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Le Vatican annonce une visite historique du pape en Irak

Durant un voyage de quatre jours, prévu du 5 au 8 mars 2021, François devrait se rendre dans plusieurs villes d’Irak. Une première pour un pape, dans un pays en pleine crise.

« Le pape en Irak ? Non, ce n’est pas vrai ? Vous êtes sûr ? » A l’annonce de la nouvelle, le chercheur n’en revient pas. Sociologue franco-irakien, directeur du Centre de sociologie de l’Irak à l’université de Soran, au nord-est de son pays, Adel Bakawan poursuit immédiatement : « Ce sera une visite historique. »

Historique, l’annonce l’est assurément. En dévoilant lundi 7 décembre, l’organisation du prochain voyage du pape en Irak, le Vatican en a surpris plus d’un, dont ceux qui pensaient le pape, qui n’est pas sorti d’Italie depuis novembre 2019 en raison du Covid, avait définitivement renoncé aux voyages pontificaux.

Une visite de quatre jours

Durant 4 jours, du 5 au 8 mars, François se rendra donc à Bagdad, dans la plaine de l’Ur, à Erbil, Mossoul et Qaraqoch. Une réponse aux invitations de l’Église catholique et du gouvernement irakien, précise le Saint-Siège, mais surtout une première : jamais un pape n’a foulé la terre d’Irak. Et l’organisation de ce voyage, entamé il y a plusieurs semaines, lorsque des émissaires du Vatican se sont rendus sur place pour établir un premier programme du voyage, a été menée dans le plus grand secret.

En choisissant de visiter l’Irak, François se rend dans un pays traversé par la plus grave crise de son histoire. « C’est un État en faillite complète, détaille Adel Bakawan. Pour la première fois depuis sa création, en 1921, l’Irak n’est plus en mesure de verser le salaire de ses fonctionnaires, sa dette est abyssale et dans sa capitale, Bagdad, plus d’un habitant sur quatre n’a pas accès à l’eau potable. Quant aux autres villes, elles ont parfois un accès à l’électricité limitée à trois heures par jour alors même que la température y atteint 55 degrés. »

Mais ce chercheur décrit surtout un pays plus que divisé, aux mains des milices, entre territoires sur lesquels l’État n’a plus la main.

« Un message d’unité »

« Dans ce contexte, la venue du pape est un symbole extrêmement puissant, bien plus que la visite de n’importe quel président américain qui ferait un aller-retour nocturne dans une base militaire », poursuit le chercheur.

En arrivant en Irak, le pape veut d’abord mettre ses pas dans ceux d’Abraham, fait valoir le père Olivier Poquillon, dominicain, en mission à Mossoul. « Ce sera le thème central, avec celui de la fraternité humaine. À un peuple tiraillé entre ses communautés, arabes et kurdes, chiites et sunnites, le pape enverra un message d’unité », poursuit-il.

Ce dominicain se réjouit que le pape délivre ici « un fort message de paix ». Et plus particulièrement dans la ville de Mossoul, où il vit, « et qui ne s’est jamais relevée » de la bataille de 2014. En se rendant dans la plaine de Ninive, le pape adressera aussi un message d’espoir très fort aux chrétiens de Qaraqosh, « devenu le lieu emblématique de la chrétienté » depuis que les minorités chrétiennes s’y sont installées.

L’un des enjeux du voyage sera aussi, pour le pape, de rencontrer des responsables chiites, après avoir envoyé de très nombreux signaux aux musulmans sunnites, notamment à travers ses voyages au Maroc ou plus d’un mois plus tôt, en février 2019, à Abu-Dhabi.

C’est lors de ce déplacement aux Emirats arabes unis que le pape signa une déclaration sur la fraternité humaine avec le grand imam d’Al-Azhar. Une haute personnalité du monde sunnite que le pape a également mentionnée à quatre reprises dans sa récente encyclique, Fratelli Tutti. Car c’est bien en Irak, dans la ville de Nadjaf, que se situe le centre du chiisme. « Il y a cette volonté du pape François de discuter avec toutes les composantes de l’islam », commente le père Poquillon.

Un geste « héroïque »

« À vrai dire cette visite est pour nous un grand honneur, une grande joie, une grande consolation, domaine d’espérance. Nous attendions un tel geste si héroïque du Saint-Père », réagit auprès de La Croix l’archevêque syriaque catholique du diocèse de Mossoul, Mgr Yohanna Petros Mouché.

Sur le plan politique, le déplacement du pape interviendra quelques semaines avant des élections décisives, prévues en juin. Un calendrier qui n’a rien d’un hasard, alors que le pape évite traditionnellement de se rendre dans un pays avant la tenue d’une échéance électorale.

« Cela peut-il influencer les Irakiens pour se tourner vers l’un ou l’autre camp ? Je ne le crois pas, estime Adel Bakawan Mais la visite va être un élément majeur pour contribuer à la pacification de cette période électorale, qui est hautement conflictuelle. Car ce qui est en jeu, c’est bien plus que des élections législatives. C’est l’avenir même du pays. »