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Le pape va-t-il rencontrer le patriarche de Moscou ?

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De sources concordantes, le pape François pourrait rencontrer Kirill, le patriarche de l’Église orthodoxe russe, à la fin de son prochain voyage au Mexique. Outre sa portée hautement symbolique, la rencontre entre les responsables des deux plus grandes Églises de la chrétienté correspond à une série d’intérêts croisés.

La fin du voyage du pape François au Mexique, prévu du 12 au 18 février, pourrait réserver une surprise exceptionnelle. Dans l’entourage du pape, on le laissait entendre sans en dévoiler la teneur. Le vaticaniste italien Sandro Magister a vendu la mèche le 26 janvier sur son blog : le pape irait rencontrer le patriarche Kirill, qui se trouvera alors en visite à Cuba.

À Moscou, le porte-parole de l’Église orthodoxe russe pour les relations avec les autres chrétiens, le hiéromoine Stefan Igumnov, a aussitôt démenti l’information. Mais ce n’est pas le cas au Vatican, où, sans rien confirmer, on n’exclut rien non plus.

Au contraire, au sein de la Curie romaine, on parle même d’un « désir réciproque » d’une telle rencontre, et d’« opportunités » pour l’année 2016. « À l’heure actuelle, le feu n’est plus au rouge mais à l’orange », a déclaré le président du Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens, le cardinal Kurt Koch, à la presse suisse.

Gages de respect

Une étreinte entre le pape et le chef de la « Troisième Rome », le patriarche de Moscou, serait historique. Sans cesse évoquée, une telle rencontre a toujours été, jusqu’ici, reportée. Les accusations de prosélytisme des communautés catholiques dans l’ex-URSS sont depuis longtemps levées mais la question de la place des catholiques en Ukraine s’est tendue avec la guerre dans ce pays. Le Saint-Siège s’est toutefois employé à ne pas prendre parti dans le conflit opposant Kiev à Moscou. Attitude qui a été appréciée publiquement par le patriarche Kirill.

Cette rencontre a d’autant plus de chances d’avoir lieu qu’elle ne ferait pas ombrage au patriarche œcuménique de Constantinople, Bartholomeos, qui exerce un leadership symbolique sur le monde orthodoxe, le pape lui ayant donné suffisamment de gages de respect.

Depuis le début de son pontificat, François a déjà rencontré à Rome, à Jérusalem et à Istanbul, le grand rival de Moscou. Mais au retour de Turquie, le 30 novembre 2014, le pape avait aussi fait montre de sa complète disponibilité à s’entretenir avec le patriarche russe. « Je lui ai dit :”Je viens où tu veux. Tu m’appelles et je viens”, et lui aussi a la même volonté », avait répondu Jorge Bergoglio à la presse à ce sujet, ne posant aucune condition.

Vu de Moscou, une telle rencontre au sommet aiderait à rompre en partie l’isolement diplomatique et économique dans lequel se trouve aujourd’hui la Russie. Comme au temps de l’Union soviétique lorsqu’il s’agissait de conserver un lien – même ténu – avec l’Occident, l’œcuménisme peut se révéler un terrain propice au dénouement des crises, y compris aux yeux du Kremlin.

« Poutine a besoin de François pour sortir de l’isolement sur la question de l’Ukraine et François a besoin de Poutine pour protéger les chrétiens d’Orient,résume le théologien orthodoxe Jean-François Colosimo. La mondialisation rend ainsi nécessaire un rapprochement catholique/orthodoxe encore inimaginable il y a vingt ans. »

Climat de confiance

Poids lourd de l’orthodoxie mondiale avec ses 150 millions de fidèles, l’Église orthodoxe russe est en outre dominée par un courant national-conservateur qui tend à l’isoler sur la scène panorthodoxe.

Après avoir réformé son Église de fond en comble, quadruplé le nombre de ses évêques et parachevé son retour au premier plan en Russie, le patriarche Kirill veut maintenant se poser en interlocuteur incontournable vis-à-vis du reste de la chrétienté. Avec toujours, en arrière-plan, l’idée de constituer avec l’Église catholique un front pour la défense des valeurs chrétiennes « traditionnelles ».

Après des relations tendues sous Jean-Paul II et un net réchauffement sous Benoît XVI, le pape François apparaît plus que jamais à Moscou comme l’homme de la situation. Sa prudence sur le dossier ukrainien – jusqu’à donner l’impression aux grecs-catholiques d’être sacrifiés sur l’autel du rapprochement avec Moscou – et ses multiples rencontres avec Hilarion, le responsable des relations extérieures du Patriarcat russe, ont instauré un climat de confiance entre Rome et Moscou.

Sébastien Maillard (à Rome) Et Samuel Lieven
SOURCE : JOURNAL LA CROIX