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L’Église officielle de Chine s’offre un complexe à près de dix millions d’euros

Mardi 15 mai, un évêque non reconnu par le Vatican a inauguré un énorme complexe religieux dans la ville de Chengde. Il comprendrait notamment la plus grande cathédrale du nord de la Chine.

Un couvent, une résidence, ainsi que ce qui est présenté comme la plus grande cathédrale au nord de la Chine : ainsi se présente l’ensemble religieux érigé à Chengde, dans la province de Hebei. Sur une surface de 15 000 mètres carrés, il a été bâti à l’intention des 30 000 catholiques qui vivent dans le diocèse de Chengde. Un projet de 70 millions de yuans, soit environ 9,5 millions d’euros.

Mardi 15 mai, une messe inaugurale a réuni autour de Joseph Guo Jincai, évêque de Chengde, de neuf autres évêques, la plupart de la Conférence de l’Église catholique en Chine et de l’Association patriotique des catholiques chinois (APCC), en présence de 800 personnes, selon UCANews. L’évêque a garanti que le nouveau complexe s’inscrirait dans la volonté du parti communiste et de l’État chinois de promouvoir une religion patriotique.

Évêques illicites

Mgr Joseph Guo Jincai n’est cependant pas reconnu par le Vatican. Son ordination illicite, en novembre 2010, avait d’ailleurs particulièrement déplu au Saint-Siège, qui avait dénoncé une « grave violation » de la loi de l’Église. En Chine, l’Église officielle est soumise à l’APCC, placée sous le contrôle du parti communiste au pouvoir. De telles organisations étatiques existent pour chaque religion, dans le but d’asseoir sur elles le contrôle de l’État. L’APCC et le Vatican se disputent la prérogative d’ordonner les évêques, et c’est le principal point de discorde entre les deux États. Officiellement, les relations diplomatiques sont rompues depuis 1951.

Face à cette situation, un schisme s’est opéré dans l’Église de Chine, divisant les douze millions de catholiques chinois en deux camps. L’un obéit à l’Église officielle. L’autre reste fidèle au Saint-Siège, et s’est constitué en Église souterraine. Selon les époques, les frontières peuvent être toutefois très poreuses.

Un rapprochement entre la Chine et le Vatican

Le pontificat du pape François marque justement une volonté d’opérer un rapprochement entre les deux États, et de mettre fin à cette discorde. Un accord Chine – Vatican est sur la table, même si l’échéance pour l’atteindre ne cesse d’être repoussée. Le point sensible de la nomination des évêques fait toujours obstacle.

Mgr Joseph Guo Jincai, qui est aussi secrétaire général de la Conférence des évêques de l’Église catholique en Chine, fait, selon UCANews, partie des sept évêques illicites qui pourraient être reconnus par le Vatican, si l’accord venait à se concrétiser.

Cela ne ferait pas l’unanimité chez les catholiques chinois. Ceux qui appartiennent à l’Église souterraine notamment estiment que la reconnaissance de l’Église officielle et de ses évêques serait une négation des souffrances qu’ils ont endurées pour rester fidèles au Vatican. Il y a aussi l’aspect politique : pour les officiels chinois, les catholiques et leurs institutions se doivent de véhiculer un double message : « l’amour de la patrie et de l’Église ».

Joséphine Kloeckner. Journal La Croix