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Au Nicaragua, l’Église veut jouer un rôle clé après les manifestations meurtrières

 

Une vague de protestation populaire contre une réforme des retraites, depuis abandonnée, a provoqué la mort de 34 personnes en une semaine au Nicaragua. Dans l’attente d’un dialogue national sous l’égide de l’Église, très mobilisée depuis le début des heurts, ce pays d’Amérique centrale espère retrouver le calme.

Violences meurtrières, pillages, incendies, répression musclée… C’est un projet de réforme des retraites, augmentant les cotisations et réduisant de 5 % les pensions versées, qui a mis le feu aux poudres. Depuis le mercredi 18 avril, le Nicaragua est secoué par une violente vague de protestation populaire, qui a provoqué en moins d’une semaine la mort de 34 personnes.

Malgré l’annonce gouvernementale de l’abandon du plan social contesté, dimanche 22 avril, les manifestants continuent de défiler dans la rue, pour protester contre des conditions de vie difficiles et contre la « confiscation » du pouvoir par le président Daniel Ortega, à la tête du pays de 1979 à 1990 et depuis 2007.

Face à l’ampleur du mouvement, les autorités ont demandé au cardinal Leopoldo Brenes, archevêque de Managua, la capitale du pays qui compte plus de 90 % de catholiques, de servir de « médiateur et témoin » d’un nouveau dialogue national. Après avoir négocié comme « base du dialogue » la libération des manifestants arrêtés, celui-ci a accepté, mardi 24 avril, en insistant pour que le gouvernement « évite tout acte de violence » dans sa tentative de sortie de crise. À ce stade, les détails et le calendrier de ce plan de médiation inédit ne sont pas encore connus.

Des actes qui « altèrent la paix »

Depuis le début des heurts, l’Église joue un rôle phare dans la contestation, en condamnant avec fermeté la violente répression exercée par les forces de l’ordre. « Nous invitons les auteurs des réformes [en question] à considérer le dialogue comme une possibilité permettant de résoudre ce conflit, qui peut être aggravé si les justes décisions ne devaient pas être prises par tous et au bon moment », a indiqué, dans un communiqué publié dès le samedi 21 avril, la Conférence épiscopale du Nicaragua (CEN), en rejetant « tout acte de violence qui confronte les enfants de la même nation ».

« Nous exhortons le peuple nicaraguayen à exercer son droit à manifester pacifiquement sur la base de valeurs civiques et évangéliques », poursuivaient encore les évêques du pays. Le même jour, Mgr Silvio Baez, en présence du cardinal Leopoldo Brenes, s’adressait à une foule d’étudiants protestataires réunis dans la cathédrale de Managua. « Je voudrais vous remercier au nom de l’Église, car vous êtes notre trésor moral », leur avait-il alors lancé sous les applaudissements.

« Éviter que le sang coule de façon inutile »

Face à l’ampleur des violences, l’inquiétude a largement dépassé les frontières nicaraguayennes. En réaction à l’assassinat, pendant les heurts, d’un lycéen de 15 ans scolarisé dans une école jésuite de Managua, les réseaux jésuites nord-américains ont publié de nombreuses déclarations faisant part de leur indignation. Ils ont particulièrement tenu à exprimer « leur solidarité avec l’Université d’Amérique centrale (UCA) du Nicaragua, qui appelle ses étudiants à militer pacifiquement en faveur de la justice sociale, alors même que le gouvernement essaye de supprimer par la violence toute forme de dissidence aux portes de son établissement ».

À Rome, le pape François a également pris la parole, dimanche 22 avril, lors du Regina cæli pour appeler à l’apaisement. « Je suis préoccupé par ce qui se passe ces jours-ci au Nicaragua (…) J’associe ma voix à celle des évêques pour demander que cesse toute violence, qu’on évite une effusion inutile de sang et que les questions ouvertes soient résolues pacifiquement », a-t-il plaidé.

Un calme relatif

Si le pays a retrouvé depuis lundi 23 avril un calme relatif, la contestation aspire à s’inscrire dans la durée. Cibles des manifestants, qui exigent leur départ, le président Ortega et sa femme Rosario Murillo ont remercié l’Église d’avoir accepté de participer au dialogue.

Le bras de fer est désormais engagé, alors que l’institution a appelé les catholiques à défiler, samedi 28 avril, pour « montrer [notre] foi et [notre] amour du Nicaragua », a annoncé sur Twitter Mgr Baez. Dur critique du gouvernement, il a affirmé sur le réseau social que « les évêques du pays n’entendaient pas se laisser instrumentaliser » et a estimé que « le chemin [était] ouvert pour construire de façon pacifique et civique un nouveau pays ».

Malo Tresca. Journal La Croix