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Les droits des “minorités religieuses” font l’objet d’une conférence au Maroc

Une conférence est organisée du lundi 25 au mercredi 27 janvier à Marrakech par le ministère des affaires islamiques et le Forum pour la promotion de la paix dans les sociétés musulmanes.Elle devrait se conclure par une “déclaration de Marrakech” signée par les représentants musulmans.

“Plusieurs pays musulmans ont connu ces dernières années d’abominables atrocités commises contre des minorités religieuses qui y vivent”. Ainsi s’ouvre “le document d’orientation de la déclaration de Marrakech”, un document de quatre pages diffusé par les autorités marocaines et le Forum pour la promotion de la paix dans les sociétés musulmanes.

Ce document annonce la conférence internationale qui se tient au Maroc du 25 au 27 janvier 2016 sur le thème : “Les droits des minorités religieuses dans les pays à prédominance musulmane : le cadre légal et l’appel à l’action”. Celle-ci est organisée – “sous le haut patronage du roi” Mohammed VI – conjointement par le ministère des habous et des affaires islamiques et une fondation, basée aux Émirats arabes unis et présidée par Abdullah bin Bayyah, un Mauritanien professeur de sciences islamiques en Arabie saoudite, également membre du Conseil européen de la fatwa et de la recherche (proche des Frères musulmans).

Des représentants français

“Un grand nombre de ministres, d’officiels, de mufti, de religieux et de chercheurs participeront à cette conférence”, ainsi que “des représentants de toutes les religions venus du monde musulman et d’ailleurs”, indique le document.

Mgr Michel Dubost, évêque d’Évry et président du Conseil pour les relations interreligieuses de la Conférence des évêques, ainsi que Joël Mergui, président du Consistoire central israélite, devraient venir de France. Ainsi que Jean-Christophe Peaucelle, conseiller aux affaires religieuses du ministère des affaires étrangères.

D’autres, comme Mgr Pascal Gollnisch, directeur de l’Œuvre d’Orient, ont dû décliner pour des raisons d’agenda.

Une méthode proposée

“Il s’agit d’un colloque important, plus encore dans le contexte actuel”, fait valoir Mohammed Moussaoui, président de l’Union des musulmans de France, proche du Maroc. Cet ancien président du conseil français du culte musulman (2008-2013) se montre partisan d’une “parole forte” au sujet de la présence chrétienne au Moyen-Orient “depuis l’attentat d’Alexandrie” qui avait fait 21 morts et 79 blessés dans une église copte dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier 2011.

Les organisateurs proposent une méthode : seront successivement abordés les fondements “religieux” de la question des minorités religieuses, “à partir des principes généraux, des objectifs de la Loi sacrée et des méthodologies d’actualisation” ; puis ses aspects “historiques” et “juridiques”.

En réalité, les quatre pages du document d’orientation fixent déjà le cadre des échanges.

« Le spectacle ravissant d’une diversité heureuse »

“La tradition islamique a produit au cours des siècles un corpus vaste et original, à la fois culturel et législatif, définissant le cadre des minorités religieuses. Ces minorités ont toujours vécu au sein des sociétés musulmanes dans une symbiose et offrant à l’humanité le spectacle ravissant d’une diversité heureuse exceptionnelle de sectes, de croyances, d’opinions et de visions du monde”, est-il écrit.

Certes, à l’ère moderne, le monde a connu un “changement de paradigme” avec “l’avènement d’un nouveau contrat social, celui de la citoyenneté, qui présuppose l’égalité des droits et obligations pour tous”, et avec “les conventions internationales”.

Mais ce changement de paradigme n’invalide pas, pour les organisateurs, la tradition musulmane, et notamment celle – volontiers magnifiée – de Médine, ville où s’était réfugié le prophète de l’islam Mohammed après qu’il a été chassé de La Mecque. Le document qualifie cette Médine originelle de “société multiethnique et multireligieuse s’il en fut”.

Le président du Forum pour la promotion de la paix et signataire de ce document d’orientation, Abdullah Bin Bayyah, invite “juristes musulmans, intellectuels et philosophes” à “revivifier” pour aujourd’hui “l’esprit et les objectifs de la charte de Médine”.

Une réalité locale et clanique en temps de guerre

Or ce texte, attribué au prophète de l’islam lui-même, n’est connu que par des relations postérieures (des hadîth, paroles ou gestes prêtés au prophète Mohammed) ainsi que par deux versions du IXe siècle sous une forme composite, rappelle Dominique Avon, professeur d’histoire contemporaine à l’Université du Maine (Le Mans-Laval), co – directeur de l’Institut du pluralisme religieux et de l’athéisme.

Surtout, ce qui est évoqué sous le nom de « charte de Yathrîb » (Médine) « traduit une réalité locale et clanique visant à être efficace en temps de guerre (le combat – qitâl – sur le chemin de Dieu). Le concevoir comme le cadre d’un corps étatique fixant des droits et des devoirs est anachronique », remarque l’historien.

Un islam contemporain « intégral »

D’autant que l’interprétation contemporaine de cette « charte » repose sur le principe de l’inégalité des droits entre citoyens pratiquant la religion majoritaire et les autres. Et qu’elle n’envisage pas, évidemment, la diversité religieuse qui prévaut aujourd’hui dans les sociétés majoritairement musulmanes, pas plus que l’existence de l’agnosticisme et de l’athéisme…

Pour Dominique Avon, la méthode proposée ici pour aborder la difficile question de la coexistence religieuse dans les sociétés modernes est caractéristique de ce courant de l’islam contemporain qu’il qualifie d’« intégral ».

Anne-bénédicte Hoffner
SOURCE : JOURNAL LA CROIX