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Les « martyrs » d’Algérie seront-ils béatifiés ?

La cause en béatification de Mgr Pierre Claverie et de ses 18 compagnons (dont les sept moines de Tibhirine) ne doit plus recueillir que le vote de l’assemblée des cardinaux et évêques de la Congrégation des causes des saints.

Le pape François a reçu, vendredi 1er septembre, Mgr Paul Desfarges, archevêque d’Alger, Mgr Jean-Paul Vesco, évêque d’Oran, et le P. Thomas Georgeon, postulateur de la cause en béatification de Mgr Pierre Claverie et de 18 autres prêtres, religieux et religieuses catholiques assassinés en Algérie entre 1994 et 1996.

« La cause n’est pas conclue mais elle est bien avancée, explique Mgr Desfarges. On a senti une attention très profonde du Saint-Père, très touché par cette cause et son importance pour le monde d’aujourd’hui. »

Remettre à sa juste place le mot « martyr »

« Ce qu’ont vécu ces 19 martyrs présumés concerne bien sûr l’Algérie mais aussi, au-delà, explique l’archevêque d’Alger. Ce sont des hommes et des femmes qui ont donné leur vie au milieu d’un peuple algérien lui-même éprouvé, parmi des milliers d’autres hommes et femmes qui ont aussi donné leur vie. »

À ce titre, on aurait pu imaginer que l’Église d’Algérie choisisse une nouvelle voie, ouverte l’été dernier par le pape François : ce dernier a ajouté un autre cas possible de béatification pour des chrétiens qui, sans être martyrs, ont fait l’« offrande libre et volontaire » par une « héroïque acceptation, à cause de l’amour, d’une mort certaine et à brève échéance ».

Néanmoins, le procès des moines de Tibhirine a été engagé en 2007, quand seule était possible à l’époque le titre de martyrs.

Les évêques algériens d’ailleurs ont tout à fait conscience que ce mot, dans le contexte actuel, peut être difficile à comprendre.

« Mais il peut être intéressant d’employer le mot “martyr” justement parce que cela permettra de le remettre à sa juste place : cela veut dire “témoin”, explique Mgr Vesco. Le martyr est un témoin, pas quelqu’un qui se fait sauter en en tuant d’autres ! »

« Nous sommes aussi conscients du danger politique autour de ce mot, qui peut être compris comme “de bons chrétiens tués par d’affreux musulmans”, reconnaît le P. Georgeon. Or c’est l’inverse de ce pour quoi la cause a été introduite et le pape a conscience de l’enjeu d’une telle cause dans le contexte mondial. »

Une béatification à Oran

« Ils sont les témoins d’une Église qui s’est inscrite dans l’histoire d’un pays musulman en crise, résume Mgr Desfarges. Nous serons très attentifs à ce que cette béatification ne blesse pas nos frères musulmans : elle dira que nous sommes avec eux dans cette souffrance qui les touche aussi et que nous pouvons vivre ensemble une relation fraternelle. »

« Durant tout l’entretien, le pape a été très attentif à ce que nous lui avons dit et il nous a encouragés, continue Mgr Vesco. Il sait que cette béatification peut être un message pour aujourd’hui, tout en comprenant que les plaies sont encore ouvertes et que cela ne doit pas se transformer en autocélébration de l’Église : ces martyrs sont 19 alors qu’il y a eu près de 200 000 morts en Algérie. »

C’est justement pour cela que les évêques algériens souhaitent que l’éventuelle béatification des martyrs se déroule en Algérie même, avec une prédilection pour Oran, ville dont Mgr Claverie était l’évêque.

Vote de la Congrégation des causes des saints

La cause en béatification de « Mgr Pierre Claverie et ses 18 compagnons », concerne, outre l’évêque d’Oran assassiné le 1er août 1996, le mariste Henri Vergès et la Petite Sœur de l’Assomption Paul-Hélène Saint-Raymond (tués à Alger le 8 mai 1994), deux sœurs augustines missionnaires tuées le 23 octobre 1994, quatre pères blancs tués le 27 décembre 1994 à Tizi-Ouzou, deux Sœurs de Notre-Dame des Apôtres tuées le 3 septembre 1995, Sœur Odette Prévost, Petite Sœur du Sacré-Cœur, tuée à Alger le 10 novembre 1995 et les sept trappistes de Tibhirine tués en 1996.

Introduite en 2005, la cause, après une phase diocésaine entamée en 2007, est arrivée à Rome en 2013. Après un vote favorable des théologiens de la Congrégation des causes des saints, elle doit maintenant obtenir celui des cardinaux et évêques membres avant d’être présentée à la signature du pape.

Nicolas Senèze, à Rome. Journal La Croix.