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Comment Jésus a-t-il compris sa mort?

Pour savoir comment Jésus a compris sa personne et sa mission, il importe avant tout de savoir s’il a lui-même attribué à sa mort une signification rédemptrice, et dans quel sens précis. L’historien peut difficilement répondre à cette question. Dans tous les documents disponibles s’est déjà introduite la théologie de la communauté primitive. D’un point de vue purement historique, il y a cependant de bonnes raisons pour admettre que Jésus, par obéissance envers son Père, a voulu aller jusqu’au bout de la mission qu’il avait acceptée au service des hommes. Une attention particulière doit être accordée à l’événement de la Cène et au sens que Jésus lui a donné par ses gestes et ses paroles. Certes, les paroles qu’a prononcées Jésus pour interpréter l’événement ne nous sont pas transmises d’une manière uniforme; mais on ne peut pas les expliquer comme une simple justification a posteriori de la célébration de l’eucharistie dans la communauté primitive. Celle-ci n’a pas pu les inventer de toutes pièces.

Dans toutes les formes de la tradition, il est question de l’Alliance (cf. Mc 14,24; Mt 26,28) ou de la Nouvelle Alliance (cf. Le 22,20; l Co 11,25), que Jésus fonde par son sang. Dans tous les textes, on retrouve cette expression si importante et si chargée de réminiscences bibliques: donné pour vous ou pour la multitude (c’est-à-dire pour tous). Dans le langage de la Sainte Ecriture, la multitude signifie l’ensemble des hommes pour lesquels un individu se sacrifie (cf. Is 53,11). Ces paroles de la Cène accompagnent des gestes précis de partage, de don et de sacrifice. Tout cela confirme la conviction que Jésus a compris sa mort comme une mort rédemptrice et qu’il a, au-delà de sa Passion, pensé à la communauté de ses disciples. Il leur a laissé un rite pour commémorer sa mort, et ce rite contenait en même temps la promesse de l’instauration du Royaume de Dieu.

Il apparaît donc que le message de la venue du salut, c’est-à-dire de l’avènement du Règne de Dieu, est étroitement lié à la foi dans la valeur salvifique (ou rédemptrice) de la mort de Jésus sur la croix. En annonçant que le Royaume de Dieu est proche et qu’il est même déjà présent sous la forme de signes, Jésus réclame de ceux qui l’écoutent l’acceptation de l’offre divine du salut. Le refus de son message et le rejet de sa personne créent une situation nouvelle. Jésus l’accepte par obéissance et y reconnaît l’heure fixée par son Père (cf. Me 14,35.41; Jn 12,23.27-28; 13,1; 17,1). La dureté de cœur des hommes ne peut pas faire obstacle au dessein de Dieu. Ainsi Dieu, par le don de son Fils, ouvre-t-il à l’humanité une dernière voie de salut.

Sans doute, si l’on interprète cette preuve ultime d’amour de Dieu comme la mise en œuvre d’une justice vindicative et si l’on voit en Jésus uniquement le bouc émissaire de l’humanité, alors apparaît une contradiction inacceptable entre le Dieu que Jésus annonçait et celui qui est supposé vouloir sa mort pour le salut du genre humain. Mais une telle interprétation méconnaît le sens profond de la mort d’un seul homme pour la multitude: c’est en fait la manifestation suprême de l’amour de Dieu. Dieu, en effet, a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils, son unique, pour que tout homme qui croit en lui ne périsse pas, mais ait la vie éternelle (Jn 3,16; cf. Rm 8,32). 2. La valeur rédemptrice de la mort de Jésus sur la croix.