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Élisabeth de la Trinité : la sainte de l’intériorité

EXCLUSIF MAG – Sainte Élisabeth de la Trinité (1880-1906). Canonisée ce 16 octobre, elle invite l’Église à redécouvrir la présence de Dieu vivant dans les âmes. Un deuxième Français aussi a été proclamé saint, aux côtés de cinq autres bienheureux.

«Laudem Gloriae. » Gravés sur un reliquaire discret, ces deux mots résument à eux seuls la vie de sainte Élisabeth de la Trinité. Canonisée par le pape François le 16 octobre à Rome, la jeune Élisabeth Catez aura été tout au long de sa courte vie une « louange de gloire » au Père. Retournée à Lui, elle l’est désormais pour l’éternité. L’église Saint-Michel à Dijon, qui abrite la plupart de ses reliques, peut se vanter de détenir l’une des plus belles façades Renaissance de France. Mais aussi, et surtout, d’être le lieu où Élisabeth fait ses premiers pas dans la foi. C’est là qu’elle se rend chaque dimanche à la messe, reçoit le catéchisme et fait sa première communion.

« Depuis ce colloque mystérieux / Cet entretien divin, délicieux / Je n’aspirais qu’à donner ma vie, /  Qu’à rendre un peu de son grand amour au Bien-Aimé de l’eucharistie », écrit-elle sept ans plus tard, pour l’anniversaire de ce jour qui la marque profondément. C’est aussi dans cette église qu’en 1894, durant son action de grâce après la communion, elle se sent « irrésistiblement poussée à choisir Jésus pour unique époux ». « Et sans délai, je me liai à Lui par le vœu de virginité. » Élisabeth a alors 14 ans, et son plus grand désir est d’entrer au carmel, situé à quelques mètres seulement de la maison familiale. Il lui faudra cependant attendre la majorité pour y être autorisée par sa mère. Sept longues années durant lesquelles elle mène une vie ordinaire, « dans la plus intime union, la plus douce familiarité » avec « son Amour ». Sans se lamenter, elle développe alors une « spiritualité de laïque », que le Père Patrick-Marie Févotte, l’un de ses biographes, qualifie volontiers de « révolutionnaire » : « Élisabeth a conscience que la sainteté est l’affaire de tous les baptisés, elle n’a de cesse d’encourager à faire de notre vie un Ciel anticipé, quel que soit notre état de vie. »

Une grande sainte méconnue

Dans le monde comme dès l’âge de 21 ans derrière les grilles du carmel, Élisabeth a l’obsession de l’union avec Dieu, qu’elle découvre très tôt comme réellement vivant en elle. «  »Dieu en moi, moi en Lui », que ce soit notre devise, écrit-elle à son amie Marguerite Gollot. Ah ! Que c’est bon cette présence de Dieu au-dedans de nous, dans ce sanctuaire intime de nos âmes. » La jeune fille prend à la lettre les mots de saint Paul et de saint Jean, qu’elle affectionne particulièrement : « Votre corps est le temple de l’Esprit » (1 Co 6, 19), « Demeurez-en moi et je demeurerai en vous. » (Jn 15, 4). Pour Didier Bouckaert, membre de la Communauté de l’Emmanuel et paroissien de l’église Saint-Michel de Dijon, Élisabeth est en ce sens « la sainte de l’intériorité. Son message est un contrepoids total par rapport à l’avidité du monde, à la fois trépidant et vide de sens. Dans une société qui frise le burn-out total, le chemin qu’elle propose peut être salvateur », assure-t-il.

Pourtant, dans le diocèse de Dijon, on déplore parfois que cette grande sainte soit méconnue, en particulier en France. « J’espère que sa canonisation permettra d’amplifier son rayonnement », confie le Père Févotte. Pour y remédier, Didier Bouckaert et son groupe de prière ont organisé, la veille de la canonisation, un temps d’évangélisation de rue pour parler d’elle aux Dijonnais qui, souvent, ne la connaissent pas.

Le reste du temps, à Saint-Michel, il suffit de pousser la porte de l’église pour tomber face à face avec le visage d’Élisabeth enfant, adolescente jouant du piano, jeune religieuse radieuse, puis atteinte par la maladie, le visage tuméfié par les traitements. Sur chaque colonne menant au reliquaire, des bannières conduisent le visiteur, frappées de ses plus belles citations. En plus gros, des mots choisis d’Élisabeth semblent s’adresser directement au visiteur, comme un conseil simple, direct et atteignable. Son œuvre en est truffée. Dans ses nombreuses lettres, Élisabeth fait en effet preuve d’une remarquable attention au concret de la vie de ceux qui sont restés « dans le monde » : « Vendredi en chemin de fer, ne manque pas de faire oraison, c’est tout à fait propice », «  J’espère que tu fais tes trois oraisons de cinq minutes », « Pense que tu es avec Lui, et agis comme avec un être qu’on aime ; c’est si simple, pas besoin de belles pensées, mais un épanchement du cœur ».

Déplacé en 1979 à Flavignerot, à quelques kilomètres de Dijon, le carmel bourguignon abrite lui aussi des reliques d’Élisabeth. À côté de la chapelle, la cellule qu’elle occupait à Dijon est reconstituée jusque dans les moindres détails : le plancher et la porte sont d’origine, ainsi qu’une partie du mur de la cellule. Dans une petite vitrine, sont exposés son voile de profession, son chapelet, ou encore la statue de la Vierge de Lourdes qu’elle aimait tant regarder dans les dernières heures de sa vie.

