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Des excuses italiennes pour le massacre de chrétiens

Le ministre de la Défense italien veut se rendre en Éthiopie pour s’excuser formellement pour le massacre perpétué en 1937 par les troupes du dictateur fasciste Benito Mussolini sur quelques deux mille chrétiens dans et autour du monastère « Debre Libanos ».

À l’occasion de la présentation d’un ouvrage intitulé « Debre Libanos 1937 : Il più grave crimine di guerra dell’Italia » (Le pire crime de guerre de l’Italie) à Rome, le ministre de la Défense italien, Lorenzo Guerini, a annoncé qu’il compte se rendre en Éthiopie « afin que l’Italie puisse assumer ses responsabilités, face à l’histoire, avec tout ce que cela implique ». Le responsable politique s’aligne ainsi sur la position du cardinal Gualtiero Bassetti, président de la Conférence épiscopale d’Italie, qui s’est aussi excusé auprès des « frères d’Éthiopie pour le manque de respect et d’esprit fraternel de tant de catholiques des années 1930 » qui soutenaient « les objectifs nationalistes et impérialistes du régime fasciste ».

Vice-roi

Debre Libanos est un monastère éthiopien orthodoxe datant du XIIIe siècle et situé à environ 120 kilomètres d’Addis-Abeba, la capitale éthiopienne. En mai 1937, à la suite d’un attentat par des résistants et sans attendre une enquête approfondie sur cet événement, le maréchal fasciste Rodolfo Graziani, entretemps promu vice-roi de l’Afrique de l’Est par Mussolini, a voulu se venger sur les moines de Debre Libanos qu’il croyait coupables en exécutant trois cents moines et grand nombre de pèlerins. « Le monastère est fermé, définitivement », avait-il écrit par la suite au «Duce» à Rome. Des recherches scientifiques ont démontré depuis que les troupes italiennes sous le commandement du «Boucher de l’Éthiopie» ont fait à peu près deux mille victimes.

Propagande raciste

Ce massacre a été l’aboutissement d’une campagne de propagande raciste menée par le régime de Mussolini. Il y a donc un devoir de perpétuer la vérité historique, même si les Éthiopiens – conclut l’historien Paolo Borruso de l’université du Sacré Cœur de Milan – n’ont jamais exigé des excuses de l’Italie. Par ailleurs, même si « ce n’est pas l’Église, mais le régime fasciste qui a perpétré ce massacre de moines coptes et de familles entières », dit Andrea Riccardi, le fondateur de la communauté de Sant’Egidio qui a rédigé l’avant-propos, « il y a un devoir de reconnaissance de la part de l’État et des forces armées, mais l’Église aussi doit assumer la responsabilité d’une culture du mépris des chrétiens éthiopiens et d’une sanctification de la guerre ».

Benoit LANNOO

SOURCE CATHOBEL