente vers le Sud, je pense à tous ces saints et ces saintes qui ont buriné de leur vie l'histoire de notre frêle humanité. Qu'ils sont beaux ces témoins de l'amour d'un Dieu qui n'a cesse de nous chercher, qui n'a cesse de nous aimer. Je comprends mystérieusement combien Dieu a besoin de nous, Lui qui nous attend de toute éternité à ce rendez-vous de la patience.
Sa hâte se lit dans cette gloire qui revêt le visage de ses saints et de ses saintes. Tout comme des miroirs lumineux, ils sont le reflet de l'amour infini de Dieu pour ses enfants. Et tant que nous sommes de ce temps, il cherchera toujours à travers les battements d'une vie d'Homme à se faire proche de nous. Dieu veut avoir besoin de nous!
Il n'a de cesse de nous chercher et de se dire, un peu comme l'amant aux mots malhabiles qui rêve de faire connaître à la bien-aimée le désir qui l'habite. Mon Dieu est un être de désir et comme je ressens l'appel de son chant en ce matin de la Toussaint. Le chant d'un éternel printemps au cœur de cet automne italien, en cette fête de tous les saints!
Bonne Toussaint à toi, saint en devenir!