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Les prêtres et le secret de confession menacé

L’état de Queensland, en Australie, a adopté mardi 8 septembre une loi qui oblige les prêtres à briser le secret de la confession s’ils sont amenés, par le biais de ce sacrement, à entendre des informations liées à des abus sexuels sur enfants. Tout manquement à cette obligation pourra être puni de trois ans de prison.

« Abuser sexuellement d’un enfant est un crime abject qui blesse les individus, les familles et peut causer des dommages collatéraux à des communautés entières. » Dans un communiqué publié mardi 8 septembre, Yvette D’Ath, procureure générale de l’État de Queensland (Australie) et ministre de la justice, a annoncé la promulgation de nouvelles lois, adoptées par le parlement du Queensland avec le soutien de l’opposition, pour lutter contre les abus sexuels sur enfants dans l’État concerné.

Parmi ces lois, l’une clarifie la situation du secret de la confession, qui désormais ne pourra plus justifier de taire des informations liées à ce type d’abus.

La fin du secret de la confession

« Les nouvelles lois mettent au clair que les prêtres ne pourront plus s’appuyer sur le sceau de la confession pour éviter de signaler des abus. » Le message d’Yvette D’Ath est clair : désormais, aucun manquement au devoir de signaler des abus sexuels sur enfants ne sera toléré.

Les sanctions qui seront appliquées en cas de délit sont déterminées par le code criminel de l’État de Queensland. Ce code indique, entre autres, que tout adulte qui ne signalerait pas des informations concernant l’abus sexuel d’enfants de moins de 16 ans ou de personnes handicapées mentalement pourrait encourir une peine de maximum trois ans de prison.

La règle s’applique dès que « l’adulte obtient des informations qui le poussent, ou devraient le pousser, à croire sur base d’éléments fiables qu’un abus sexuel sur enfant est, ou a été, commis par un adulte. » Le code stipule encore que « cela ne change rien si l’information a été découverte par l’adulte pendant une confession religieuse ». D’autres points précisent les cas où la mesure ne s’applique pas, notamment lorsque la vie des acteurs serait mise en danger par les révélations.

Le journal local The Young Witness précise que « d’autres États continuent de débattre à propos de propositions similaires ». Les États du Victoria, de Tasmanie et d’Australie du Sud, ainsi que le Territoire de la capitale australienne, ont également adopté des lois obligeant les prêtres à briser le sceau sacramentel.

Une lutte sur plusieurs fronts

La nouvelle législation concernant le secret de la confession n’est en réalité qu’une mesure parmi d’autres. La ministre de la justice annonce en effet « des lois dures qui ouvrent une nouvelle ère de justice pour les victimes, tout en rappelant que l’abus sexuel d’enfants n’est jamais acceptable. »

Par exemple, les personnes qui vendent, produisent ou possèdent des poupées sexuelles d’enfants encourent désormais, dans l’état du Queensland, une peine allant jusqu’à 20 ans de prison. Ces mesures suivent les recommandations de la commission royale pour les réponses institutionnelles à l’abus sexuel sur enfants.

Ce que dit l’Église

En janvier, alors que la loi était sur la table des négociations, Mgr Mark Coleridge, archevêque de Brisbane, capitale du Queensland, avait affirmé que briser le sceau sacramentel faisait des prêtres « moins des servants de Dieu que des agents de l’État. »

Précisant bien que l’Église « partage le désir du Parlement de faire de notre État un lieu aussi sûr que possible pour nos jeunes », l’archevêque ajoutait néanmoins qu’une telle mesure, fondée sur « une connaissance pauvre de la manière dont le sacrement est administré », posait des questions majeures en termes de « liberté religieuse ».

Le 4 septembre, la Conférence épiscopale des évêques catholiques d’Australie rappelait que le prêtre qui entendrait une victime parler d’abus dans le confessionnal « devait l’encourager à aller les dénoncer aux autorités. » Cependant, le Vatican a toujours indiqué qu’en ce qui concerne l’auteur d’abus, en aucun cas le fait de se livrer à la justice civile doit être une condition pour recevoir l’absolution, quelle que soit la gravité de la faute.

Dans une note du 29 juin 2019, la pénitencerie apostolique citait le pape François, qui, en 2019, réaffirmait l’inviolabilité du secret de confession : « Même si le sceau sacramentel n’est pas toujours compris par la mentalité moderne, il est indispensable pour la sainteté du sacrement et pour la liberté de conscience du pénitent ; ce dernier devant être certain, à chaque moment, que l’entretien sacramentel restera dans le secret du confessionnal, entre sa conscience qui s’ouvre à la grâce de Dieu et la médiation nécessaire du prêtre. »

SOURCE : Journal la Croix. Jean-Baptiste Ghins