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Ce que disent les Évangiles

A côté des professions de foi concernant l’événement de Pâques, le Nouveau Testament contient des récits plus développés à ce sujet. Ils forment la conclusion des quatre évangiles. Marc ne rapporte que la découverte du tombeau vide par des femmes, qui s’y étaient rendues le plus tôt possible, au lendemain du sabbat, et le message que leur annonce l’ange (cf. Me 16,1-8). Les autres évangiles contiennent plusieurs récits d’apparitions. Ces récits divergent sensiblement, tant par les indications de lieux et de personnes qu’ils contiennent, que par certains traits particuliers à chacun d’eux.

Les différences doivent être appréciées en fonction du genre littéraire de ces récits et du but de chaque évangéliste. Ils témoignent de la foi pascale commune aux premières communautés, ils la défendent contre les sceptiques et les opposants ; les yeux fixés sur la vie des communautés en présente du Seigneur, ils s’attachent à comprendre cette foi en profondeur. Les apparitions du Ressuscité lors de repas pris en commun (cf. Lc 24,30.41-42; Jn 21,5.12-13) nous renvoient aux célébrations eucharistiques de l’Eglise primitive. Ces récits diffèrent par leur contenu et par leur point de vue, mais ils n’autorisent pas, pour autant à remettre en question le message fondamental qui leur est commun; bien au contraire, ils le confirment et le corroborent plutôt par leur diversité même. Dans le concert de ces témoignages, l’Eglise primitive puise la certitude inébranlable de la résurrection du Seigneur et de sa présence permanente auprès des siens.

Une tradition particulière a pour objet la visite des femmes au tombeau, le premier jour de la semaine, et la découverte du tombeau vide (cf. Mc 16,1-8, et par.). En dépit de certains problèmes de critique, il n’y a aucune raison de douter de ce fait historique. On ne trouve d’ailleurs, même dans le judaïsme de l’époque, aucune tentative de contester le fait en lui-même. Bien entendu, le tombeau vide et l’absence du cadavre ne constituent pas, du point de vue historique, des preuves de la résurrection. Diverses possibilités d’interprétation s’offrent à la raison critique: enlèvement, supercherie, transfert, méprise, etc. Pour l’Eglise primitive, le tombeau vide ne constituait d’ailleurs pas non plus le fondement de la foi pascale ; c’était plutôt un signe suggérant et confirmant le message pascal. C’est seulement en relation avec les apparitions du ressuscité que le tombeau vide atteste d’une manière parlante que le Crucifié a été « réveillé » par Dieu et est entré, avec son corps, dans la gloire de Dieu. De là est venue très tôt la vénération du Saint-Sépulcre, qui, situé à un endroit tout à fait plausible du point de vue historique, rappelle de façon permanente aux croyants la résurrection de Jésus-Christ.

Les récits, souvent très vivants, des repas avec le Ressuscité, tout comme les descriptions du tombeau vide, ont pour but d’exprimer en termes concrets la réalité corporelle de la résurrection de Jésus. Ils montrent clairement aussi que le corps du Christ ressuscité n’est plus exactement semblable au nôtre. Il est totalement pénétré par l’Esprit, transfiguré par la gloire de Dieu, et cependant tout à fait réel. Les récits des apparitions du Ressuscité sont donc nécessairement enveloppés d’un certain flou. Ils portent, en effet, sur des situations limites, qui ne se laissent pas adéquatement exprimer par des mots. Ils sont dès lors traversés par une tension qui leur est spécifique: le Seigneur ressuscité est proche de ses disciples, et pourtant, il se dérobe sans cesse à eux. Ce mélange particulier de distance et de familiarité signifie que l’événement pascal se produit dans le mystère de la gloire de Dieu, qui est totalement cachée à l’homme, mais que cette gloire, lors de la résurrection du Christ, fait irruption dans le monde de l’espace et du temps, comme promesse et comme gage de sa transfiguration future.