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Les épiscopaliens s’interrogent sur le caractère antisémite de leur liturgie du Vendredi saint

Les traductions actuelles de l’Évangile selon saint Jean sont-elles antisémites ? C’est la question soulevée par certains membres de l’Église épiscopalienne des États-Unis. Une résolution portée par le diocèse épiscopalien de Washington veut en effet faire voter une demande de révision de la traduction de certains passages de cet Évangile lors de la prochaine convention générale de cette Église, en juillet prochain.

« Chaque année, pendant la Semaine sainte, l’Église épiscopalienne nous demande d’entendre des propos dénigrant les Juifs », déplore le texte de la résolution. La liturgie du Vendredi saint est particulièrement mise en cause, le lectionnaire épiscopalien – comme le lectionnaire catholique – prévoyant la lecture ce jour-là des chapitres 18 et 19 du quatrième Évangile. Répétant à une vingtaine de reprises l’expression « les Juifs » ces passages sont considérés comme ayant participé à la justification de l’antisémitisme chrétien pendant des siècles.

Des changements « minimes »

« Cette résolution charge (le comité de liturgie) de développer des versions recommandées des lectures du lectionnaire de la Semaine sainte qui remédient à cet antisémitisme », poursuit le texte porté par le diocèse de la capitale fédérale américaine. Il est en effet tout à fait possible, est-il assuré, de procéder à des changements « minimes » dans la traduction en vue de « mettre en lumière la puissance de la Passion de Jésus sans transmettre de message antisémite ».

La résolution renvoie notamment vers une proposition d’adaptation de la traduction, qui atténue fortement le risque de lecture antisémite. Dans cette suggestion, l’expression « les Juifs » est fréquemment remplacée par d’autres, notamment le plus indéfini « des Juifs » ou encore par « les chefs des prêtres ». L’objectif est ainsi de ne pas donner l’impression de faire reposer la responsabilité de la Passion et de la mort du Christ sur le peuple juif, vu comme un tout unique et atemporel.

La résolution souligne d’ailleurs que des lectures « révisées » du texte johannique sont déjà utilisées dans certains lieux de l’Église épiscopalienne. Comme le note l’agence Religion news service, c’est par exemple le cas pour l’un des diocèses new-yorkais, dont l’évêque a « autorisé des supports alternatifs pour le Vendredi saint qui abordent le problème de l’antisémitisme ».

Dans cette version, le terme « juif » est remplacé par « judéen ». Ainsi, par exemple, l’inscription placée sur la croix sur ordre de Pilate énonce « Jésus de Nazareth, roi des Judéens » (et non « roi des Juifs »). Cela permet notamment, est-il expliqué, de renvoyer explicitement aux habitants d’un lieu et d’un temps donné.

Des remises en contexte déjà élaborées

Comme le relève la résolution, ce n’est pas la première fois que l’Église épiscopalienne s’interroge sur les textes de sa liturgie de la Semaine sainte. Depuis 2006, ont été adoptées à quatre reprises des résolutions reconnaissant que l’Évangile de saint Jean avait été utilisé pour « renforcer l’antisémitisme » et demandant que soient élaborés des documents pour remettre en « contexte ».

« L’écoute des Écritures et les interprétations proposées par les prédicateurs ont eu un effet déterminant dans la formation d’attitudes anti-juives comme caractéristiques de l’identité chrétienne, reconnaît par exemple un des textes élaborés. Même si nous pouvons affirmer que l’Évangile de Jean n’est pas anti-juif, il semble qu’il le soit souvent à nos oreilles. »

La question de proposer une nouvelle traduction devra donc être abordée lors de la prochaine convention générale de l’Église épiscopalienne, qui regroupe 3 millions de personnes aux États-Unis. Rassemblant les évêques et des délégués, cet événement aura lieu du 7 au 14 juillet, à Baltimore, dans l’État américain du Maryland.

SOURCE : JOURNAL LA CROIX