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Robert Jeffress, le pasteur controversé qui a béni l’ambassade américaine de Jérusalem

Ce prédicateur baptiste texan, proche conseiller religieux du président Donald Trump, a été invité à diriger, lundi 14 mai, la prière marquant l’inauguration de l’ambassade américaine à Jérusalem.

Sa présence, alors qu’il est régulièrement critiqué aux États-Unis pour ses discours homophobes, antisémites ou antimusulmans, suscite la polémique.

Il est apparu affublé d’une cravate bleue électrique au cours de la cérémonie organisée, en grande pompe, devant un large parterre de personnalités américaines et israéliennes. Lundi 14 mai, le pasteur baptiste Robert Jeffress, originaire du Texas, a été invité par la Maison-Blanche à diriger la prière de l’inauguration – très critiquée sur la scène internationale – de l’ambassade américaine, désormais officiellement transférée de Tel-Aviv à la ville Sainte, conformément à l’une des promesses de campagne de Donald Trump.

La présence du prédicateur évangélique, réputé pour être « un proche » du président américain et son « conseiller sur les questions religieuses », ne cesse depuis d’alimenter la polémique sur les réseaux sociaux. En cause : ses fréquents « dérapages » médiatiques, alors qu’il a tenu, à plusieurs reprises par le passé, des propos très tendancieux, voire ouvertement homophobes, antisémites et antimusulmans.

Des propos « inquiétants »

Âgé de 62 ans, cet auteur de plusieurs best-sellers religieux, très souvent invité aux États-Unis sur les plateaux de télévision et les studios radios, a en effet notamment affirmé en public que les défenseurs de la cause homosexuelle – une « perversion » – étaient des « militants de la pédophilie »que les juifs qui refusaient de se convertir souffriraient « en enfer » et que la religion musulmane était une « hérésie sortie du puits de l’enfer ». Le catholicisme romain serait, quant à lui, « satanique ».

Sur les réseaux sociaux, ses détracteurs ont demandé des comptes. « Robert Jeffress dit : “ vous ne pouvez pas être sauvé en étant juifet”le mormonisme est une hérésie(…). Il a dit la même chose sur l’islam », a affirmé, la veille de la cérémonie, Mitt Romney, candidat mormon au Sénat, en condamnant avec virulence sur Twitter sa présence à Jérusalem : « quelqu’un d’aussi intolérant ne devrait pas diriger la prière qui inaugure l’ambassade des États-Unis ».

Robert Jeffress lui a aussitôt répondu en affirmant que « le christianisme historique enseigne depuis 2 000 ans que le salut passe par la foi en Christ seul », et qu’une telle position, adoptée par des millions de chrétiens évangéliques, « n’est pas sectaire et ne devrait pas faire les gros titres ».

Escalade internationale

Outre ses convictions personnelles – il condamne par ailleurs régulièrement la suprématie blanche et le néonazisme –, le pasteur de la « megachurch » baptistede Dallas – qui compte plus de 12 000 paroissiens – n’hésite pas à s’aventurer sur un terrain plus périlleux: celui de la diplomatie américaine internationale, dont il légitime sans cesse le bien-fondé en déployant tout un argumentaire biblique.

En août dernier, ce père de deux filles s’était par exemple attiré de vives critiques en se fendant d’un communiqué sur l’escalade verbale de la Maison-Blanche avec Pyongyang : « pour ce qui est de la Corée du Nord, Dieu a donné à Trump toute autorité pour tuer Kim Jong-un », expliquait-il, citant un verset biblique établissant que les dirigeants sont « les serviteurs de Dieu pour exécuter la colère contre le malfaiteur ».

« Fantastique »

Pourquoi Robert Jeffress soutiendrait-il le renforcement de l’autorité israélienne sur son sol, au vu de sa conviction que le peuple juif ne connaîtra« pas de salut » ? Dans les médias, beaucoup rapprochent sa position de celle de nombreuses églises évangéliques millénaristes, défendant Israël non par sympathie mais pour reproduire les conditions de l’avènement du Christ sur terre. Aux États-Unis, ces fondamentalistes chrétiens constituaient l’une des importantes bases électorales du candidat républicain.

Depuis le début des polémiques autour de Robert Jeffress, la Maison-Blanche a tenté de prendre ses distances avec le pasteur controversé. Par la voix de son porte-parole adjoint, Raj Shah, elle a argué « ne pas savoir » qui l’avait invité à l’ambassade. Une explication qui en a laissé certains pantois, alors que le président Trump l’avait encore qualifié de « fantastique » en octobre dernier.

Journal La Croix