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Rome confirme la forte restriction de la liturgie d’avant Vatican II

En juillet, le motu proprio Traditionis Custodes avait provoqué un choc dans les milieux traditionalistes. Celui-ci risque de se produire à nouveau. Dans un document de neuf pages publié samedi 18 décembre, le Vatican apporte des réponses pratiques à 11 questions fréquemment posées sur le document du pape ayant fortement restreint l’usage de la liturgie d’avant Vatican II. En cinq langues, ces « responsa ad dubia » confirment, sans laisser aucune place au doute, la direction indiquée cet été : la célébration de la messe d’avant la réforme liturgique est et doit rester une exception. Une interprétation qui va dans le même sens que les décrets d’application publiés par le diocèse de Rome en novembre.

Le principe de ce motu proprio, rappelle ainsi Rome, est de poursuivre « la recherche constante de la communion ecclésiale », avec pour « unique but de préserver le don de la communion ecclésiale en marchant ensemble, avec conviction d’esprit et de cœur, dans la ligne indiquée par le Saint-Père ».

Dans l’introduction de ce document, destiné aux présidents des Conférence des évêques, chargées d’élaborer des normes locales, Rome met en garde contre les « polémiques stériles, capables uniquement de créer des divisions, dans lesquelles le fait rituel est souvent exploité par des visions idéologiques ».

« Concession limitée »

Selon ce document ayant reçu « l’assentiment » du pape François, et signé par le préfet, Mgr Arthur Roche, « la réforme liturgique est irréversible ». Conséquence logique du rappel de ces principes : la possibilité de célébrer selon l’ancien rite est une « concession limitée », accordée par Rome aux fidèles de l’ancien rite, « pour pourvoir à leur bien », mais ne doit pas devenir la règle. Il ne doit jamais s’agir, insiste Rome, de constituer « une occasion de promouvoir le rite précédent ».

Ainsi, si le Vatican admet que les messes d’avant Vatican II peuvent être célébrées dans des églises paroissiales, c’est uniquement à condition qu’il n’ait pas été possible de les organiser ailleurs, comme dans des chapelles ou des oratoires. Et surtout, « il n’est pas opportun qu’une telle célébration soit incluse dans le calendrier des messes de la paroisse ».

L’autre restriction confirmée est celle qui concerne la célébration de certains sacrements selon la forme ancienne. En effet, le document indique clairement qu’il n’est désormais plus possible d’utiliser le rituel « Pontificale Romanum » d’avant la réforme liturgique du Concile Vatican II. Or, ce livre liturgique contient notamment le rite permettant aux évêques de célébrer deux sacrements qui leur sont réservés : les ordinations de prêtres et de diacres, ainsi que les confirmations. Les autres sacrements, comme le mariage, le baptême ou le sacrement des malades peuvent en revanche être célébrées, à condition de s’appuyer sur le « Rituale Romanum » de 1952, et non d’un livre antérieur.

Messe chrismale

Cette dernière décision aura sans doute un très fort retentissement dans le monde attaché à la forme ancienne du rite romain, et en particulier les instituts de prêtres, comme la Fraternité Saint Pierre ou l’Institut du Christ-Roi Souverain Prêtre, qui ordonnent chaque année des prêtres selon la forme ancienne. Par ailleurs, selon nos informations, certaines institutions avaient obtenu de Rome l’autorisation de célébrer avec des rituels bien antérieurs à Vatican II.

De même, le document de la Congrégation répond sans détour au sort qui doit être réservé aux prêtres refusant de concélébrer la messe chrismale, qui réunit chaque année tous les prêtres d’un diocèse autour de leurs évêques. Ainsi, un prêtre qui a obtenu l’autorisation de célébrer selon le rite ancien ne peut plus « continuer à bénéficier de cette concession » s’il ne reconnaît pas « la validité et la légitimité de la concélébration – refusant notamment de concélébrer à la Messe chrismale ».

« Le désir explicite de ne pas participer à la concélébration, en particulier à la Messe chrismale, semble exprimer un manque d’acceptation de la réforme liturgique et de communion ecclésiale avec l’évêque », peut-on lire dans le document, qui rappelle qu’il s’agit là des « deux conditions nécessaires » pour être autorisé à célébrer selon la forme ancienne.

Des réactions à venir

Le Vatican précise néanmoins qu’avant de lui retirer l’autorisation de célébrer selon la forme préconciliaire – ce qui reviendrait, pour certains prêtres refusant d’officier selon la forme nouvelle, à ne plus pouvoir célébrer du tout —, l’évêque doit « prendre soin d’établir un dialogue fraternel avec le prêtre, de s’assurer que cette attitude n’exclut pas la validité et la légitimité de la réforme liturgique ».

Enfin, le document romain limite la possibilité pour un prêtre de célébrer plusieurs fois dans la même journée la messe dans le rite ancien, pour plusieurs groupes de fidèles différents. « Le droit des fidèles à célébrer l’Eucharistie n’est nullement nié, puisqu’on leur offre la possibilité de participer à l’Eucharistie dans sa forme rituelle actuelle. »

Ce document, et les réponses qu’il contient, ne manquera pas d’ouvrir de nombreuses réactions dans certains milieux traditionalistes. Parmi elles, deux points particulièrement sensibles : la concélébration et les ordinations de prêtres.

SOURCE : JOURNAL LA CROIX