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Né de la Vierge Marie

Marie fait partie de l’Evangile

L’Evangile atteste que Marie est la mère de Jésus. Elle a été choisie par Dieu pour être la mère de son Fils. C’est pourquoi l’Eglise la reconnaît comme Mère de Dieu et comme notre mère. Aujourd’hui, bien des chrétiens éprouvent de sérieuses difficultés devant l’affirmation du Credo que Jésus-Christ est né de la Vierge Marie. Ces difficultés ne tiennent pas seulement à la naissance virginale de Jésus, fils de Marie, ce qui apparaît à beaucoup difficilement compréhensible, voire totalement incompréhensible; le problème porte plus fondamentalement sur le fait même que Marie soit mentionnée dans le Credo. Les protestants surtout craignent que le culte rendu à Marie ne compromette la foi en Jésus-Christ, unique Médiateur entre Dieu et les hommes. Il est, de fait, incontestable qu’il y a eu et qu’il y a encore des exagérations dans la piété mariale. Mais il y a aussi des simplifications abusives et des raccourcis qui méconnaissent que Marie a sa place dans le Credo de l’Eglise, parce qu’elle fait partie de l’Evangile, comme nous l’atteste la Sainte Ecriture. C’est de cette image biblique de Marie qu’il faut partir. Une piété mariale authentique doit toujours se laisser inspirer et juger par elle.

La Sainte Ecriture mentionne Marie d’abord parce qu’elle est la mère humaine de Jésus. En hébreu, son nom est Miryam. Elle est une femme issue du petit peuple, et elle espère avec son peuple la venue d’un Sauveur issu de la maison de David. Au moment où la promesse de Dieu s’accomplit, elle prononce le oui de la foi et se met de tout son coeur au service du salut et de l’espérance de son peuple (cf. Lc 1,38). Le témoignage du Nouveau Testament sur Marie ne se limite cependant pas aux récits de l’enfance de Jésus dans Matthieu et dans Luc. Nous rencontrons aussi Marie durant la vie terrestre de Jésus (cf. Mc 3,20-21; Lc 11,27-28; Jn 2,1-12). Elle apparaît alors comme celle qui cherche et interroge, et à qui de graves déceptions ne sont pas épargnées. Elle se trouve également sur le chemin de la croix. Mais elle reste fidèle à ce oui qu’elle a prononcé au début, dans la foi, et elle se tient debout, avec le disciple que Jésus aimait, au pied de la Croix (cf. Jn 19,25-27). C’est pourquoi elle est vénérée comme la mère des douleurs. Enfin, nous la rencontrons encore une fois au sein de la communauté primitive de Jérusalem en prière pour demander la venue du Saint-Esprit (cf. Ac 1,14).

Pour comprendre toutes ces allusions à Marie dans le Nouveau Testament, il faut voir qu’elle s’inscrit dans la longue histoire des grandes figures de femmes dans l’Ancien Testament. Tout au début, il y a la figure d’Eve: créée à l’image de Dieu, elle est l’égale de l’homme, chargée avec lui de représenter la royauté de Dieu sur la création. Mais, au lieu d’être une aide pour Adam, elle contribue à le tenter. Malgré cela, elle reçoit la promesse d’être la mère de tous les vivants (cf. Gn 3,20). Cette promesse est répétée plusieurs fois par la suite. A Sara, femme d’Abraham, en vertu de cette promesse, il est donné de concevoir un fils, Isaac, en dépit de son grand âge (cf. Gn 18,10-14). Il en va de même pour la naissance de Samson (cf. Jg 13) et de Samuel, fils d’Anne (cf. 1 S 1). Dans tous ces récits, Dieu, contre toute attente et toute espérance humaines, renouvelle constamment le don de la vie, pour être fidèle à sa promesse. Dieu choisit ce qui est faible et impuissant pour confondre ce qui est fort (cf. 1 Co 1,27). C’est pourquoi, dans des situations difficiles pour le peuple d’Israël, il appelle des femmes à être les sauveurs d’Israël: Débora, Judith et Esther.

