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L’Église catholique allemande annonce des mesures sur les abus sexuels

En clôture de leur Assemblée plénière, les évêques catholiques allemands ont présenté jeudi 27 septembre un plan en sept points sur les abus sexuels au sein de l’institution.

Ils fournissent une première réponse au rapport indépendant présenté en début de semaine dernière, qui faisait état de 3 677 enfants et adolescents victimes, depuis la Seconde Guerre mondiale, d’abus de la part de 1 670 religieux.

La Conférence épiscopale a annoncé vouloir lancer un « travail d’introspection »par le biais des 27 diocèses. Ni la manière ni le cadre de ce travail n’ont été tracés, mais les évêques disent vouloir « davantage dialoguer avec les victimes »et avec des professionnels extérieurs. Ils chercheront aussi à « savoir qui, au-delà des auteurs, porte la responsabilité de ces abus ».

« Nous avons appris que travailler entre nous, entre évêques, ne fonctionne pas, »explique le cardinal Reinhard Marx, président de la Conférence épiscopale.« Nous ne pourrons effectuer ce travail seuls », a-t-il souligné.

Par ailleurs des cellules d’aide aux victimes seront mises en place. Indépendantes et externes aux diocèses, elles bénéficieront de conseils. À ce jour, les procédures divergent selon les régions. Autre annonce, la standardisation de la tenue des dossiers personnels des membres du clergé. L’absence d’homogénéité dans les informations y figurant a été un frein au travail des chercheurs qui ont planché pendant quatre ans sur le rapport.

Débat sans tabou

Plus généralement, les évêques allemands veulent un débat « sans tabou » sur le célibat, la moralité sexuelle, le secret de la confession, le cléricalisme qui, selon le rapport présenté la semaine dernière, sont des éléments favorisant les abus sexuels et leur non-dénonciation. Mgr Stephan Ackermann, évêque de Trèves, chargé de ces dossiers depuis 2010, confirme d’autre part la nécessité de revoir les procédures de sanctions internes à l’Église en cas d’abus sexuels. « L’ensemble de ce processus sera relayé dans la sphère publique, » promet l’Église catholique allemande.

Mais ces déclarations ont suscité des réactions contrastées. La plupart des observateurs se disent « déçus ». Les représentants des victimes, via l’association Eckiger Tisch, ont fait part de leur « stupéfaction » face à ces « maigres annonces » et à « l’absence de mesures concrètes » en matière de collaboration avec la justice et de standardisation des indemnisations.

Son porte-parole, Matthias Katsch, regrette que l’Église catholique ne fasse preuve « d’aucune volonté de nommer les coupables ». Il en appelle désormais aux autorités judiciaires « pour assurer la protection et les droits des victimes » et« ne plus les laisser seules face aux décisions arbitraires de l’Église ». L’association demande la mise en place d’une commission indépendante, avec un accès direct aux archives ecclésiastiques, afin de faire la lumière sur les cas prescrits. Le théologien Wunibald Müller s’est, de son côté, dit outré par l’annonce d’un nouveau dialogue sur le célibat. « Nous ne souhaitons pas de nouveaux débats mais des mesures concrètes ! », juge-t-il.

Campagne

Au niveau du gouvernement, ­Johannes-Wilhelm Rörig, chargé des questions d’abus sexuels, minimise lui aussi les promesses de l’Église. Il attendait « des solutions plus concrètes » et estime que cette semaine ne constitue en rien un « tournant historique » pour l’Église catholique, contrairement aux déclarations du cardinal Reinhard Marx. Johannes-Wilhelm Rörig conseille aux évêques allemands de se saisir du sommet inédit sur les abus sexuels, prévu en février au Vatican, pour présenter au pape un programme précis de leurs actions à venir.

Lui-même va faire campagne auprès du Bundestag et des ministères de la justice et de l’intérieur pour soutenir le processus d’introspection annoncé par les évêques.

Delphine Nerbollier, correspondante à Berlin. Journal La Croix