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Débat sur la fin de vie : les évangéliques manifestent leurs inquiétudes

Le Conseil national des évangéliques de France (CNEF) a organisé, mercredi 23 mai, un forum pour présenter ses positions sur les grands sujets débattus dans le cadre des États généraux de la bioéthique.

Les questions de la légalisation de l’euthanasie et de l’accompagnement de la fin de vie y ont longuement été abordées.

Faire entendre leur voix, sans « se poser en juges des nouvelles demandes sociales suscitées par le développement des biotechnologies ». Procréation médicalement assistée (PMA), diagnostic prénatal, don d’organes, intelligence artificielle, transhumanisme… Le Conseil national des évangéliques de France (CNEF) a organisé, mercredi 23 mai à Paris, un forum pour présenter ses positions (1) sur les grands enjeux des sujets débattus dans le cadre des États généraux de la bioéthique.

Cette rencontre, animée par Thierry Le Gall, le directeur du service pastoral du CNEF auprès des parlementaires et par une dizaine d’experts – médecins, éthiciens, théologiens, juristes, etc – a balayé en deux heures les thèmes les plus clivants de la consultation populaire en ligne lancée en février 2018 par le Comité consultatif national d’éthique (CCNE). Alors que ce dernier devrait remettre lundi 4 juin son rapport de synthèse aux parlementaires, les évangéliques ont particulièrement abordé les questions de la fin de vie.

Des « erreurs de perception »

« Beaucoup de gens, aujourd’hui, sont favorables à la légalisation du suicide assisté, au nom de deux arguments certes respectables, mais qui reposent, je pense, sur des erreurs de perception : le sentiment d’une compassion alimentée par des expériences de fin de vie douloureuse, comme l’acharnement thérapeutique, et la revendication, plus philosophique, d’une sorte de libertéultime à pouvoir partir dignement », a souligné le pasteur Louis Schweitzer, ancien membre du CCNE.

« Je crains qu’un changement de la législation déclenche une sorte de devoir de mourir, lorsque la personne en fin de vie a conscience d’être une charge pour la société », a-t-il poursuivi, en soulignant notamment que « les soins palliatifs apportent déjà une réponse aux craintes de nombreuses personnes souhaitant partir parce qu’elles se sentent seules, en replaçant celles-ci dans un milieu où elles retrouvent beaucoup d’attention ».

« Chaque fois qu’une loi passe, elle est très rigoureusement encadrée, puis rapidement ses limites s’estompent », a-t-il encore déploré, en citant les exemples de certaines dérives belges ou suisses, avant de plaider pour que la loi française « continue à condamner tout acte correspondant à un meurtre ».

Des évangéliques de plus en plus engagés

Ces derniers mois, les polémiques liées au traitement des personnes âgées dans les EHPAD et à la question de la légalisation de l’euthanasie semblent avoir suscité une nouvelle prise de conscience chez les évangéliques, déjà particulièrement engagés sur les questions sociétales. « De plus en plus de gens issus des milieux évangéliques veulent se former pour pouvoir aider les personnes en fin de vie », a observé Joël Ceccaldi, cofondateur d’un service d’hématologie recevant des personnes infectées par le virus du sida.

Mais aux dires des intervenants beaucoup, parmi eux, se sont alors heurtés au refus des associations laïques approchées, craignant des tentatives d’évangélisation auprès des patients en fin de vie. Comment, dès lors, permettre à ces protestants de s’engager dans une démarche structurée ? « En mettant en avant le souci d’un service d’amour, et non d’une volonté de conversion », a renchéri Louis Schweitzer.

« Une arrivée incertaine »

Lors de ce forum, les évangéliques n’ont pas masqué leurs inquiétudes. « En s’inscrivant dans un climat social tendu, ces États généraux de la bioéthique ont mal commencé : ils ont ensuite emprunté des chemins peu clairs [questions pièges, site de la consultation en ligne peu intuitif] et s’orientent désormais vers une arrivée incertaine », a déploré Franck Meyer, président du Comité protestant évangélique pour la dignité humaine (CPDH).

Quelles que soient leurs issues législatives et s’il est peu probable « qu’elles aillent dans un sens réjouissant »a conclu Étienne Lhermenault, président du CNEF, « nous continuerons à croire, contre vents et marées, que tous les possibles ouverts par le progrès ne sont pas nécessaires, et même qu’ils peuvent nuire au bien de l’humanité ».

Malo Tresca. Journal La croix