Actualités, Rome

Actualités

800e anniversaire : Les dominicains confirmés dans leur mission de prêcheurs


Le jubilé des 800 ans de l’ordre dominicain, qui s’était ouvert le 7 novembre 2015, s’est achevé samedi 21 janvier à Rome par une messe présidée par le pape François.

Le pape François est venu clore en personne, dans la soirée du samedi 21 janvier en la basilique romaine Saint-Jean-de-Latran, « sa » cathédrale, le jubilé des 800 ans de l’ordre dominicain : plus d’un an de manifestations à travers le monde entier qui se sont achevées par un congrès sur la mission, de mardi à samedi, à l’université pontificale Saint-Thomas-d’Aquin.

Un congrès « sur » la mission, et pas un congrès « de » la mission, souligne le P. Bruno Cadoré, maître de l’ordre, qui rappelle que, dès l’origine, saint Dominique avait voulu faire confirmer par le pape son intuition de prédicateur itinérant, une demande forte de l’Église à l’époque. « Aujourd’hui, nous nous interrogeons, continue le religieux français. Quel service humain spécifique pouvons-nous offrir à l’Église pour que l’Évangile soit prêché comme une “bonne nouvelle” ? »

Donner « le goût de la sainte doctrine »

Tout au long des quatre jours de congrès, tous les champs de la prédication ont été explorés, du travail aride de la recherche théologique au combat pour les droits humains, en passant par l’art ou les nouvelles technologies dans lesquelles certains dominicains se sont lancés avec enthousiasme.

L’ensemble des débats du congrès étaient d’ailleurs retransmis en direct sur Internet pour permettre à ceux qui n’ont pu faire le voyage de Rome d’interagir avec les participants d’un rendez-vous qui s’est aussi longuement interrogé sur la société actuelle, celle-là même où la famille dominicaine est appelée à prêcher.

Dans son homélie, le pape François est d’ailleurs revenu sur cette « société liquide, sans points fixes, désorientée, privée de référents solides et stables, dans la culture de l’éphémère, du jetable ». Pour lui, 800 ans après, c’est dans ce « carnaval de la curiosité mondaine » que les dominicains sont toujours envoyés pour donner « le goût de la saine doctrine, le goût de l’Évangile » en « prêchant par la parole et par la vie », en « vrais frères et sœurs qui glorifient Dieu et enseignent à glorifier Dieu avec les bonnes œuvres de la vie ».

Prendre le monde tel qu’il est

Cette dimension fraternelle est essentielle dans un ordre qui ne se résume pas aux dominicains mais rassemble de nombreuses congrégations féminines et une multitude de laïcs. « Ce congrès était important aussi pour se rencontrer », témoigne Sœur Véronique Margron, provinciale de France des dominicaines de la Présentation et présidente de la Conférence des religieux et religieuses de France.

« Il n’y a pas de mission possible sans amitié, sans cordialité, sans affection. Tous ici, nous venons d’horizons intellectuels et idéologiques très divers, avec parfois des options théologiques sinon opposées, du moins très différentes. Et nous discutons ensemble : c’est énorme ! »

Pour cette théologienne moraliste, penser la mission suppose d’abord de « prendre le monde tel qu’il est » pour « lui témoigner une Bonne Nouvelle au cœur des désastres de l’humanité ». « Comment la mission peut-elle contribuer à restaurer une humanité ? », s’interroge celle qui a mis la « vulnérabilité » au cœur de sa réflexion théologique.

« Je suis prieure en France, une partie fragile et vacillante de ma congrégation : mes sœurs âgées ne sont plus en mesure d’aller prêcher sur les routes ! Mais comment, dans leur vulnérabilité, peuvent-elles soutenir celles et ceux qui sont dans la même situation qu’elles ? »

Vulnérabilité

Cette vulnérabilité, le P. Emmanuel Ntakarutimana, supérieur des dominicains à Bujumbura (Burundi), l’a lui-même expérimentée. « Il y a quelques années, quand on me parlait des droits humains dans la mission de l’ordre, j’en avais une vision très théorique », raconte celui qui a été président de la Commission nationale indépendante des droits de l’homme dans son pays aujourd’hui déchiré.

« Et puis j’ai été confronté à des situations existentielles qui m’ont forcé à marcher sur les cassures de l’expérience humaine. Quand on doit s’exiler de son pays pour échapper à la tempête, on est obligé de s’interroger sur sa propre vulnérabilité. Cela nous oblige à développer en nous la vertu de miséricorde en y intégrant nos propres blessures. »

Lui non plus n’oublie pas le témoignage de la vie fraternelle. « Dans mon pays, vivre en frères d’ethnies différentes est déjà une prédication, même si nous ne disons pas un mot », raconte celui qui a vu certains de ses frères rwandais arrêtés et malmenés par la police politique.

« Le charisme de l’ordre est de rappeler à l’Église qu’elle est une famille qui s’édifie en prêchant l’Évangile », insiste le P. Cadoré, soulignant l’importance de la participation à ce congrès des religieux, religieuses et laïcs. « Dans une famille, tout le monde a la capacité de prendre la parole. Cette famille ne peut se faire si des gens restent en marge : la fraternité est centrale, chaque voix compte. »

SOURCE : Journal La Croix – Urbi & Orbi