Un écran tactile en plusieurs langues permet également au visiteur de la découvrir en quelques clics. Un onglet propose même sa célèbre prière « Ô mon Dieu, Trinité que j’adore » en plus de cinquante langues (voir encadré ci-dessous). Il faut dire que la sainte dijonnaise est bien connue au-delà de nos frontières : Brésil, Philippines, Haïti, Costa Rica ou encore Pologne, les pèlerins viennent des quatre coins du monde. Dans la chapelle, une corbeille accueille les intentions de prière, et ne désemplit pas. « Les gens disent qu’ils sentent sa présence ici, sans doute grâce au silence du lieu et à la prière de la communauté, raconte la prieure, Sœur Claire-Marie. Pour beaucoup, Élisabeth est devenue à un moment ou un autre une véritable amie. »

« Sa prière à la Sainte Trinité est inépuisable »

« Tu verras, une fois que tu l’as rencontrée, elle ne te lâche plus la main ! » Didier Bouckaert avait été prévenu, avant d’organiser un spectacle musical autour d’Élisabeth en 2013. Cela n’a pas manqué.« Ce qui me touche le plus chez elle, c’est sa prière à la Sainte Trinité. Pour moi, elle est inépuisable », confie-t-il. « On ne m’avait jamais parlé de ce mystère de cette manière-là avant », témoigne de son côté un jeune prêtre de passage au carmel de Dijon. Comme lui, « toute une génération de séminaristes et de prêtres a trouvé une source vive dans le Livre des souvenirs publié rapidement après sa mort par les carmélites, raconte le Père Févotte. Il faut dire que chez elle, la théologie n’est pas spéculative mais explicative : elle parle d’abord de ce qu’elle vit. »

« II me semble qu’au Ciel, ma mission sera d’attirer les âmes en les aidant à sortir d’elles pour adhérer à Dieu […] et de les garder en ce grand silence du dedans qui permet à Dieu de s’imprimer en elles, de les transformer en Lui-même », écrit-elle dans l’une de ses lettres. C’est ce qu’elle fait depuis qu’elle a rejoint le Père après de terribles souffrances physiques, à l’âge de 26 ans. Souffrances qu’elle vit en s’abandonnant totalement en Dieu, dans « l’attente de la grande vision », provoquant l’admiration de ses Sœurs et de son médecin athée. « Je vous laisse ma foi en la présence du Dieu tout Amour habitant nos âmes » : voilà le testament spirituel qu’elle laisse désormais à l’Église universelle.

La célèbre prière d’Élisabeth de la Trinité

Le 21 novembre 1904, fête de la Présentation de Marie, où les religieux renouvellent traditionnellement leurs vœux, Élisabeth de la Trinité écrit sa célèbre prière d’offrande à la Trinité. Aujourd’hui traduite en plus de cinquante langues, elle nourrit la foi de ses nombreux fils et filles spirituels :

« Ô mon Dieu, Trinité que j’adore, aidez-moi à m’oublier entièrement pour m’établir en vous, immobile et paisible comme si déjà mon âme était dans l’éternité. Que rien ne puisse troubler ma paix, ni me faire sortir de vous, ô mon Immuable, mais que chaque minute m’emporte plus loin dans la profondeur de votre Mystère. Pacifiez mon âme, faites-en votre ciel, votre demeure aimée et le lieu de votre repos. Que je ne vous y laisse jamais seul, mais que je sois là tout entière, tout éveillée en ma foi, tout adorante, toute livrée à votre Action créatrice.

Ô mon Christ aimé crucifié par amour, je voudrais être une épouse pour votre Cœur, je voudrais vous couvrir de gloire, je voudrais vous aimer jusqu’à en mourir ! Mais je sens mon impuissance et je vous demande de me  »revêtir de vous-même », d’identifier mon âme à tous les mouvements de votre âme, de me submerger, de m’envahir, de vous substituer à moi, afin que ma vie ne soit qu’un rayonnement de votre Vie. Venez en moi comme Adorateur, comme Réparateur et comme Sauveur.

Ô Verbe éternel, Parole de mon Dieu, je veux passer ma vie à vous écouter, je veux me faire tout enseignable, afin d’apprendre tout de vous. Puis, à travers toutes les nuits, tous les vides, toutes les impuissances, je veux vous fixer toujours et demeurer sous votre grande lumière ; ô mon Astre aimé, fascinez-moi pour que je ne puisse plus sortir de votre rayonnement.

Ô Feu consumant, Esprit d’amour,  « survenez en moi » afin qu’il se fasse en mon âme comme une incarnation du Verbe : que je Lui sois une humanité de surcroît en laquelle Il renouvelle tout son Mystère. Et vous, ô Père, penchez- vous vers votre pauvre petite créature,  « couvrez-la de votre ombre » , ne voyez en elle que le  « Bien-Aimé en lequel vous avez mis toutes vos complaisances » .

Ô mes Trois, mon Tout, ma Béatitude, Solitude infinie, Immensité où je me perds, je me livre à vous comme une proie. Ensevelissez-vous en moi pour que je m’ensevelisse en vous, en attendant d’aller contempler en votre lumière l’abîme de vos grandeurs. »

SOURCE : FAMILLE CHRÉTIENNE