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Avec le pape François, l’Église appelée à sortir d’elle-même

Ce que change le pape (5/5) Depuis un an, le pape François ne cesse d’appeler l’Église à une vaste « conversion pastorale » pour retrouver la « joie de l’Évangile » et l’annoncer aux « périphéries géographiques et existentielles ».

Il s’inscrit à la fois dans la continuité de ses prédécesseurs tout en articulant d’une manière nouvelle une vision de l’Église dont toute la vie doit être tournée vers l’évangélisation et non vers une autocélébration ou une autoreproduction de ses structures.

Un pape sortant de la petite église Sainte-Anne au Vatican pour saluer les pèlerins dans la rue, descendant de sa papamobile pour embrasser une personne handicapée, téléphonant à des inconnus qui lui ont fait part de leurs soucis à l’autre bout de la planète…, ces gestes expriment bien plus que la simplicité chaleureuse de celui qui les pose. Pour le pape François, ils manifestent l’impératif adressé à l’Église de répondre à sa raison d’être fondamentale : l’évangélisation.

« L’Église doit sortir d’elle-même », martèle-t-il. Et non pas préserver ses structures ni vivre « repliée sur elle-même et pour elle-même ». Elle doit avoir le courage de sortir de ses frontières, de ses habitudes pour « aller et porter l’Évangile » là où il n’est pas entendu ou reçu. Elle ne doit pas attendre que le monde vienne à elle, mais « aller dans les périphéries géographiques mais également existentielles : là où réside le mystère dupéché, la douleur, l’injustice… là où sont toutes les misères ». Tel est le nouveau « paradigme » de ce pontificat. Un message élaboré lors de la Conférence générale de l’épiscopat latino-américain et des Caraïbes, à Aparecida, en 2007, et lancé dès les congrégations générales qui ont conduit à son élection.

Dans ce but, le pape François appelle à une conversion pastorale : si elle veut évangéliser, l’Église doit être cohérente et donc se réformer elle-même, à commencer par ses prêtres et ses évêques. Ne pas fonctionner comme une « douane », mais « faciliter » l’accès à la foi. C’est en étant une « Église de la miséricorde » qui accueille sans juger, un « hôpital de campagne » pour soigner les blessés de l’existence, une« mère » intéressée par les soucis de ses enfants, qu’elle sera évangélisatrice…

« L’URGENCE DE CE RENOUVEAU EST ADRESSÉE À CHACUN »

Pivot de cette conversion : la place des pauvres, qui va bien au-delà d’une action caritative. Pour devenir un véritable disciple missionnaire, encore faut-il se laisser « évangéliser par les pauvres », affirme le pape, insistant sur « la force évangélisatrice de la religiosité populaire » et sur les conséquences sociales et politiques de l’évangélisation.

Pris un par un, ces éléments sont très classiques. « Le pape s’inscrit dans la lignée de ses prédécesseurs depuis Léon XIII, dans ce double mouvement d’ouverture au monde et de réforme de l’Église », relève Marc de Leyritz, fondateur des parcours Alpha en France (1).

Mais l’articulation de l’ensemble forme la vision de l’évangélisation selon le pape François « qui ne se résume pas à aller distribuer des tracts mais qui englobe toute l’Église et déplace tout le monde, poursuit ce laïc qui participait au Synode sur la nouvelle évangélisation, en octobre 2012. Ainsi ceux qui se cantonnent à l’évangélisation de rue sont renvoyés au service des pauvres, ceux qui privilégient l’engagement caritatif sont invités à l’adoration… L’urgence de ce renouveau est adressée à chacun pour former des disciples missionnaires libres. »

« NE PAS PRÉTENDRE AVOIR LA VÉRITÉ TOUT SEUL »

Nulle rupture et pourtant des accents nouveaux sur le fond comme sur la forme. Avec, d’une part, la priorité donnée au kérygme, l’annonce de l’amour de Dieu qui sauve par son Fils Jésus-Christ, sur les conséquences morales, religieuses, de la foi.

« Il recentre l’annonce sur le cœur de la foi, relève le P. Jean-Pierre Roche, prêtre du diocèse de Créteil en mission ouvrière et théologien (2), mais il insiste également beaucoup sur la manière de le faire, qui doit être évangélique. En particulier sur la joie, sur l’humilité – ne pas prétendre avoir la vérité tout seul – et sur la miséricorde : avoir le cœur touché par les misères de l’autre, avant tout jugement, comme il l’a montré pour les homosexuels, dans l’avion de Rio. »

En changeant de langage et en ne parlant plus de « nouvelle évangélisation » mais de « mission » ou d’« évangélisation » tout court, le pape a-t-il pour autant tourné le dos au leitmotiv de Jean-Paul II et de Benoît XVI ?

MISE EN PRATIQUE

Certes, avance le P. Roche, « le fait que son exhortation apostolique ne soit pas appelée post-synodale et qu’il n’ait pas cité le Synode sur la nouvelle évangélisation – hormis les propositions des évêques –, mais proposé son propre discours programmatique avec  Evangelii gaudium peut laisser penser qu’il a été quelque peu déçu des conclusions de ce Synode. »

Mais, aux yeux du P. Roche, il y a bel et bien continuité : « Simplement la nouvelle évangélisation est sans doute une problématique trop liée à l’Europe occidentale, alors que la sécularisation n’est pas si avancée en Amérique latine ».

« Cette expression a servi pendant vingt-cinq ans à réveiller l’Église, mais l’étincelle est allumée. Avec François, on n’en parle plus, pour ainsi dire, on la met en pratique », complète Marc de Leyritz, qui pointe deux inspirations fondamentales de la pensée missionnaire du pape : « Il vient d’un continent où l’Église a affiné pendant vingt-cinq ans la discussion difficile et féconde sur la théologie de la libération, pour aboutir à une théologie très adaptée au monde d’aujourd’hui. Sur le plan pastoral, en côtoyant les pentecôtistes, l’Église sud-américaine a retrouvé l’élan de ses origines et découvert là encore une manière très pertinente de s’adresser au monde. »

Céline Hoyeau

(1) Parcours destinés à faire connaître la foi chrétienne à travers une série de dîners

(2) La Nouvelle Évangélisation racontée à ceux qui s’interrogent, Éditions de l’Atelier, 127 p., 13 €.

Source : Journal La Croix