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Pour Mgr Paglia, « mourir dans la dignité » n’est pas « anticiper la mort »

Devant les étudiants de l’hôpital Gemelli de Rome, le président de l’Académie pontificale pour la vie a insisté, mardi 20 novembre, sur l’accompagnement des malades en fin de vie et affirmé le droit de « mourir dans la dignité » autant que celui de « vivre dans la dignité ».

« Mourir dans la dignité mais jamais anticiper la mort » : c’est en ces termes que Mgr Vincenzo Paglia, président de l’Académie pontificale pour la vie, a tenté de replacer le débat sur la fin de vie en remettant les diplômes des masters Soins palliatifs et thérapie de la douleur de l’Université catholique du Sacré-Cœur, mardi 20 novembre au soir, à l’hôpital Gemelli de Rome.

L’euthanasie « présentée comme un choix de civilisation parce qu’il répondrait à la demande d’une mort digne », encourage, en réalité, « une perversion insidieuse du sens », et sa demande de légitimation « ôte la justification du traitement d’un patient incurable, pour ouvrir la voie à la liquidation d’une vie méprisable », a-t-il regretté.

« Le passage du “droit” à mourir au “devoir” de mourir »

Mettant en garde contre un « assujettissement technique et économique à l’idée de sélection eugénique de la vie digne de soin », Mgr Paglia a souligné les contradictions d’une société qui « d’un côté prolonge techniquement la vie et, de l’autre, en favorise politiquement la suppression ».

Devant les étudiants en médecine de Gemelli, il a notamment mis en cause « le silence assourdissant sur le droit à être soigné et accompagné ».

Dans une société où « l’autosuffisance est un impératif incontesté, il est facile pour ceux qui sont dépendants de se sentir déprimés voire plus à la hauteur de vivre », a-t-il développé, soulignant que, « dans ce contexte, le passage du “droit” à mourir au “devoir” de mourir devient plus bref que ce que l’on croit parfois ».

« Aider un patient à mourir est une chose, autre chose est de le faire mourir »

Rappelant que « le christianisme ne prêche ni l’amour de la mort ni l’indifférence à la mort », il a insisté sur l’accompagnement des mourants, regrettant que « le côté nihiliste de la mort triomphe quand elle induit le désespoir envers l’amour, afin de le faire apparaître comme un effort futile et insensé ».

« Il faut affirmer le droit de “mourir dans la dignité” autant que celui de “vivre dans la dignité” », a alors martelé le président de l’Académie pontificale pour la vie, rappelant que « le droit à une mort digne ne peut pas désigner le droit de se faire administrer l’euthanasie par d’autres personnes ».

« Aider un patient à mourir – l’accompagner dans sa détresse, soulager sa douleur, le réconforter – est une chose, autre chose est de le faire mourir », a-t-il développé, s’interrogeant sur l’évolution du mot « dignité ».

« “Mourir dans la dignité” ne signifie pas “anticiper la mort”, éventuellement ne pas “voir la dégradation de son corps” », a-t-il souligné, rappelant que « la demande d’euthanasie ou de suicide assisté est, dans la quasi-totalité des cas, fille de l’abandon thérapeutique et social du malade ».

« Ne jamais être complice de la mort »

Mgr Paglia s’est donc dit très réticent à l’éventualité de lois sur l’euthanasie, jugeant « hasardeux de confier la solution des grandes questions relatives à la vie et à la mort à une norme juridique ».

Il prône plutôt une « large réflexion » sur « les questions liées à la fin de vie », en vue d’une « alliance thérapeutique qui voit le patient, le médecin et les membres de la famille réunis pour prendre une décision commune ».

Faire le contraire reviendrait à « abandonner ceux qui ont besoin de soutien et d’aide à l’indifférence et la cruauté », a-t-il relevé, mettant en garde contre « la barbarisation d’une société qui pousse à une législation euthanasiste subtile mais inévitable ».

« L’homme malade en train de mourir a besoin de la proximité de l’homme en bonne santé pour sentir qu’il fait partie des vivants », a-t-il insisté, appelant à « prendre soin » des mourants avec amour, délicatesse et respect, « sans jamais être complice de la mort ».

Nicolas Senèze, à Rome. Journal La Croix