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Le religieux inspire un « sentiment d’étrangeté » aux jeunes générations de sociologues

Céline Béraud, directrice d’étude et vice-présidente de l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) a dirigé la rédaction de Sociologues en quête de religion, aux côtés de Bruno Duriez et Béatrice de Gasquet (1).

Spécialisée dans l’étude de la religion dans les institutions publiques et en sociologie de l’autorité religieuse, elle livre, pour « La Croix », son approche contemporaine d’une sociologie des religions.

 

 

La Croix : Pourquoi évoquez-vous dans le livre le « péché originel » de la sociologie des religions ?

Céline Béraud : Il nous semblait important, dans l’ouvrage, de revenir au moment de refondation de la sociologie des religions, dans les années 1950 au CNRS autour de Gabriel Le Bras. À cette époque, la sociologie est aussi perçue dans les milieux catholiques comme un outil qui peut être au service de la pastorale.

Aujourd’hui, les choses ont beaucoup changé. Les liens avec les milieux confessionnels se sont rompus. Dans les milieux d’Église, une méfiance à l’égard de la sociologie semble même parfois l’emporter…

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Vous citez en introduction le sociologue Pierre Bourdieu, qui a défini le religieux comme « un objet douteux ». Que reste-t-il de cette distance par rapport à l’objet religieux ?

C. B. : On en est sorti même si je pense que la question du soupçon demeure. C’est ce que j’appelle l’embarras laïque. Il y a l’idée, chez certains collègues, que trop s’approcher du religieux, c’est prendre le risque de ne plus être complètement laïque.

Il y a aussi l’embarras séculier, un embarras lié au fait que les jeunes générations de chercheurs sont beaucoup moins familières du religieux que ne l’étaient les générations passées qui avaient souvent reçu une socialisation religieuse dans leur enfance même si elles se déclaraient sans religion. Le sentiment d’étrangeté éprouvé peut conduire à éviter le religieux ou, a contrario, amener à le sur-interpréter, à le traiter avec trop de fascination.

Vous évoquez un regain d’intérêt pour la religion comme objet d’étude sociologique ? Comment l’expliquez-vous ?

C. B. : L’intérêt à propos du catholicisme, qui était volontiers considéré comme désuet, a été ravivé lors du « Mariage pour tous ». L’intensité et la durée des mobilisations ont constitué pour beaucoup une vraie surprise et suscité plusieurs enquêtes.

Puis il y a eu la vague d’attentats. Le CNRS a alors lancé à l’automne 2015 un vaste appel à un projet de recherche, dont plusieurs ont porté sur l’islam. On peut s’en féliciter mais on peut aussi regretter que le religieux, l’islam en particulier, ne soit saisi qu’au prisme de la dangerosité, ce qui est bien sûr particulièrement réducteur.

Recueillis par Violaine Epitalon. Journal La Croix