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Prévenir et effacer la haine avec la culture

Connaître l’autre et accepter les différences en misant sur l’art; voici comment une ville contribue à lutter contre les préjugés.

Un texte d’Eric Le Reste, de Second regard

Vaudreuil-Dorion, une municipalité de 38 000 habitants en banlieue de Montréal, va à l’encontre de la haine à coup de culture et de rencontres artistiques. L’idée est venue de Michel Vallée dès son arrivée en poste comme directeur du service des loisirs en 2009.

Face au changement démographique important que vivait Vaudreuil-Dorion, il a proposé aux élus de résoudre des problèmes éventuels, avant même qu’ils ne se manifestent. En voyant une trentaine de propriétés être achetées par des personnes d’origine pakistanaise dans un quartier de la ville, certains craignaient la formation de ghettos et une réaction négative de la population face à l’arrivée des nombreux immigrants.

Le projet de Michel Vallée était très simple : faire en sorte que les résidents de Vaudreuil-Dorion se rencontrent, se parlent et brisent le mur des préjugés.

Le pari que j’ai pris, qu’on a pris comme communauté et que les élus ont accepté de prendre est qu’avec la rencontre vient la connaissance de l’autre et de ses différences, et qu’avec cette connaissance de l’autre et de ses différences vient le respect.

Michel Vallée, directeur du service loisir et culture, Vaudreuil-Dorion

C’est alors que naîtra « Je suis… » , un projet de médiation culturelle qui offre une multitude d’activités artistiques participatives entre personnes de tous âges, issues de différentes cultures. Chaque année, entre 35 et 50 activités sont offertes, ce qui représente près de 600 ateliers par an pour un total de 20 000 participants depuis 10 ans.

L’art pour unir

Tina Struthers est une des artistes phares de ce projet. Avec d’autres artistes locaux, elle crée des oeuvres originales collectives qui sont maintenant exposées un peu partout dans la ville.

Tina Struthers travaille sur une installation textile permanente intérieure réalisée avec 1500 citoyens en 2014.

 

En voyant tous les jeunes issus des vagues d’immigration s’impliquer dans la création de certaines oeuvres, Tina Struthers avouera que ces 10 dernières années étaient un peu, inconsciemment, une façon d’oublier toutes les injustices dont elle a été témoin.

« J’ai souvent été confrontée à la mort et à la tristesse, explique celle qui a vécu l’apartheid en Afrique du Sud. C’est quelque chose qu’on ne peut pas oublier. J’essaie de maintenir un équilibre en misant davantage sur le bonheur. »

Si on peut générer du bonheur avec l’art, on motive le monde à ne pas sombrer dans la haine.

Le projet « Je suis… » a remporté un tel succès qu’en 2016 l’organisation Les cités et gouvernements locaux unis (CGLU) a octroyé à Vaudreuil-Dorion le prix CGLU-Ville de Mexico-Culture 21, un prix prestigieux que se disputaient 83 villes dans le monde. Cette récompense souligne les efforts de métissage entre les valeurs de l’art et la participation citoyenne.

Artistes qui défilent dans la rue en jouant de la musique.

Le défilé Mozaïk attire tous les 23 juin depuis 2011 près de 15 000 personnes dans les rues de Vaudreuil-Dorion. Photo : Radio-Canada

 

Depuis, Michel Vallée est régulièrement invité aux quatre coins du monde pour présenter l’initiative. Preuve, selon lui, que de construire des ponts entre les différentes communautés peut donner espoir aux autres villes qui cherchent elles aussi à lutter contre les actes de violence et de haine.

Le reportage d’Eric Le Reste est présenté à Second regard le 11 novembre à 13 h 30 à ICI Télé.