Actualités, France

Actualités

Dans les milieux traditionalistes, « l’incompréhension » domine après le motu proprio du pape François

La décision du pape François de strictement encadrer la célébration de la messe tridentine suscite l’incompréhension chez nombre de fidèles attachés à cette forme liturgique. Pour eux, les raisons qui ont mené le pape à prendre cette décision ne sont pas conformes à la réalité de la situation française.

Quelles sont les raisons qui ont poussé le pape François à publier le motu proprio Traditionis custodes ? Publié ce vendredi 16 juillet, cet acte du pape qui vient restreindre la possibilité de célébrer la messe dite de saint Pie V interroge chez les fidèles français attachés à cette liturgie. Sans être interdite, l’utilisation des missels préconciliaires est désormais soumise à l’autorisation de l’évêque du lieu. Plus que la décision du pape, ce sont ses motivations qui soulèvent le plus de questions dans les milieux traditionalistes.

Dans une lettre d’accompagnement du motu proprio adressée aux évêques du monde entier, le pape explique y avoir été « contraint » par certains fidèles. Il estime que la célébration sous la forme tridentine depuis 2007 a été « exploitée pour élargir les fossés, renforcer les divergences et encourager les désaccords qui blessent l’Église, bloquent son chemin et l’exposent au péril de la division ». Mais tous ne s’accordent pas sur ce constat, loin de là.

Vers un retour des tensions ?

« Il y a un décalage énorme avec la réalité que j’ai pu voir, on a l’impression d’être dans un monde différent », témoigne Christophe Geoffroy, directeur de la revue La Nef, proche des milieux traditionalistes et qui vient d’ailleurs de leur consacrer un long dossier (1). Prêtre diocésain célébrant la messe tridentine « quand on le lui demande », le père Pierre Amar abonde. « Ce n’est pas du tout ce que je peux constater dans mon ministère quotidien de prêtre : j’ai vu des gens qui avaient une culture religieuse au-dessus de la moyenne, un accueil généreux de la vie, qui représentaient un grand vivier de vocations et des personnes qui aiment le pape. »

« En France, nous avons plutôt l’impression que les relations étaient apaisées et ne correspondent pas du tout à la description qu’en fait le pape », déplore de son côté l’abbé Benoit Paul-Joseph, supérieur pour l’Hexagone de la Fraternité Saint-Pierre (FSSP), dont les prêtres célèbrent dans la forme tridentine. Communauté, souligne-t-il, qui a justement été créée par des prêtres par fidélité à Rome tout en étant attachés au missel préconciliaire.

Chargé par l’épiscopat français, avec Mgr Dominique Lebrun, des relations avec les communautés dites traditionalistes, Mgr Olivier Leborgne, évêque d’Arras (Pas-de-Calais), rejoint ce constat tout en le tempérant. « Dans la très grande majorité des cas, les relations se passent bien même s’il peut y avoir çà et là quelques risques de division. Mais il y a des pays où la situation peut être plus clivée. » Une explication que reprend le père Amar : « Soit le pape parle d’ailleurs [que la France], soit il parle de la Fraternité Saint-Pie-X » (FSSPX). Cette « incompréhension », le mot revient souvent, est d’autant plus grande que l’enquête menée en 2020 par le Saint-Siège et citée par le pape François pour justifier sa décision n’a pas donné lieu à des conclusions publiques.

Cofondateur de l’Institut du Bon-Pasteur, l’abbé Guillaume de Tanouärn s’inquiète des conséquences de ce nouveau motu proprio. « En voulant conjurer le risque de division, le pape le provoque avec son texte, tance-t-il. Et un pape qui apparaît comme un diviseur, c’est inquiétant pour l’avenir. » Pour lui, Traditionis custodes est un « un acte d’intolérance qui risque de créer un gigantesque mouvement pro-traditionaliste ». « À l’évidence, ce document va créer de nouvelles tensions et pourrait entraîner une fuite massive de fidèles vers la FSSPX », prévient Christophe Geoffroy.

Différence de traitement avec la FSSPX

L’abbé Benoit Paul-Joseph regrette d’autant plus la décision papale qu’il voit la célébration selon la forme préconciliaire comme un moyen d’évangélisation. « Certains découvrent cette liturgie et s’y attachent, revenant ainsi vers l’Église ou demandant le baptême. » Mais pour lui, le motu proprio de François « voit cette liturgie plutôt comme une difficulté qu’avec une fécondité propre. » Il s’interroge ainsi sur cette « décision brutale » pour une communauté comme la sienne, alors qu’à l’inverse, soulève-t-il, le pape François manifeste une certaine sollicitude à l’égard de la FSSPX en reconnaissant notamment certains sacrements administrés par ses prêtres.

De son côté, Mgr Leborgne tient à apaiser ces craintes. « La possibilité de célébrer avec le missel de 1962 n’est pas abrogée, tant que cela se fait en communion avec l’évêque. » Traditiones custodes vient « remettre des règles claires, contre une interprétation qui était parfois relativiste » en réaffirmant l’évêque comme « promoteur, modérateur et gardien de la vie liturgique », poursuit-il en citant le pape François. Il se dit ainsi confiant pour l’avenir : « Il n’y a pas de raison que la situation change partout où les relations se passaient bien ».

(1) La Nef, numéro 338, juillet-août 2021, 8 €