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Les remèdes du pape François aux maux de la Curie

Pour ses vœux à la Curie romaine, lundi 21 décembre, le pape François a dressé le « catalogue des vertus nécessaires » pour y servir, notamment l’honnêteté, la fiabilité et l’exemplarité. Son long discours, sous forme d’acrostiche du mot miséricorde, s’inscrit dans la suite directe de celui des « maladies curiales » l’an dernier, alors que la Curie continue d’être l’objet de scandales.

D’une année à l’autre, les vœux de Noël du pape François à la Curie romaine sont l’occasion d’un discours exigeant à l’égard de ceux qui y travaillent. Dans la même salle qu’il y a un an et devant, à peu de chose près, les mêmes dirigeants à la tête des dicastères composant le gouvernement central de l’Église catholique, le pape a livré un long discours dans la même veine que ses deux précédents, auxquels il s’est d’ailleurs référé.

Après les quinze « maladies curiales », dont l’énumération publique avait désarçonné plusieurs cardinaux l’an dernier, il a prescrit cette fois, en guise d’« antibiotiques », une liste d’au total 24 vertus à cultiver pour qui veut servir à la Curie et remédier à ses maux. Un « catalogue des vertus nécessaires »,selon sa définition, présentées deux par deux, sous forme d’un acrostiche à partir du mot italien, m-i-s-e-r-i-c-o-r-d-i-a (miséricorde), jubilé oblige.

NE JAMAIS TRAHIR LA CONFIANCE ACCORDÉE

Parmi les vertus énumérées, plusieurs ont trait à la probité. « Exemplarité et fidélité », « honnêteté et maturité », « fiabilité et sobriété » ressortent du discours comme autant d’appels à se montrer irréprochables à cet égard. « Celui qui est honnête ne craint pas d’être surpris parce qu’il ne trompe jamais celui qui lui fait confiance », a fait valoir le pape, insistant plus loin encore sur l’importance de ne jamais trahir la confiance accordée. Il a remercié à l’inverse « toutes les personnes saines et honnêtes qui travaillent avec dévouement, dévotion, fidélité et professionnalisme » – manière implicite de regretter que tous ne travaillent pas ainsi.

« L’honnêteté est la base sur laquelle s’appuient toutes les autres qualités », a encore souligné Jorge Bergoglio, qui, enrhumé, s’est excusé de lire son discours non pas debout mais assis. Mais les « maladies (curiales, NDLR) se sont manifestées au cours de cette année », a-t-il aussi reconnu, alors que doit reprendre en février au Vatican le procès pénal des personnes accusées de divulgation de documents confidentiels sur les dysfonctionnements dans la gestion de la Curie (« Vatileaks 2 »), qui ont alimenté deux livres à charge parus en novembre. L’affaire met en cause notamment deux personnes, un prélat espagnol et une laïque italienne, à qui le pape avait manifesté sa confiance en 2013 en les nommant dans une commission d’experts préparant la réforme de la gestion financière du Saint-Siège.

VATILEAKS ET « COMING OUT » D’UN PRÉLAT

Soupçonné – dans ce cadre – d’avoir détourné 200 000 € de la fondation de l’hôpital pédiatrique du Vatican, Bambino Gesù, pour financer les travaux de rénovation d’un vaste appartement dans l’enceinte du Vatican, l’ancien secrétaire d’État du pape Benoît XVI, le cardinal Tarcisio Bertone, a justement indiqué samedi 19 décembre avoir fait une « donation volontaire » de 150 000 € à cette même fondation. Le pape a pu sentir sa confiance trahie aussi par d’autres récents scandales, au point – dans ses vœux aux employés du Vatican, adressés plus tard hier – de demander de nouveau pardon à leur propos.

Le semestre a en effet été marqué, lors d’une conférence de presse tenue la veille de l’ouverture du synode sur la famille, par le « coming out » d’un prélat de la prestigieuse Congrégation pour la doctrine de la foi, annonçant vivre avec un compagnon. Au début de cette assemblée des évêques du monde entier, le pape François a reçu par ailleurs une lettre qui l’a attristé, et qui a été vite divulguée, dans laquelle une dizaine de cardinaux mettaient en doute son impartialité devant les travaux synodaux. Autre sujet douloureux, auparavant, la mort, dans la Cité du Vatican, d’un ancien nonce qui devait être jugé pour pédophilie.

LE PAPE, RÉSOLU À RÉFORMER LA CURIE

Pas de quoi décourager pour autant le pape François. Soulignant à deux reprises, dans ses vœux à la Curie lundi, son souci de maintenir à l’Église sa « crédibilité », il s’est montré toujours résolu à la réformer. « La réforme ira de l’avant avec détermination, lucidité et résolution », a-t-il déclaré, sans autre précision. Le « C9 », conseil de neuf cardinaux dont il s’est entouré pour mener la réforme de la Curie, a notamment inscrit à l’ordre du jour de sa prochaine session, en février, la décentralisation dans l’Église.

Mais le pape François, qui cherche moins à réformer les structures de la Curie que ses attitudes, prévient déjà qu’il ne pourra pas tout achever d’un coup. Alors que le climat social parmi les employés du Vatican est décrit comme tendu devant un processus de réforme considéré comme trop lent, Jorge Bergoglio a conclu ses vœux à la Curie par une prière attribuée à Mgr Oscar Romero (1) – béatifié cette année –, qui résume l’approche et l’ambition de son pontificat : « Nous posons les bases de ce qui se développera. (..) Nous ne pouvons pas tout faire mais commencer nous apporte un sentiment de libération. »

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Sébastien Maillard, à Rome

(1) Mais qui a été prononcée en réalité, comme l’a précisé le pape, pour la première fois par le Cardinal John Dearden, ancien archevêque de Détroit.

SOURCE : JOURNAL LA CROIX