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En Espagne, les mariages religieux sont en baisse

En Espagne, les unions civiles dépassent désormais largement les mariages à l’église.

Au premier semestre 2016, ces derniers ne constituaient plus que 22 %, au terme d’une chute rapide et continue.

Eva, 43 ans, s’est mariée civilement avec Francisco il y a cinq ans, juste après la naissance de leur troisième enfant. « Pour des raisons fiscales, c’était plus intéressant. Pour nous, il s’agissait d’un simple processus administratif. » Eva a pourtant été élevée dans un milieu catholique. La messe chaque dimanche, une éducation dans l’enseignement catholique, la communion puis la confirmation. Mais à l’adolescence, elle s’éloigne peu à peu du catholicisme.

En Espagne, Eva fait partie de la « majorité ». Les mariages civils dépassent en effet désormais largement les unions catholiques, en baisse depuis plusieurs années. Les mariages religieux ont connu un fléchissement historique au premier semestre 2016, ne représentant plus que 22 % des mariages. Alfonso Perez-Agote Poveda, professeur émérite de sociologie à l’Université de Madrid de la Complutense, voit l’effet d’une sécularisation plus rapide qu’au Portugal ou en Italie. « Le processus a commencé dans les années soixante pour s’accélérer dans les années 2000 », assure l’auteur de « Changement religieux en Espagne : les avatars de la sécularisation ».

Dans trois des régions les plus riches d’Espagne (Madrid, Pays basque et Catalogne), deux tiers des jeunes de 15 à 24 ans se déclarent par exemple athées, indifférents ou agnostiques. « Nous sommes passés d’un pays religieux à un pays de culture catholique », estime Alfonso Perez-Agote Poveda. Professeur à l’université de Business et de marketing ESIC, spécialiste de la jeunesse, Juan María Gonzalez Anleo ajoute que la jeune génération « n’éprouve pas de la haine ou du ressentiment vis-à-vis de l’Église mais de l’indifférence ».

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« L’Église d’aujourd’hui ne me paraît plus adaptée aux temps actuels »

Eva ne se sentait par forcément « étouffée » par la religion dans son enfance. « Je me suis juste éloignée, je ne crois plus », résume-t-elle simplement. Tout comme José, 46 ans, marié civilement à Bea et papa d’un garçon de trois ans. « Si j’avais décidé tout seul, je ne me serai pas marié du tout, sauf peut-être à la naissance de notre enfant », lâche-t-il. Lui aussi a été élevé dans le catholicisme. À l’époque, il n’avait pas d’autre choix que de suivre un enseignement religieux obligatoire jusqu’à ses 18 ans (désormais facultatif depuis 2006, NDLR). « Finalement, je n’ai pas reçu la confirmation », se souvient-il.

Bea, elle, est issue d’une famille de Burgos, profondément catholique. Elle s’est mariée une première fois puis a divorcé. D’où sa seconde union civile avec José. « Aujourd’hui, si c’était à refaire, je ne me marierais plus religieusement. J’ai des doutes, l’Église d’aujourd’hui ne me paraît plus adaptée aux temps actuels », juge-t-elle. Son mari José cite pêle-mêle la position de l’Église sur les préservatifs ou le divorce.

« Il demeure un substrat culturel catholique important,les choses peuvent changer »

Paradoxalement, leur fils a été baptisé à l’église de leur quartier, San Isidoro et San Pedro Claver. Dans cette paroisse de Madrid, la moitié des enfants baptisés sont pourtant nés hors mariage religieux. « Les parents se sentent chrétiens alors ils viennent faire baptiser leurs enfants », fait remarquer le curé de la paroisse, le P. Guillermo Cruz, 45 ans, pour qui « ce serait l’occasion justement d’une nouvelle évangélisation ». Mais il ne cache pas la perte d’influence de l’Église. « Il y a une quarantaine d’années, les confirmations étaient habituelles. Depuis la fin des années 1990, elles constituent une exception ».

Le P. José Ramon Busto Saiz, curé depuis 2011 à l’église San Francisco de Borja, non loin de Saragosse, professeur de sociologie et ancien recteur de l’université jésuite Comillas de Madrid, a constaté aussi la baisse des mariages dans sa paroisse. « Je pense que la transmission de la foi n’a pas fonctionné en Espagne. Le catéchisme s’enseigne mal à l’école. Le diplôme de théologie n’est pas exigé pour les professeurs qui enseignent cette matière », assure-t-il. Mais il se montre pourtant optimiste : « Il demeure, en Espagne, un substrat culturel catholique important encore et les choses peuvent changer ».

Valérie Demon. Urbi & Orbi. Journal La Croix