Dans cette histoire, Marie occupe une place unique, au moment où la promesse divine se réalise pleinement. Elle se situe dans la plénitude du temps, quand Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme (Ga 4,4). A la mission qui lui est proposée, Marie répond par le oui de la foi (cf. Lc 1,38). Ainsi est-elle la vraie fille d’Abraham, à laquelle s’applique cette parole: Bienheureuse celle qui a cru (Lc 1,45). C’est pourquoi, à l’annonce de la naissance de Jésus, elle est interpellée avec les mêmes mots par lesquels l’Ancien Testament s’adresse à Israël, la fille de Sion: Réjouis-toi! (Lc 1,28). Crie de joie, fille de Sion; pousse des acclamations, Israël; réjouis-toi, ris de tout ton coeur, fille de Jérusalem (So 3,14; cf. JI 2,23; Za 9,9). Marie est donc la fille de Sion, la représentante d’Israël à l’heure où s’accomplit son espérance.

Marie elle-même chante l’accomplissement de la promesse de l’Ancien Testament dans le Nouveau Testament, dans cet hymne que nous appelons le Magnificat (cf. Lc 1,46-55). Ce texte fourmille d’allusions à l’Ancien Testament et rappelle principalement le chant d’action de grâce d’Anne après la naissance de Samuel (cf. 1 S 2,1-10). Dans ce chant, Marie apparaît comme une prophétesse qui se situe dans la lignée des femmes célèbres et des grands hommes de l’histoire de son peuple, et qui les surpasse tous. Comme eux, Marie sait qu’à Dieu seul appartiennent l’honneur et la gloire, la louange et l’action de grâce. Elle proclame, par conséquent, que tous les jugements de valeur terrestres sont caducs. Il a jeté les puissants à bas de leurs trônes et il a élevé les humbles; les affamés, il les a comblés de biens, et les riches, il les a renvoyés les mains vides (Lc 1,52-53). Par ce chant de louange tout imprégné de l’esprit de l’Ancien Testament, Marie anticipe en même temps l’Evangile du Nouveau Testament, en particulier le sermon sur la montagne, qui proclame bienheureux les pauvres, les petits, les affligés et les persécutés. Par toute son existence, elle rend témoignage à la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ: les premiers seront les derniers, et les derniers seront les premiers (cf. Mc 10,31). Ce n’est pas sans raison que le Magnificat est repris dans la Liturgie des heures, où il constitue chaque jour le sommet de l’office du soir (les Vêpres). Marie est ainsi l’inspiratrice du chant de louange que l’Eglise doit à Dieu pour ses hauts faits dans l’histoire.

Marie est donc le modèle et le prototype de la foi chrétienne. Elle est le modèle de l’espérance de l’Avent, du don total de soi dans la foi et du service inspiré par l’Esprit d’amour. Elle est le prototype de l’être humain qui écoute la parole de Dieu et qui s’adresse à lui dans la prière. Elle garde et médite dans son coeur ce qu’elle a vu et entendu de Dieu (cf. Lc 2,19.51). Mais, dans sa foi, Marie reste celle qui interroge et qui cherche. Elle est la femme accablée de douleur, la mère des douleurs qui, au pied de la croix, s’unit au sacrifice de son Fils. Elle est, pour tout dire, la servante humble et pauvre du Seigneur.

