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Le règne de Jésus-Christ

Le règne de Jésus-Christ élevé à la droite du Père est décrit de multiples manières dans la Sainte Ecriture et dans la tradition de l’Eglise. La doctrine de la triple fonction (prophétique, sacerdotale et royale) de Jésus-Christ est apparue à l’époque moderne.

1. La fonction prophétique de Jésus-Christ

Dans le Nouveau Testament, Jésus est souvent salué comme le prophète promis par l’Ancien Testament (cf. Dt 18,15; Ac 3,22; Jn 1,45; 6,14). De même, il est souvent appelé maître (cf. Me 10,17, etc.). Le quatrième évangile le nomme la lumière du monde (cf. Jn 1,8; 8,12; 12,46), la vérité (cf. Jn 14,6). Il est venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité (cf. Jn 18,37). Il proclame la vérité définitive sur Dieu, sur l’homme et sur le monde; au milieu des multiples feux follets et des mirages de notre univers, il est la lumière qui nous fait voir sans déguisement les hommes et les choses; dans l’obscurité et l’aveuglement qui sont la conséquence du péché et le signe de la déchéance de l’humanité, il nous découvre le sens de notre existence, y compris celui de la souffrance et de la mort. En tant qu’il est le prophète par excellence, Jésus-Christ est la clé de la; compréhension de l’homme; sans Jésus-Christ, l’homme ne peut pas se comprendre pleinement lui-même, ni comprendre le monde où il vit. En Jésus-Christ, Dieu révèle l’homme à lui-même (GS 22). Ce n’est pas sans raison que Jésus-Christ est célébré, dans la liturgie de Noël et de l’Epiphanie, comme le soleil qui recommence à monter dans le ciel au cœur des ténèbres de l’hiver. La liturgie de la nuit pascale salue Jésus-Christ dans le symbole du cierge pascal par ce cri qui retentit à trois reprises: Lumen Christi, La lumière du Christ.

La fonction prophétique de Jésus-Christ se manifeste dans la prédication de l’Eglise. Lorsque l’Evangile est proclamé, le Seigneur exalté dans les cieux est présent parmi nous. C’est la raison pour laquelle, dans les offices solennels, le livre des évangiles est porté avec honneur, escorté de luminaires, enveloppé d’encens, vénéré par le célébrant. Mais la présence de Jésus-Christ dans la parole ne se limite pas à la lecture et à la prédication liturgiques, ni même à l’enseignement officiel de l’Eglise. Jésus-Christ est présent partout où ses fidèles rendent témoignage à l’Evangile par leur parole ou leur action; il est présent partout où sa vérité brille dans la vie quotidienne de la famille et de la société (LG 35).

2. La fonction sacerdotale de Jésus-Christ

Le Nouveau Testament interprète la façon dont Jésus s’abandonne à la volonté du Père, et l’office dont il s’acquitte à notre place et pour nous, comme un ministère sacerdotal. L’épître aux Hébreux présente la croix comme un sacrifice offert une fois; pour toutes, à la suite duquel le Christ ressuscité est prêtre pour l’éternité (He 7,17.21; cf. 7,23-24). Il est désormais toujours vivant pour intercéder en notre faveur (He 7,25). Par son sacrifice, il a réconcilié une fois pour toutes Dieu et les hommes, ainsi que les hommes entre eux, et il nous a donné une vie nouvelle. Grâce à lui, la vie, qui se trouvait profondément aliénée et qui avait été gâchée de multiples manières par le péché, est redevenue saine. La plénitude de vie qui nous est offerte en Jésus-Christ, ne consiste pas à rechercher notre accomplissement personnel, sans égard pour les autres, mais à nous dépouiller de nous-mêmes par amour pour les autres. La nature elle-même nous indique que là réside le véritable sens de la vie. Tout ce qui vit ne vit que dans la relation à autre chose; le vivant doit sortir de lui- même pour se conserver: Si le grain de blé qui tombe en terre ne meurt pas, il reste seul; si au contraire il meurt, il porte du fruit en abondance (Jn 12,24). La vie nouvelle en Jésus-Christ vérifie pleinement cette parole: Qui veut sauver sa vie, la perdra: mais oui perdra sa vie … la sauvera (Me 8,35).

