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Jésus Christ, notre Seigneur

Dans l’humanité de Jésus apparaît aussi quelque chose qui transcende l’homme. Cela s’exprime avant tout, comme nous l’avons déjà indiqué, dans le fait que Jésus a une relation tout à fait unique et particulière avec Dieu son Père. C’est en raison de cette relation qu’il peut prétendre, avec une autorité souveraine et inconnue par ailleurs, parler au nom de Dieu et agir à sa place. Quand il appelle les disciples à le suivre, il attend d’eux une fidélité sans condition. Par la résurrection et l’ascension de Jésus, Dieu a reconnu cette prétention et l’a établi comme Seigneur (Kyrios en grec).

La profession de foi Jésus-Christ est Seigneur (Ph 2,11; cf. l Co 12,3) appartient au fonds le plus ancien de la tradition biblique et constitue le noyau de la profession de foi chrétienne. Comme le montre l’hymne au Christ dans l’épître aux Philippiens, cette profession de foi était déjà en usage dans les communautés chrétiennes lorsque Paul s’est converti. Il y fait également allusion dans l’épître aux Romains:

Si, de ta bouche, tu confesses que Jésus est Seigneur et si, dans ton cour, tu crois que Dieu l’a ressuscité des morts, tu seras sauvé (Rm 10,9).

Il s’agit probablement là d’une formule liturgique. Dans la plus ancienne liturgie palestinienne, les croyants rassemblés pour l’eucharistie criaient: Marana tha (l Co 16,22; cf. Ap 22,20; Did 10,6). Cette invocation peut se traduire: Notre Seigneur est venu; ou bien: Notre Seigneur, viens!, et tel est sans doute le sens primitif. Aujourd’hui encore, la liturgie confesse implicitement à maintes reprises que Jésus-Christ est Seigneur. Que l’on songe par exemple à l’invocation Kyrie eleison, Seigneur, prends pitié. Toutes les prières liturgiques se terminent sur la formule par le Christ, notre Seigneur…. Le Nouveau Testament appelle l’eucharistie le repas du Seigneur (cf. l Co 11,20) et le jour où nous nous rassemblons pour ce repas le jour du Seigneur (cf. Ap 1,10).

Avec l’affirmation: Je crois en un seul Seigneur, Jésus-Christ, nous nous trouvons donc en même temps à l’origine et au cour de notre foi chrétienne. La question qui se pose alors est de savoir ce que signifie cette profession de foi. Comment pouvons-nous la comprendre aujourd’hui?

Quand nous nous adressons aujourd’hui à quelqu’un en l’appelant Monsieur (contraction moderne de Mon Seigneur), nous n’attachons à ce terme aucun sens particulier. C’est une formule de politesse, qui convient à tout homme adulte, voire à un adolescent, et qui ne contient donc rien de spécial ni de distinctif. Il en allait autrement dans l’Antiquité! Les seigneurs étaient des hommes libres, nobles ou personnages de haut rang, des gens influents qui se différenciaient des esclaves et des serviteurs, ainsi que du commun des hommes. Notre sens démocratique répugne à une telle conception des choses. Même si, dans la vie sociale, il y a encore aujourd’hui une hiérarchie de fait, tous les citoyens sont considérés comme égaux devant la loi. Là où, comme dans le socialisme, on veut abolir toutes les inégalités sociales, on remplace Monsieur par camarade. Le christianisme, quant à lui, préfère parler de la fraternité de tous les hommes. Ces quelques remarques montrent que la profession de foi en Jésus- Christ, le Seigneur, n’est pas une parole en l’air. Elle énonce une prétention face à laquelle nous devons nous déterminer. Il y va du sens et de l’orientation de toute notre vie.

Dans l’Ancien Testament, Seigneur est un titre honorifique réservé à Dieu. Dans le Nouveau Testament, le titre de Seigneur traduit le nom biblique de Dieu, Yahvé. Si l’Eglise ancienne le revendique pour Jésus-Christ, elle affirme par là qu’en Jésus-Christ, la seigneurie de Dieu apparaît, qu’en lui, Dieu en personne se manifeste, et, pour tout dire, que Jésus est lui-même de nature divine. La profession de foi en Jésus-Christ, le Seigneur, signifie donc qu’il est l’accomplissement de l’espérance de l’Ancien Testament. Bien plus, en sa personne, le fondement et le but de toute réalité est devenu visible et tangible dans l’espace et le temps. De ce fait, le temps qui ne cesse pas de s’écouler, sans trêve ni repos, a atteint sa plénitude; désormais nous est apparu ce vers quoi l’homme et, avec lui, le monde sont au plus profond d’eux-mêmes orientés: Dieu lui-même et la communion avec lui.

Par conséquent, celui qui veut savoir qui est Dieu et qui est l’homme, doit regarder Jésus-Christ et le prendre pour guide. Il doit le reconnaître comme son Seigneur; il doit le suivre pour obtenir ainsi la vie et le salut. Dans l’Antiquité, Seigneur était aussi un titre honorifique réservé à l’empereur romain en tant que maître du monde. Cela signifiait que l’empereur était de nature divine, qu’il régnait sur les hommes et les peuples pour garantir la vie, l’ordre et la paix.

Quand le christianisme primitif revendique ce titre pour Jésus-Christ, il dit que ce n’est pas l’empereur, mais Jésus-Christ qui garantit la vie, l’ordre et la paix. C’est lui, le véritable maître du monde. A cause de cette profession de foi, les premiers chrétiens sont entrés en conflit avec l’Etat romain et avec le culte impérial de l’époque. Les persécutions des premiers siècles, qui ont fait de nombreux martyrs, font clairement apparaître l’enjeu de la profession de foi en Jésus notre Seigneur. Pour nous aussi, aujourd’hui, cette profession de foi a une portée critique et libératrice en face de tous ceux qui se posent en sauveurs et bienfaiteurs de l’humanité et revendiquent à ce titre puissance et considération. La profession de foi en un seul Seigneur est donc le fondement de la liberté chrétienne à l’égard des nombreux seigneurs qui exercent un pouvoir en ce monde. Elle n’énonce donc pas seulement une prétention, mais plus encore une promesse, un message de salut.