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La vie chrétienne sous le signe de la Croix

La croix de Jésus a une signification très concrète pour la vie chrétienne. Suivre Jésus n’est possible qu’en portant sa croix. Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il renonce à lui- même et prenne sa croix, et qu’il me suive (Mc 8,34). Par le baptême, tout chrétien est plongé dans la mort du Christ 323 pour participer à sa vie (cf. Rm 6,3-8). Chaque fois que nous célébrons l’eucharistie, la croix est présente (cf. l Co 11,26). 141-145 Toute la vie du chrétien se déroule sous le signe de la croix.

Sans cesse nous portons dans notre corps l’agonie de Jésus, afin que la vie de Jésus soit elle aussi manifestée dans notre corps. Toujours, en effet, nous les vivants, nous sommes livrés à la mort à cause de Jésus, afin que la vie de Jésus soit elle aussi manifestée dans notre existence mortelle (2 Co 4,10-11).

Vivre sous le signe de la croix peut signifier bien des choses: persécution, calomnies, pauvreté, obéissance, service des autres, ascèse du corps et de l’esprit, abandon et angoisse, solitude, maladie, souffrance, et finalement la mort sous ses multiples formes. Grâce à la croix, la question la plus obscure dans la vie de l’homme, la question du sens de la souffrance et de la puissance de la mort, reçoit, elle aussi, une réponse. C’est par le Christ et dans le Christ que s’éclaire l’énigme de la douleur et de la mort qui, hors de son Evangile, nous écrase (GS 22). Ce n’est pas une réponse qui dissipe toute obscurité sous un éclairage rationnel; elle ne nous procure pas une sérénité totale, ni un remède miracle à tous les maux. La croix ne doit pas non plus être utilisée abusivement pour consoler les autres sans rien faire pour les soulager. Que Dieu lui-même ait souffert sur la croix oblige le chrétien à porter, lui aussi, le fardeau des autres et à s’engager activement, partout où cela est humainement possible et où la souffrance peut être évitée ou limitée. Pourtant, même quand nous avons fait tout ce qui est en notre pouvoir, il reste encore des souffrances auxquelles, en dépit de toute notre bonne volonté, nous ne pouvons rien changer. Dans cette situation, la croix peut rendre courage à l’homme dans l’obscurité de la souffrance et de la mort: en regardant Jésus crucifié, il peut espérer contre toute espérance (Rm 4,18). Car rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ, notre Seigneur (Rm 8,39).

Bien qu’il sache que, malgré les apparences, la croix est une victoire, le chrétien ne doit pas verser dans le triomphalisme, ni oublier le scandale permanent de la croix. La tête pleine de sang, de larmes et de crachats du Crucifié (Paul Claudel, Le chemin de la croix) parle davantage à la sensibilité contemporaine que la croix comme signe de victoire. Le Crucifié atteste l’amour de Dieu pour ceux qui sont humiliés, injuriés, opprimés, affamés, proscrits, torturés, envahis par l’angoisse et prêts à désespérer du sens de leur vie. Les béatitudes du sermon sur la montagne à l’adresse des pauvres, des affligés, des pacifiques, de ceux qui ont faim et soif de la justice (cf. Mt 5,3-6; Lc 6,20-22), reçoivent avec la croix de Jésus-Christ leur confirmation définitive. En la personne de ceux qui sont affamés, exilés, sans abri, nus, malades, prisonniers, le Crucifié reste constamment présent (cf. Mt 25,35- 36.40). Cette conviction de foi devrait nous rendre sensibles, nous chrétiens, à l’indifférence croissante dont notre société fait preuve à l’égard de la souffrance, en s’efforçant de la cacher et en refusant d’en parler; la croix devrait nous rendre la capacité de souffrir dignement et de compatir à la souffrance des autres. Ainsi la croix n’est-elle pas seulement un symbole résumant l’Evangile tout entier; elle est aussi le critère d’une vie véritablement chrétienne.