Actualités, Philippines

Actualités

Aux Philippines, l’Église catholique proteste contre les violentes critiques de Rodrigo Duterte

Le président philippin Rodrigo Duterte a suscité une vive émotion dans son pays et parmi l’épiscopat en insultant Dieu et en critiquant violemment l’histoire d’Adam et Eve.

Coutumier des discours à l’emporte-pièce et des paroles sans filtre, le président philippin a récidivé en s’attaquant à la foi chrétienne. Au cours d’un discours télévisé, il y a quelques jours, Rodrigo Duterte s’est moqué de l’histoire d’Adam et Eve relatée dans le livre de la Genèse. « Vous avez créé quelque chose de parfait et ensuite vous provoquez un événement qui défie et détruit la qualité de votre travail ? (…) Qui est ce Dieu stupide ? », s’est-il demandé, avant d’insulter ouvertement Dieu.

Une diatribe contre la Bible

Dans sa diatribe du 22 juin, le président philippin a aussi vilipendé le concept du péché originel. « Alors que vous n’êtes même pas encore né, vous portez en vous le péché originel ? Quel genre de religion est-ce là ? Je ne peux pas accepter ça », a-t-il tonné, ajoutant que, selon lui, la création d’Eve était « la plus grande erreur » de Dieu.

Dans un pays où près de 90 % des habitants sont chrétiens (dont plus de 80 % de catholiques), ces propos ont fait réagir jusqu’au sommet de la hiérarchie de l’Église. Mgr Romulo Valles, archevêque de Davao et président de la conférence épiscopale, a appelé les fidèles, vendredi 29 juin, « à aimer et protéger leur foi » tout en restant dans « la paix ».

Le cardinal Luis Antonio Tagle, archevêque de Manille et figure tutélaire de l’Église catholique philippine, a également réagi aux propos du président. Dans un communiqué, tout en soulignant la nécessité de défendre l’Église et de persévérer dans la foi, il a appelé à ne pas se laisser détourner des maux qui frappent le pays : chômage, corruption, violence… En creux, il a livré une critique de l’action de Rodrigo Duterte en pointant les véritables problèmes du pays qui sont, d’après lui, l’exploitation des femmes et des enfants, la vulnérabilité des travailleurs philippins à l’étranger ou encore le terrorisme.

Réactions vives de certains évêques

D’autres responsables d’Église ont été moins réservés comme Mgr Pablo Virgilio David, évêque de Kalookan. « Désapprouver n’est jamais un permis d’insulter, a-t-il déclaré. Comment peut-il être le président de tous les Philippins alors qu’il ne respecte pas les fidèles catholiques ? »

Courroucé, Mgr Arturo Bastes, évêque de Sorsogon, a pour sa part, répondu vertement au président philippin, qu’il qualifie de « psychopathe ». Il a par ailleurs appelé les fidèles à prier pour que « les déclarations blasphématoires et les orientations dictatoriales » du chef de l’État cessent. Les Eglises évangéliques se sont, elles, dites extrêmement offensées par les commentaires du président.

De son côté, Rodrigo Duterte, coutumier des sorties anticléricales, qui avait déjà insulté le pape François, a déclaré qu’il n’avait pas la moindre intention de s’excuser. Son porte-parole a tenté de le défendre en expliquant que les propos du président relevaient de l’opinion personnelle.

Ces déclarations ne font qu’attiser des relations déjà très compliquées entre l’Église catholique et le pouvoir. La lutte contre le retour de la peine de mort et les tueries extrajudiciaires ont cristallisé l’opposition épiscopale contre le président. Un climat houleux qui s’inscrit dans un contexte sécuritaire trouble alors que trois prêtres ont été assassinés depuis le mois de décembre et qu’une religieuse australienne est menacée d’expulsion.

L’imprévisible président Duterte souffle le chaud et le froid puisqu’il a affirmé, mardi 26 juin, qu’il souhaitait dialoguer avec l’Église pour aplanir ses relations avec elle. Un comité pour faciliter la communication devrait voir le jour, une annonce que la Conférence épiscopale a saluée par la voix de Mgr Romulo Valles. Toutefois, certains au sein de l’épiscopat doutent de la bonne volonté du président.

Arnaud Bevilacqua. Journal La Croix