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Le Vatican donne un nouveau cadre aux religieuses contemplatives

L’instruction Cor orans, publiée mardi 15 mai par le Vatican, développe les éléments en germe dans Vultum Dei quaereredonnant aux monastères de moniales une plus grande autonomie tout en soulignant leur nécessaire adhésion à une fédération de monastères. 

La Congrégation pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique a publié, hier, l’instruction Cor orans, qui vise à appliquer les dispositions de la constitution Vultum Dei quaerere sur la vie contemplative féminine. Publiée en juillet 2016, cette constitution apostolique du pape François rénovait la vie religieuse des moniales, qui n’avait pas bougé depuis un texte de Pie XII en 1950, en prenant en compte l’évolution de la société mais tout en sauvegardant les valeurs fondamentales de la vie contemplative.

L’instruction reprend en grande partie les éléments de Vultum Dei quaerere, notamment sur le rappel de la clôture ou l’exigence d’une formation initiale et permanente de qualité.

Une plus grande autonomie

Elle prend ainsi en compte l’intégration des monastères contemplatifs dans une société de plus en marquée par les moyens de communication moderne auxquelles les candidates sont désormais nourries. Par respect pour la clôture et la vie de silence, les médias « doivent être utilisés avec sobriété et discrétion non seulement au regard de leurs contenus mais aussi de la quantité d’information et du mode de communication ». Ils peuvent entrer au monastère « pour des raisons d’information, de formation ou de travail » mais avec « un prudent discernement » et en accord avec le projet communautaire de vie.

Plus largement, l’instruction développe les éléments en germe dans Vultum Dei quaerere donnant aux monastères de moniales une plus grande autonomie tout en soulignant leur nécessaire adhésion à une fédération de monastères sur des critères géographiques ou « d’affinités d’esprit et de traditions ».

Tout en maintenant la vigilance de l’évêque diocésain sur les monastères, plusieurs dispositions du texte lui retirent ainsi, avec l’approbation en forme spécifique du pape, un certain nombre de pouvoirs que lui attribuait le Code de droit canonique au profit généralement de la supérieure. C’est ainsi elle, et non plus l’évêque, qui, avec le consentement de son conseil, autorisera les moniales à quitter la clôture.

L’obligation d’être rattaché à une fédération

Cor orans rappelle en outre, et de manière très ferme, l’obligation faite par Vultum Dei quaerere à tout monastère d’être désormais rattaché à une fédération. « Chaque monastère doit obtempérer dans l’année qui suit la présente instruction, à moins qu’il n’en ait été légitimement dispensé » par la Congrégation pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique, insiste l’instruction. Passé ce délai, Rome assignera les monastères récalcitrants à l’une ou l’autre des fédérations existantes.

D’ailleurs, aux côtés de la supérieure, et tout en préservant le pouvoir de celle-ci et la légitime autonomie de chaque monastère, la présidente de la fédération de monastères apparaît dans Cor orans comme véritable figure d’autorité et contre-pouvoir à la figure de la supérieure, même si elle n’est pas supérieure majeure. Elle est ainsi covisitatrice de la visite canonique des monastères de sa fédération.

Surtout, elle jouera un grand rôle d’aide aux monastères en difficulté. Car, nouveauté de l’instruction, un monastère ayant moins de cinq religieuses ayant prononcé des vœux solennels perdra désormais de droit son autonomie : la fédération qui jouera un grand rôle dans sa suppression, sa translation ou son affiliation à un autre monastère. Façon, aussi, de prendre en compte l’évolution de la vie contemplative et de sa diminution dans certaines parties du monde.


« Le processus de formation dure toute la vie »

Instructions « Cor orans », § 221 à 224

« La formation à la vie monastique contemplative est basée sur une rencontre personnelle avec le Seigneur. Elle a commencé par l’appel de Dieu et la décision de chacune à suivre, selon son charisme, les traces du Christ, comme sa disciple, sous l’action de l’Esprit Saint. (…)
Tant les candidates que les moniales doivent garder à l’esprit que, dans le processus de formation, il ne s’agit pas tant d’acquérir des notions que de « connaître l’amour du Christ qui vainc toute connaissance ». Tout cela fait que le processus de formation dure toute la vie et que chaque religieuse se sent toujours en formation.

La formation en tant que processus continuel de croissance et de conversion qui implique toute la personne doit favoriser le développement de la dimension humaine, chrétienne et monastique des candidates et des moniales, en vivant radicalement l’Évangile, afin que toute la vie devienne une prophétie. »

Nicolas Senèze, à Rome. Journal La Croix