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Le pape François a publié sa première encyclique, « Lumen Fidei »

Sous son unique signature, le pape François reprend à son compte et déploie la pensée théologique de son prédécesseur. D’un abord classique et didactique, « Lumen Fidei » se présente comme une récapitulation de l’essentiel de la foi catholique.

Avec ses 83 pages petit format et ses 60 paragraphes, « Lumen Fidei », premièreencyclique du pape François, ne se lit pas précisément comme l’une de ses savoureuses homélies matinales à Sainte-Marthe, mais plutôt comme une synthèse accessible et didactique de l’essentiel du dépôt de la foi des catholiques. Une sorte de mini-catéchisme.

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Dès les premières pages, le pape François, unique signataire de ce texte dû en grande partie à son prédécesseur Benoît XVI, en assume l’entière paternité, tout en indiquant, sans insister outre mesure sur ce travail à quatre mains : « J’assume son précieux travail, ajoutant quelques contributions ultérieures. » Cette symbiose pontificale est palpable tout au long de la lecture. On peut y voir soit une marqueterie dont chaque pièce, tout en conservant sa singularité, s’emboîte parfaitement avec ses voisines, dessinant ainsi une œuvre cohérente. Soit plutôt une tapisserie de haute-lice dont les trames s’entrecroisent harmonieusement.

Sur le fond, l’objectif du pape François est clair : assurer sans délai la continuité magistérielle de l’Église, en dépit des quintes de toux que certains de ses mots et ses gestes ont pu susciter ici ou là. De forme classique, « Lumen Fidei » s’articule en quatre parties, chacune titrée d’un verset biblique.

« LA FOI NAÎT DE LA RENCONTRE AVEC LE DIEU VIVANT, QUI REND LA VIE GRANDE ET PLEINE »

Mais, avant de déployer son architecture, le pape François propose un narthex en forme d’exposé des motifs : « Récupérer le caractère particulier de la lumière de la foi, qui éclaire toute l’existence de l’homme. » La plume du pape précise : « La foi naît de la rencontre avec le Dieu vivant, qui rend la vie grande et pleine. » Cette lumière est d’emblée qualifiée diversement : « lumière pour la route qui procède du passé », mais aussi « qui vient de l’avenir » ; ou se démarquant de la « raison autonome qui ne réussit pas à éclairer assez l’avenir ». À noter l’affirmation, désormais magistérielle, du concile Vatican II comme « concile sur la foi » : ce point avait été au cœur des débats avec les traditionalistes.

Le premier chapitre intitulé « Nous avons cru en l’amour » (Jn 4, 16) retrace l’histoire de la foi depuis Abraham, le peuple d’Israël, Moïse, jusqu’à « la plénitude de la foi chrétienne » et enfin « la forme ecclésiale de la foi ». On y retrouve l’expression de l’identité même du croyant : « La foi est la réponse à une Parole qui interpelle personnellement, à un Toi qui nous appelle par notre nom. » Ou encore : « La foi est liée à l’écoute d’un appel, d’une promesse » proposée par un « Dieu capable d’entrer en contact avec l’homme et d’établir une alliance avec lui. ».

« LA FOI N’EST PAS UN FAIT PRIVÉ, UNE OPINION SUBJECTIVE, MAIS ELLE NAÎT D’UNE ÉCOUTE ET ELLE EST DESTINÉE À ÊTRE PRONONCÉE ET À DEVENIR ANNONCE »

Au passage, les idoles sont épinglées, des temps bibliques à aujourd’hui, « prétextes pour se placer soi-même au centre de la réalité », l’idolâtrie étant définie comme un « labyrinthe polythéiste ». Ce chapitre comprend plusieurs formulations simples de la foi, qui « regarde du point de vue deJésus », celui-ci se présentant comme « celui qui nous explique Dieu ». Ou encore, allusion directe aux grands débats contemporains : « La foi n’est pas un fait privé, une conception individualiste, une opinion subjective, mais elle naît d’une écoute et elle est destinée à être prononcée et à devenir annonce. »

La seconde partie, où l’on pressent la plume et les thèmes chers à Joseph Ratzinger, articule la relation entre foi, vérité et raison. Intitulées « Si vous ne croyez pas, vous ne comprendrez pas » (Is 7, 9) ces pages récusent une foi qui s’en tiendrait à être « un beau conte, la projection de nos désirs de bonheur, un beau sentiment qui console et réchauffe. » Le (les ?) auteurs travaillent le lien entre « amour et vérité », ou encore fouillent « la foi comme écoute et vision » : « Il n’y a aucune expérience humaine, aucun itinéraire de l’homme vers Dieu, qui ne puisse être accueilli, éclairé et purifié par cette lumière » de la foi. Pour conclure sur la théologie, où l’on entend Ratzinger répéter, comme il le fit souvent : « La théologie n’est pas seulement une parole sur Dieu mais avant tout l’accueil et la recherche d’une intelligence plus profonde de la Parole que Dieu nous adresse. »

LA FOI « N’ÉLOIGNE PAS DU MONDE »

La troisième partie (« Je vous transmets ce que j’ai reçu » (1 Co 15, 3)) situe l’Église en tant que « mère de notre foi ». Elle reprend le rôle essentiel des sacrements (« Par eux, une mémoire incarnée est communiquée, liée aux lieux et aux temps de la vie et qui prend en compte tous les sens »), notamment le baptême et l’Eucharistie. Elle insiste sur les piliers de la prière que sont le Credo et le Notre Père, et sur le « don de la succession apostolique », qui « assure la continuité de la mémoire de l’Église » et « permet d’atteindre avec certitude la source pure d’où surgit la foi ».

Enfin, la partie conclusive, où l’on peut discerner des formulations chères au pape François, éclaire la relation entre la foi et le bien commun. Sous le titre « Dieu prépare pour eux une Cité » (He 11, 16), la plume pontificale rappelle que la foi « n’éloigne pas du monde », est une « lumière pour la vie en société », aide à discerner en faveur de « la justice, du droit et de la paix » voire de « formes justes de gouvernement », évoquant « la grandeur de la vie en commun que Dieu rend possible ». L’importance de la transmission familiale est soulignée, de même que « la dignité unique de chaque personne », le souci de « revenir à la vraie racine de la fraternité », et de considérer la « création comme un don dont nous sommes tous débiteurs. »

Cette première encyclique se termine sur une prière à Marie, que l’on imagine volontiers composée pour l’occasion à quatre mains.

FRÉDÉRIC MOUNIER, à Rome

Source : Journal La Croix