Comme grand-prêtre, Jésus-Christ est présent avant tout dans la célébration de l’eucharistie. Déjà dans les récits pascals des évangiles, les apparitions du Ressuscité se produisent dans le contexte de 310-313 repas pris en commun (cf. Lc 24,30-31.36-42; Jn 21,9-14). Mais, plus largement, la fonction sacerdotale de Jésus-Christ s’exerce dans toute la liturgie (cf. SC 7). C’est lui qui agit, en particulier, dans la célébration des sacrements. D’autre part, le sacerdoce de Jésus-Christ ne se prolonge pas seulement dans le sacerdoce ministériel des évêques et des prêtres, mais aussi dans le sacerdoce commun de tous les chrétiens, dans le service des laïcs. Dans leur prière, leur engagement apostolique, leur vie conjugale et familiale, leur travail quotidien, leurs loisirs, pour autant que tout cela soit vécu dans l’Esprit du Christ, et aussi dans les épreuves, lorsqu’elles sont acceptées avec patience et courage, tous les baptisés offrent à Dieu le sacrifice spirituel de la Nouvelle Alliance (l P 2,5; cf. Rm 12,1; LG 34).

3. La fonction royale de Jésus-Christ

Dans le monde antique, le roi était considéré comme le représentant de Dieu, et même comme son fils; il incarnait l’ordre politique et cosmique indispensable pour que la vie humaine puisse se développer harmonieusement. Le roi, le royaume, la cité, l’Etat étaient alors non seulement des idées politiques, mais aussi des symboles religieux chargés d’espérance. L’annonce de l’avènement du Règne de Dieu à travers l’Ancien et le Nouveau Testament culmine en Jésus-Christ, crucifié et glorifié. C’est pourquoi, dans le Nouveau Testament, Jésus-Christ reçoit le titre de roi. De même qu’il est le Messie de la croix, il est aussi roi sur la croix (cf. Mc 15,2.18.26; Jn 19,14-15.19-22). A cet égard, la scène la plus significative est celle où Jésus, raillé par la foule hurlante, battu, humilié, couvert de sang, couronné d’épines, est interrogé par Pilate: Es-tu le roi des Juifs?. Jésus répond affirmativement, mais ajoute aussitôt: Ma royauté n’est pas de ce monde. Sa royauté consiste en ce qu’il rend témoignage à la vérité et rassemble les hommes dans la vérité (cf. Jn 18,33-37). C’est en ce sens-là qu’il est Roi des rois et Seigneur des seigneurs (l Tm 6,15; cf. Ap 19,6).

La royauté de Jésus-Christ ne justifie donc pas une forme de gouvernement théocratique, que ce soit dans l’Eglise, dans l’Etat ou à un niveau quelconque de la société civile. Le Règne de Jésus- Christ n’est pas une utopie ni une idéologie applicable comme telle en ce monde. Mais il ne s’agit pas non plus d’une réalité purement spirituelle, ni d’un salut strictement individuel. Au contraire, Jésus-Christ veut tout pénétrer de son Esprit, de sa vérité et de sa vie, le domaine privé comme le domaine public, le monde de la famille comme le monde du travail et des loisirs. Selon le deuxième concile du Vatican, le Règne du Christ est présent partout où des hommes et des femmes accèdent à la liberté royale des fils et des filles de Dieu. En renonçant à eux- mêmes et en menant une vie sainte, ils triomphent en eux-mêmes de l’empire du péché. Ils ne laissent plus celui-ci régner en eux; ils mettent leurs forces au service de Dieu, comme armes de la justice (Rm 6,13). Le Règne du Christ est un règne de grâce et de sainteté, un règne de justice, d’amour et de paix (préface de la fête du Christ-Roi). Si les chrétiens cultivent tous les domaines du monde selon les fins du Créateur et l’illumination de son Verbe, grâce au travail de l’homme, à la technique et à la culture dans la cité, dans l’intérêt d’absolument tous les hommes, alors par les membres de l’Eglise, le Christ éclairera de plus en plus la société humaine tout entière de sa lumière qui sauve (LG 36).

Il est impossible de tracer une frontière visible entre le Royaume de Dieu ou du Christ et le royaume du monde; les deux réalités sont étroitement mêlées, aussi bien dans l’Eglise que dans la société et dans l’Etat. Dans son célèbre ouvrage sur La Cité de Dieu, saint Augustin a montré que les deux royaumes se distinguent par deux façons d’aimer: amour de soi et amour de Dieu, vie selon la chair et vie selon l’Esprit. Partout où se manifeste l’amour désintéressé, que ce soit à l’intérieur de l’Eglise ou en dehors; d’elle, le Royaume du Christ commence. L’Eglise doit être le sacrement, c’est-à-dire le signe et l’instrument de l’unité des. hommes avec Dieu et de l’unité des hommes entre eux (cf. LG l). La tâche des chrétiens et de tous les hommes de bonne volonté est d’œuvrer pour une civilisation universelle de l’amour (Paul VI).