Tout cela, les catholiques et les protestants peuvent le dire en commun à propos de Marie. Le Catéchisme protestant pour adultes (Evangelische Erwachsenenkatechismus) écrit, sous le titre Marie fait partie de l’Evangile: Marie n’est pas seulement `catholique’, elle est aussi `évangélique’. Les protestants l’oublient trop facilement. Marie est, en effet, la mère de Jésus. Elle est plus proche de lui que ses disciples les plus proches. Avec quelle humanité le Nouveau Testament décrit cette proximité, sans dissimuler pour autant la distance qui demeure entre Marie et Jésus! Cette distance est bien marquée notamment par Luc, qui parle si souvent de Marie. Une femme dans la foule dit à Jésus: `Heureuse celle qui t’a porté et allaité’. Jésus répond: `Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui l’observent’ (11, 27-28). Ces paroles ne s’appliquent-elles pas exactement à Marie? Elle est présentée comme l’auditrice exemplaire de la parole de Dieu, comme la servante du Seigneur qui dit oui à la volonté de Dieu, comme celle qui est comblée de grâce et qui n’est rien par elle-même, mais doit tout à la bonté de Dieu. Ainsi Marie est-elle le prototype des hommes qui s’ouvrent à Dieu et se laissent combler par Dieu, le prototype de la communauté des croyants, de l’Eglise (pp. 392-393).

Dans ces déclarations communes sur Marie, l’Eglise catholique voit la preuve que son culte marial et ses affirmations dogmatiques sur Marie ont un fondement biblique solide. Il ne s’agit donc ni d’excroissances sauvages ni de développements en porte-à-faux par rapport à un point de départ biblique qui pourrait paraître mince. Si l’on replace ce que le Nouveau Testament dit de Marie dans l’ensemble de l’histoire du salut, on comprend pourquoi la tradition de l’Eglise a reconnu dans la mère de Jésus le type, c’est-à-dire le modèle initial de l’Eglise (cf. LG 53; 63).

Par sa foi et par son union à Jésus-Christ, Marie est une image particulièrement expressive de l’être humain sauvé par Jésus-Christ. Elle incarne d’une manière unique ce que l’Eglise et le Christ signifient. Mais Marie n’est pas seulement un modèle exemplaire de l’Eglise; elle en est aussi le prototype. Car elle précède l’Eglise et rend celle-ci possible. En effet, par son oui, qu’elle prononce la première, en notre nom à tous, elle devient pour ainsi dire la porte d’entrée de Dieu dans le monde. C’est pourquoi les Pères de l’Eglise appellent Marie la Nouvelle Eve qui, par son obéissance, est devenue cause de salut pour elle-même et pour tout le genre humain. Ainsi, le noeud de la désobéissance d’Eve a-t-il été dénoué par l’obéissance de Marie (Irénée de Lyon, Contre les Hérésies, III, 22,4).

Ces affirmations ne contredisent en rien le fait que seul Jésus-Christ est le Sauveur de tous les hommes. Marie n’est que l’humble servante du Seigneur. Elle est, comme nous tous, rachetée par Jésus-Christ. Mais, dans l’acte de la rédemption, Dieu veut entendre un oui librement prononcé par sa créature. Le flat, le oui de Marie: Je suis la servante du Seigneur; que tout se passe pour moi comme tu l’as dit (Lc 1,38), exprime d’une manière exemplaire que Dieu veut conclure une alliance avec les hommes, entrer en dialogue avec eux et leur donner de vivre comme ses amis en communion avec lui. L’acceptation du salut par Marie, rendue possible par la grâce de Dieu, est donc un moment essentiel dans l’événement de la rédemption. Marie et son oui sont un élément constitutif de l’accomplissement de l’histoire du salut. Sans Marie, le sens total de la foi au Christ ne pourrait pas être gardé. Si Marie était rayée de l’Evangile, tout ce qu’il y a d’humain e celui-ci ne serait plus qu’un déguisement sous lequel Dieu se cache pour intervenir directement dans l’histoire. Avec Marie, au, contraire, la dignité de la créature est sauvegardée devant Dieu.

Le deuxième concile du Vatican a donc rappelé à bon droit que Marie, intimement présente à l’histoire du salut, rassemble et reflète en elle-même d’une certaine façon les requêtes suprêmes de la foi (LG 65). En Marie, nous voyons clairement qui est Jésus-Christ et ce qu’il signifie pour nous, comme salut et comme espérance. C’est ce qui fait à la fois la grandeur et l’humilité d la Mère du Sauveur.