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Entrevue avec Mgr Denis Jachiet : « La question de l’accueil de l’immigré n’est pas facultative dans la parole de Dieu »

Mgr Denis Jachiet est évêque auxiliaire de Paris et membre de la Commission épiscopale pour la mission universelle de l’Église.   Si Mgr Jachiet rappelle que la question de l’accueil n’est pas facultative dans la parole de Dieu, il invite l’Église à adapter son discours en fonction des différentes sensibilités des fidèles.


La Croix : Quelles principales conclusions tirez-vous de cette étude ?

Mgr Denis Jachiet : Avec tous les organismes engagés dans ce travail commun, il nous semblait très important d’avoir une vision globale et affinée des différences de positionnements des fidèles sur la question des migrants. Les cinq catégories de catholiques distinguées dans l’étude nous montrent que, contrairement à ce que beaucoup imaginent, les opinions ne sont pas figées, mais ambivalentes partout. Il n’y a pas de blocs fermés, mais des panels de nuances et d’interrogations : il faut donc dépasser les débats frontaux.

Je reconnais qu’il y a chez chacun de ces segments de population des peurs, des inquiétudes, parfois fondées au vu de la complexité du problème migratoire. Personne ne peut prétendre avoir là-dessus une solution pleinement satisfaisante. Mais cette étude nous aide à éviter de « diaboliser » les personnes en fonction de leurs convictions politiques.

Certains signaux de l’étude sont très positifs : le fait, par exemple, que parmi ceux qui sont considérés comme les plus réfractaires – les « nationalistes » –, 23 % d’entre eux aient fait un don matériel pour les migrants l’an dernier. Ou encore que le message, très exigeant, du pape François sur les réfugiés remporte 61 % d’adhésion dans les rangs catholiques : cela montre que ces derniers sont prêts à entendre la portée spirituelle de cet accueil.

Quel message voudriez-vous désormais adresser à l’ensemble des catholiques ?

Mgr D. J. : Je voudrais déjà leur redire que la question de l’accueil de l’immigré n’est pas facultative dans la parole de Dieu : ce commandement est répété plus d’une trentaine de fois dans le Pentateuque, repris par Jésus lorsqu’il s’identifie lui-même à l’étranger à accueillir…

Au-delà de l’appel du pape à accueillir une famille réfugiée dans chaque paroisse, je voudrais inviter toutes les communautés de fidèles à provoquer des occasions de rencontre avec les personnes en situation de migration. Seule cette rencontre, incarnée, avec la réalité de ces migrants permettra d’amorcer ce vrai changement de regard que nous appelons.

J’ai été particulièrement frappé, dans cette étude, par l’émergence de cette catégorie de catholiques « en insécurité culturelle », qui se sentent menacés par l’islam présent en France et qui craignent que leur foi ne soit remise en cause par l’arrivée des migrants. Ceux-là, j’aimerais que nous puissions les aider à enraciner davantage dans la foi leur identité chrétienne, pour que cette dernière soit non pas exclusive mais inclusive et paisiblement missionnaire.

Dans ses préconisations finales, l’étude propose d’adapter l’argumentaire pour l’accueil en fonction des différentes sensibilités. Comment mettre concrètement cela en œuvre ?

Mgr D. J. : Cette vérité de l’accueil n’est bien sûr pas modulable ou segmentée, mais elle peut être explicitée avec des mots différents, plus parlants, en fonction du public auquel on a affaire. Je ne pense pas pour autant qu’il faille déployer des discours tout faits pour chacune de ces catégories, sans tenir compte de la complexité des situations ! Au-delà de l’argumentaire, il faut aussi bien sûr adapter les propositions concrètes avec ces personnes migrantes.

Chaque responsable de communauté, chaque pasteur comme chaque laïc en responsabilité doit se poser la question de la sensibilité de ses interlocuteurs. Après avoir amorcé ce petit questionnement sociologique, il doit trouver, en priant pour eux, la « bonne » porte d’entrée pour favoriser cette rencontre avec les migrants. Organisation d’une sortie pour aller voir un match de foot, création d’une chorale, soirée autour d’un dîner, mobilisation des paroissiens en faveur de l’action éducative des mineurs… Il y a un panel d’actions immenses à entreprendre !

Recueilli par Malo Tresca. Journal La Croix