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La « Bible manuscrite », dans les coulisses d’une grande aventure collective

Dans le sillage du premier confinement de 2020, l’Alliance biblique française a proposé à ceux qui le souhaitaient de recopier, à la main, psaumes et chapitres du Nouveau Testament. Fort de plus de 400 contributions, l’ouvrage original, présenté mercredi 12 janvier au Collège des Bernardins (Paris), aura ensuite vocation à circuler largement en France, pour promouvoir la lecture de la Bible.

C’était début juin 2020. Chaque matin pendant six jours, le pasteur évangélique Jean-Luc Rolland s’est adonné à un rituel bien précis : se retirer dans une chambre à l’étage de sa maison savoyarde, faire silence, prier en s’agenouillant, mettre de l’ordre sur son bureau avant de saisir un stylo et de recopier minutieusement quelques versets du chapitre 27 de l’Évangile selon saint Matthieu, en cherchant à saisir le poids et le sens profond de chaque mot du douloureux récit de la Passion du Christ.

« J’ai vécu ces moments comme une retraite spirituelle, une expérience contemplative. Je faisais de longues pauses. Autour de moi, je sentais une présence de vie, curieuse à définir mais très réconfortante. Comme si les Écritures devenaient une amie, témoigne aujourd’hui le professeur d’histoire contemporaine et de théologie pratique au Campus adventiste du Salève (Haute-Savoie). J’ai eu une relation plus corporelle avec le récit de la Passion. J’avais le sentiment de lire la Bible en étant un témoin ».

Engouement

Comme Jean-Luc Rolland, ils sont des centaines à s’être improvisés, quelques heures ou quelques semaines, copistes de la Bible. Ils répondaient à un appel inédit, lancé à la fin du premier confinement par l’Alliance biblique française (ABF), une association interconfessionnelle spécialisée dans la traduction des Écritures. L’original de leurs travaux – 1 500 pages, en trois volumes – est présenté mercredi 12 janvier au Collège des Bernardins, à Paris.

Pilote du projet avec le professeur Thierry Legrand, doyen de la faculté de théologie protestante de l’Université de Strasbourg (Bas-Rhin), la théologienne baptiste Valérie Duval-Poujol n’en revient toujours pas de l’engouement rencontré. « En quatre jours, nous avons trouvé les 445 copistes pour les psaumes et les chapitres du Nouveau Testament, retrace-t-elle. Sans compter une liste d’attente de près de 80 noms et des non-inscrits qui ont envoyé spontanément une contribution… »

Olivier Giroud et Gérard Larcher

Des jolies enluminures aux écritures en « pattes de mouche », des lignes colorées aux ébauches crayonnées, des ornements enflammés au recopiage minimaliste, les pages de ce travail de Sisyphe se succèdent sans jamais se ressembler. Le résultat donne à voir une œuvre éclectique, reflétant la diversité des participants : chrétiens en majorité protestants, puis catholiques, croyants d’autres confessions, athées, enfants comme retraités, de tous horizons, détenus, personnes handicapées…

Des personnalités ont aussi répondu à l’appel, comme le pasteur et prix Nobel de la paix Denis Mukwege ou le footballeur Olivier Giroud. La copie du Psaume 126 a été confiée au président du Sénat, Gérard Larcher. Une expérience qui l’a marqué : « J’y ai pris du bonheur. Je l’ai fait dans une période où les gens étaient en interrogation, en peur. Ce psaume, je l’ai écrit comme un psaume d’espérance. Ce texte nous vient du fond des âges, mais il est vivant. »

« Ce n’est pas qu’un livre ! »

À l’ouverture des courriers, les responsables ont encore été surpris de découvrir des témoignages joints spontanément par les participants. « Après avoir vécu l’expérience de l’isolement en confinement, beaucoup ont dit s’être sentis reliés par les textes bibliques, reliés au passé ainsi qu’à une communauté », souligne Valérie Duval-Poujol. « Ce projet a montré combien l’on peut avoir des approches historiques, culturelles ou spirituelles différentes de la Bible. Ce n’est pas qu’un livre ! », confirme Jonathan Boulet, directeur général de l’ABF.

À la réception des copies, les passages ont fait l’objet d’une méticuleuse relecture : y a-t-il une coquille ? Un titre, un verset manquant ? Ces oublis ont obligé certains copistes à revoir… leur copie. « Un tiers des participants a dû retravailler une page…, s’amuse Valérie Duval-Poujol. Les plus petites coquilles ont été laissées lorsqu’elles ne gênaient pas la lecture. »

Une bible itinérante

Relu, puis relié. Les pages ont ensuite été assemblées dans un atelier d’Uzès (Gard). « Cela nous a fait découvrir des métiers anciens, comme la marbreuse pour la couverture de la Bible », poursuit-elle. À l’issue de sa présentation aux Bernardins, l’ouvrage original aura vocation à passer d’église en église, avec l’ambition d’utiliser cette bible pour faire redécouvrir sa lecture (lire ci-dessous). « Car dans les pas des moines copistes, assure la théologienne, nous souhaitons vraiment l’inscrire dans le temps. »