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Fils de Dieu dans la chair

En professant notre foi en Jésus-Christ et en prononçant son nom, nous disons qu’en lui a commencé l’époque messianique, l’accomplissement de l’histoire promis par Dieu. L’apôtre Paul s’en explique ainsi:

Quand est venu l’accomplissement du temps. Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme et assujetti à la loi, pour payer la libération de ceux qui sont assujettis à la loi, et pour qu’il nous soit donné d’être fils adoptifs (Ga 4,4-5).

En Jésus-Christ, d’une manière tout à fait unique et surpassant toute attente, ce à quoi l’humanité aspirait depuis toujours et ce qu’espère chaque individu, consciemment ou inconsciemment, est devenu réalité. Le cour de l’homme est si largement ouvert que Dieu seul est assez grand pour le remplir. C’est ce qui est arrivé une fois pour toutes par l’incarnation du Fils de Dieu en Jésus-Christ. En lui est apparue toute la plénitude de Dieu (cf. Col 1,19), pour parfaire et unifier toutes choses (cf. Ep 1,10). Le Nouveau Testament recourt à toutes sortes d’images et de concepts pour annoncer Jésus-Christ comme la plénitude des temps. En lui, la vie et la lumière, qui brillait depuis toujours dans le monde, ont resplendi de tout leur éclat (cf. Jn 1,4.9).

En lui sont apparus la sagesse multiforme et le mystère éternel de Dieu (cf. Ep 3,9-10), si bien qu’en lui sont cachés tous les trésors de la sagesse et de la connaissance (Col 2,3). En lui, quand le temps fut accompli, Dieu a rassemblé et réuni tout ce qui est au ciel et sur la terre (cf. Ep 1,10). Le Nouveau Testament va encore plus loin: Tout est créé en lui et pour lui (cf. l Co 8,6; He 1,2; Jn 1,3). Il est le Premier et le Dernier (cf. Ap 1,17; 22,13).

Il est l’image du Dieu invisible, Premier-né de toute créature, car en lui tout a été créé, dans les cieux et sur la terre, les êtres visibles comme les invisibles, Trônes et Souverainetés, Autorités et Pouvoirs. Tout est créé par lui et pour lui, et il est, lui, par devant tout; tout est maintenu en lui (Col 1,15-17).

Les anciens Pères de l’Eglise n’ont pas cessé de répéter qu’en toute réalité, dans la nature comme dans la culture, dans les religions de l’humanité comme dans les philosophies, il se trouve des traces, des germes, des parcelles du Logos (raison, esprit, sagesse) qui s’est manifesté dans toute sa plénitude en Jésus-Christ. C’est pourquoi Jésus-Christ est la tête (le chef) et la synthèse de toute la réalité (lrénée de Lyon). Le deuxième concile du Vatican salue en Jésus-Christ la clé, le centre et la fin de toute histoire humaine (GS 10). Le concile dit ailleurs: Le Seigneur est le terme de l’histoire humaine, le point vers lequel convergent les désirs de l’histoire et de la civilisation, le centre du genre humain, la joie de tous les cours et la plénitude de leurs aspirations (GS 45). En lui s’éclaire vraiment le mystère de l’homme . (GS 22).

Ce ne sont pas là des spéculations abstraites et encore moins des phrases vides de sens. De telles affirmations ne sont pas sans conséquences pratiques. Paul les résume ainsi: « Tout est à vous, mais vous êtes au Christ, et le Christ est à Dieu » (1 Co 3, 22-23).

Parce que tout ce qui existe reçoit de Jésus-Christ son existence tout ce qui existe appartient au chrétien. Rien n’est pour lui tabou; il peut se servir et jouir de toutes les réalités créées. Parce qu’il ne connaît qu’un seul Maître, il est libre à l’égard de tous les autres (cf. l Co 8,6). Cette liberté chrétienne, il doit en user en calquant son attitude sur celle de Jésus-Christ, qui ne vit que pour Dieu, son Père, en attendant tout de lui, et qui ne veut rien pour lui-même, mais tout pour les autres. Jésus-Christ devient ainsi pour le chrétien la clé de la compréhension du monde et de l’action dans le monde. En Jésus-Christ, le chrétien peut et doit être tout à fait ouvert au monde, non pour s’y conformer (cf. Rm 12,2), mais pour orienter toutes choses vers Jésus-Christ et faire en sorte qu’elles soient pénétrées de son Esprit.

En agissant ainsi, il ne fait violence à rien ni à personne. Au contraire, en Jésus-Christ apparaît pour la première fois le sens profond de toute réalité. Sans Jésus-Christ, on ne peut comprendre pleinement ni l’homme ni le monde. C’est dans la relation de toute réalité à Jésus-Christ que le travail humain reçoit, lui aussi, son sens ultime. Il n’est pas seulement participation à l’ouvre du Créateur; il contribue aussi à l’édification du Règne de Dieu (cf. GS 39).

Pour réaliser le salut universel du monde et mener toutes choses à leur achèvement en Jésus-Christ, Dieu a besoin d’hommes qui se consacrent tout entiers à cette mission. Marie, la mère du Seigneur, nous montre bien à quel point le recours à ces intermédiaires humains fait partie intégrante de l’incarnation du Fils de Dieu.