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L’Église dans l’histoire du salut

L’origine de l’Eglise remonte aux commencements de l’histoire de l’humanité. En effet. Dieu n’appelle et ne sanctifie pas l’homme en tant qu’individu isolé, mais comme un être qui se trouve inséré dans une communauté et qui est incapable de s’accomplir en dehors de cette communauté (cf. LG 9; GS 32). Nul ne peut croire tout seul ni être chrétien tout seul; nul ne peut s’annoncer à lui-même l’Evangile. Chacun doit recevoir des autres le té- moignage de la foi et être porté et soutenu par eux dans sa foi. Chacun est un maillon de la grande chaîne des croyants, qui englobe la totalité de l’espace et du temps. Dès le début, Dieu ne s’est pas adressé aux hommes comme à des âmes croyantes individuelles et dispersées; il a rassemblé un peuple, dans lequel et par lequel chaque individu est porté et porte lui-même les autres.

Le rassemblement du peuple de Dieu est préfiguré dès le commencement du monde. Il commence à l’instant où le péché détruit la communion des hommes avec Dieu et celle des hommes entre eux. Le rassemblement du peuple de Dieu est pour ainsi dire la réaction de Dieu au chaos provoqué par le péché. La conviction des Pères de l’Eglise est que cette réunification commence déjà avec Abel le juste et se réalise secrètement au sein de tous les peuples (cf. LG 2; 13; 16). A toute époque, à la vérité, et en toute nation, Dieu a tenu pour agréable quiconque le craint et pratique la justice (cf. Ac 10,35) (LG 9).

La préparation lointaine et l’histoire manifeste du rassemblement du peuple de Dieu commence avec la vocation d’Abraham, à qui Dieu promet qu’il deviendra le père d’un grand peuple (cf. Gn 12,2; 15,5-6). La préparation immédiate commence avec l’élection d’Israël comme peuple choisi par Dieu (cf. Ex 19,5-6; Dt 7,6). En tant que peuple élu, Israël doit être un signe avant-coureur du rassemblement eschatologique de toutes les nations (cf. ls 2,2-5; Mi 4,1-4). Mais les prophètes mettent Israël en accusation, parce qu’il a rompu l’alliance et s’est comporté comme une prostituée (cf. Os l; ls 1,2-4; Jr 2, etc.). Ils annoncent une nouvelle alliance, par laquelle Dieu se choisira un nouveau peuple (cf. Jr 31,31-34). C’est cette promesse que réalise Jésus. Toute sa prédication et 142-151 toute sa vie publique se situent dans la perspective du Royaume de Dieu. Par son message, il inaugure le rassemblement eschatologique d’Israël. Ce mouvement de rassemblement constitue le fondement de l’Eglise.

C’est particulièrement clair dans le choix des apôtres. Au sein du cercle plus vaste de ses disciples, Jésus a appelé les Douze à entrer dans une communion plus étroite avec lui et les a fait participer d’une manière spéciale à sa mission de prédication (cf. Me 3,13-19; 6,6b-13). Le nombre douze n’est pas dû au hasard; les Douze représentent les douze tribus qui composent le peuple d’Israël (cf. Mt 19,28; Le 22,30). Ils sont donc aussi les pierres d’assise de la nouvelle Jérusalem (cf. Ap 21,12-14). D’autre part, dans les repas que Jésus prend avec les siens, il anticipe le festin eschatologique. C’est manifeste à la Dernière Cène, le soir avant sa mort (cf. Me 14,22-25 et par.).

Les célébrations eucharistiques de la communauté primitive perpétuent ces repas communautaires avec Jésus et les actualisent dans une situation nouvelle après la mort et la résurrection du Christ. Ainsi l’Eglise, sa prédication, la célébration de l’eucharistie et l’autorité du ministère apostolique, trouvent-elles leur fondement ultime dans le ministère terrestre de Jésus.

C’est dans la croix et la résurrection de Jésus-Christ que l’Eglise est effectivement fondée. La signification fondatrice de la croix pour l’Eglise apparaît avant tout dans les textes eucharistiques où il est question du sang de l’alliance (cf. Me 14,24) ou de la nouvelle alliance (cf. Le 22,20; l Co 11,25). La mort de Jésus inaugure le rassemblement du peuple de Dieu dans une alliance nouvelle. L’évangile de Jean dit que Jésus, lorsqu’il aura été élevé sur la croix, puis à la droite du Père, attirera à lui tous les hommes (cf. Jn 12,32). Le sang et l’eau qui coulent du côté ouvert de Jésus crucifié (cf. Jn 19,34) symbolisent, d’après l’interprétation des Pères de l’Eglise, les deux sacrements fondateurs de l’Eglise: le baptême et l’eucharistie. On peut donc dire avec les Pères que l’Eglise est née de l’ultime blessure de Jésus crucifié (cf. SC 5).

La croix ne doit pas être séparée de la résurrection ni de la fondation de l’Eglise. Par les événements de Pâques, le groupe des disciples dispersés fut de nouveau rassemblé; en même temps, les témoins de la résurrection reçurent la mission de faire de tous les peuples les disciples de Jésus et de les baptiser (cf. Mt 28,19-20). La fondation de l’Eglise est achevée par l’effusion du Saint-Esprit le jour de la Pentecôte, l’Eglise apparaît alors publiquement comme le nouveau peuple de Dieu, formé des peuples de la terre entière (cf. Ac 2; LG ; 5). Le Saint-Esprit est pour ainsi dire le principe vital de ‘Eglise.

De tout cela, il résulte que l’Eglise n’a pas été fondée ni instituée par une parole ou un acte particulier de Jésus. L’Eglise est fondée sur l’ensemble de l’histoire de Dieu avec les hommes; elle surgit de la dynamique globale de l’histoire du salut. C’est pourquoi on peut parler d’une fondation progressive de l’Eglise, préfigurée depuis le commencement du monde, préparée par l’histoire du peuple élu par Dieu, fondée par l’action terrestre de Jésus, réalisée par la croix et la résurrection de Jésus, révélée par l’effusion du Saint-Esprit (cf. LG 5).

L’Eglise, fondée sur la totalité de l’histoire déjà vécue de Dieu avec les hommes, est encore en route vers son achèvement eschatologique. Elle est une Eglise en pèlerinage et elle porte, dans ses sacrements et ses institutions, la marque de ce monde dont elle relève encore pour une part: Elle vit elle-même parmi les créatures qui gémissent présentement encore dans les douleurs de l’enfantement et attendent la manifestation des fils de Dieu (cf. Rm 8,19-22) (LG 48).

Dans l’Eglise, les forces du Royaume de Dieu qui vient, sont à l’oeuvre; dans la célébration de la liturgie, en particulier, la glorification eschatologique de Dieu est dès maintenant anticipée (cf. LG 50-51 ; SC 8). Cependant, l’Eglise n’est pas encore le Royaume de Dieu. Elle participe à la condition de serviteur que Jésus a acceptée: elle est l’Eglise des pauvres et de ceux qui souffrent; elle est l’Eglise des pécheurs; elle a constamment besoin de purification et doit sans cesse suivre la voie de la pénitence et du renouvellement; elle est l’Eglise persécutée qui doit pérégriner au travers des épreuves et des tribulations (cf. LG 8).

Elle n’est donc que le germe et le commencement du Règne de Dieu sur terre (LG 5). Elle est un peuple messianique et constitue pour tout l’ensemble du genre humain le germe le plus fort d’unité, d’espérance et de salut (LG 9). Nous aurons à nous demander ce que cela signifie pour la mission de l’Eglise dans l’histoire et dans la société.