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Une ancienne victime démissionne de la Commission anti-pédophilie du Vatican

Dans un long texte, Marie Collins dénonce « le manque de coopération » de la Curie avec la Commission pour la protection des mineurs instituée par le pape François.

 

Elle-même victime d’un prêtre abuseur dans les années 1960 et devenue une porte-parole des « survivants » de la pédophilie dans l’Église, l’Irlandaise Marie Collins était un des symboles de la Commission pontificale pour la protection des mineurs instituée en 2014 par le pape François pour lutter contre les abus sexuels.

Sa démission, annoncée mercredi 1er mars, fait donc grand bruit, d’autant plus qu’elle s’accompagne d’un véritable « J’accuse » publié par l’hebdomadaire américain National Catholic Reporter où elle met en cause la mauvaise volonté de la Curie romaine dans la lutte contre les abus sexuels, et notamment la puissante Congrégation pour la doctrine de la foi (CDF).

Reprenant les récents témoignages de ses collègues de la Commission pontificale devant une commission d’enquête australienne, elle dénonce notamment « le manque de ressources, l’insuffisance des structures, la lenteur des avancées et la résistance culturelle ».

« Le problème le plus important est la réticence de certains membres de la Curie vaticane à mettre en œuvre les recommandations de la Commission, malgré leur approbation par le pape », accuse-t-elle.

Principale visée : la CDF qui n’a, par exemple, pas mis en place le tribunal chargé de juger les évêques négligents : sa création, pourtant approuvée par le pape, se heurterait à des « difficultés légales », selon l’ancien Saint-Office également accusé de refuser de coopérer avec la commission sur la révision des lignes directrices sur les abus rédigées par les conférences épiscopales.

« La réticence de certains dans la Curie est inacceptable »

Marie Collins regrette notamment que le modèle de lignes directrices élaboré par la commission et destiné aux conférences épiscopales du monde entier comme base pour leurs propres documents « n’a pas encore été diffusé », la CDF voulant imposer son propre modèle.

« La réticence de certains dans la Curie vaticane à mettre en œuvre des recommandations ou à coopérer avec une commission dont l’objectif est d’améliorer la sécurité des enfants et des adultes vulnérables dans le monde est inacceptable », juge donc Marie Collins pour qui « la goutte d’eau qui a fait déborder le vase » est le refus de la CDF de répondre à toute correspondance de victimes, réponse pourtant demandée par le pape.

Marie Collins continuera à collaborer avec la commission

Enfin, si elle quitte la commission, Marie Collins continuera néanmoins à collaborer avec elle notamment « à la formation des responsables d’Église », a annoncé son président, le cardinal Sean O’Malley, archevêque de Boston.

Tout en regrettant n’avoir pu, au cours des trois dernières années, rencontrer le pape François, Marie Collins ne met en effet pas en cause sa volonté de lutter contre les abus, rappelant notamment toutes les recommandations de la Commission qu’il a personnellement approuvées. « Peu importe le soutien qu’il leur apporte : le problème est qu’elles doivent être correctement mises en œuvre pour être suivies d’effets », écrit-elle.

Pour ce faire, elle demande donc au pape de « donner à la commission la responsabilité et le pouvoir de superviser la mise en œuvre des recommandations lorsqu’elles sont approuvées », de lui donner aussi « un budget suffisant et indépendant pour faire son travail sans que chaque élément de dépenses passe par le processus interne d’approbation du Vatican » et de « supprimer la restriction sur le recrutement de personnel professionnel de l’extérieur du Vatican ».

Nicolas Senèze, à Rome.
JOURNAL LA CROIX. URBI & ORBI