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Les conseils du pape François aux politiques

 

L’appel à « une politique de la paix » que François a développé dans son message pour la Journée mondiale de la paix, publié mardi 18 décembre, résonne avec la crise sociale et politique que traverse la France.

Bien sûr, le pape François parle pour le monde. Mais le message qu’il a publié, mardi 18 décembre, à l’occasion de la prochaine Journée mondiale de la paix, le 1er janvier, résonne forcément avec la crise sociale et politique que traverse la France tant la vision qu’il y développe d’une « bonne politique au service de la paix » semble répondre aux blocages de la démocratie représentative.

« Le pape s’adresse à des personnes inquiètes, les citoyens comme ceux qui exercent un mandat », explique Mgr Bruno-Marie Duffé, secrétaire du Dicastère pour le développement humain intégral, qui présentait ce texte à la presse.

Dénoncer les populismes et la confiscation du débat par les politiques

François s’inquiète ainsi particulièrement du « climat de méfiance » de nombre de sociétés. Il en voit l’origine « dans la peur de l’autre ou de l’étranger, dans l’angoisse de perdre ses propres avantages ». Ce climat « se manifeste malheureusement aussi, au niveau politique, par des attitudes de fermeture ou des nationalismes qui remettent en cause cette fraternité dont notre monde mondialisé a tant besoin ». « Les discours politiques qui tendent à accuser les migrants de tous les maux et à priver les pauvres de l’espérance ne sont pas justifiables », martèle-t-il.

Mais s’il dénonce les populismes qui prospèrent sur les peurs, François refuse également la confiscation du débat par les politiques. « Quand elle n’est pas vécue comme un service à la collectivité humaine par ceux qui l’exercent, elle peut devenir un instrument d’oppression, de marginalisation, voire de destruction », met-il en garde, pointant notamment « les vices de la politique » comme la corruption ou « le non-respect des règles communautaires ».

Surtout, il relève que « quand l’exercice du pouvoir politique vise uniquement à sauvegarder les intérêts de certains individus privilégiés, l’avenir est compromis et les jeunes peuvent être tentés par la méfiance, parce que condamnés à rester en marge de la société, sans possibilité de participer à un projet pour l’avenir ».

« Heureux le politicien qui a une haute idée de son rôle »

« Il ne s’agit pas pour l’Église de faire la morale mais de dire que la paix est possible à condition de travailler sur les conditions de la paix », explique Mgr Duffé. François souligne donc combien « la vie politique authentique, qui se fonde sur le droit et sur un dialogue loyal entre les personnes, se renouvelle avec la conviction que chaque femme, chaque homme et chaque génération portent en eux une promesse qui peut libérer de nouvelles énergies relationnelles, intellectuelles, culturelles et spirituelles ».

Aux politiques, donc, de mettre en place les conditions de ce dialogue, en vivant leur fonction « en termes de service et non de garants d’intérêts », résume Mgr Duffé qui ne sépare pas le niveau international des questions internes à chaque État. François leur propose d’ailleurs une véritable charte du politique, en reprenant un texte du cardinal François-Xavier Nguyen Van Thuan, qui avait connu la persécution au Vietnam avant de venir à Rome comme président du Conseil pontifical Justice et paix.

« Heureux le politicien qui a une haute idée et une profonde conscience de son rôle, énoncent ces Béatitudes du politique. Heureux le politicien dont la personne reflète la crédibilité, (…) qui travaille pour le bien commun et non pour son propre intérêt, (…) qui reste fidèlement cohérent, (…) qui réalise l’unité, (…) qui s’engage dans la réalisation d’un changement radical, (…) qui sait écouter, (…) qui n’a pas peur. » Tel est l’ambitieux programme politique proposé par François.

Nicolas Senèze, à Rome. Journal la Croix