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Au Brésil, un diocèse face à la concurrence évangélique

Dans le diocèse de Santo André de la banlieue de Sao Paulo, les catholiques ne représentent plus aujourd’hui que 46 % de la population, contre 90 % en 1960.

L’évêque a lancé un synode diocésain pour trouver des solutions à cette désaffection.

La cathédrale Notre-Dame-du Carmel trône dans le centre de Santo André. Tons jaunes, architecture coloniale : majestueuse, elle rappelle la puissance de l’Église au Brésil, qui reste, encore aujourd’hui, le plus grand pays catholique au monde. Mais son influence s’effrite, comme le notent régulièrement les recensements décennaux et les sondages. Dans le dernier en date, publié par l’institut DataFolha fin décembre 2016, 50 % des Brésiliens se disent aujourd’hui catholiques, contre 64 % en 2010 et plus de 90 % en 1970.

À Santo André, Mgr Pedro Carlos Cipollini, nommé par le pape François en 2015, a voulu prendre le problème à bras-le-corps. En organisant cette année un ambitieux synode, lancé le 3 décembre dernier, autour du thème de l’évangélisation, suivant ainsi les recommandations du pape pour une Église qui doit « sortir d’elle-même ».

Le pourcentage de catholiques a chuté à 46 % en 2016

Tout au long de l’année, prêtres, religieux et religieux, acteurs de la pastorale, membres d’associations et paroissiens seront consultés et sondés sur leur perception de la vie dans leur paroisse, sur leurs difficultés et les changements qu’il serait bon de mettre en place. Objectif : parvenir au « rêve missionnaire d’atteindre chacun », selon la devise choisie pour le synode. « Il n’est pas possible de penser une Église missionnaire sans la force de tous ses membres », insiste le P. Joel Nery, vicaire épiscopal du diocèse de Santo André.

Dans la région, le pourcentage de catholiques a chuté à 46 % en 2016 ; beaucoup, comme souvent en périphérie des grandes villes brésiliennes, se sont tournés vers les églises évangéliques et pentecôtistes : 35,3 % des habitants du diocèse sont évangéliques (27,1 % d’églises pentecôtistes et 8,2 % d’églises traditionnelles), contre 29 % au niveau national selon l’enquête DataFolha. Ces chiffres implacables sont issus d’une vaste étude qualitative et quantitative commandée par le diocèse lui-même à l’université municipale de Sao Caetano do Sul (USCS) et menée pendant plus de quatre mois.

Les résultats servent de base à la réflexion dans les paroisses. L’étude révèle aussi de précieux éléments sur les raisons de cet exode : « Le principal reproche est la distance, la froideur, l’accueil qui est fait au sein de l’Église, et le manque de proximité entre ce que dit le prêtre et le quotidien des sondés », explique Leandro Prearo, de l’USCS, qui observe aussi que parmi les classes populaires et pauvres de la région, « il y a déjà davantage d’évangéliques que de catholiques ». Autre enseignement : les catholiques sont moins assidus que les fidèles évangéliques. 35 % des catholiques du diocèse vont à la messe au moins une fois par semaine, contre 76 % pour les évangéliques.

« L’Église catholique reste plutôt forte ! »

« Nous devons faire un mea culpa », reconnaît le P. Joel Nery. « L’excès de cléricalisme, de bureaucratie, l’entre-soi, réduire l’évangile aux rites, en oubliant parfois la pratique, voilà nos maux… », énumère Mgr ­Pedro, qui avoue cependant avoir été surpris par les résultats de l’étude : « Nos églises sont pleines ! ». Face aux fortes migrations vers les églises évangéliques, il relativise : « Il y a 35 % d’évangéliques mais répartis sous 145 dénominations, rien que sur le diocèse ! En comparaison, l’Église catholique reste plutôt forte ! »

« Mais ma préoccupation, poursuit l’évêque, n’est pas tant la perte de fidèles que le chemin de l’évangélisation : comment changer notre langage, l’adapter à cette nouvelle époque, aux technologies et à cette tentation de la sécularisation. Et c’est peut-être parce que notre message n’est pas bien annoncé que certains nous reprochent cette “distance”, cette “froideur”. »

Chaque paroisse enverra au terme de sa réflexion dix propositions, parmi lesquelles trois « priorités synodales » seront choisies lors de l’ultime assemblée synodale, du 15 novembre 2017. Le document final sera ensuite remis en 2018. L’initiative a été « bien accueillie » par la Conférence des évêques du Brésil (CNBB), assure Mgr Pedro. D’autres diocèses ont également entamé une réflexion comme celui de Santos, dans l’État de Sao Paulo, qui vient d’élaborer, de façon « participative », un « plan diocésain d’évangélisation » pour 2016-2019.

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Le profil des nouveaux évangéliques

Selon l’étude menée par l’université municipale de Sao Caetano do Sul (USCS) sur le diocèse de Santo André, 38 % des évangéliques sont d’anciens catholiques. Ils sont davantage issus des classes populaires, affichent un plus faible niveau d’études et un revenu de 13 % inférieur à la moyenne de la région. Ils sont très engagés dans leur communauté : plus de 44 % d’entre eux
fréquentent leur église plus d’une fois par semaine, et 40 % participent à des activités avec leur église, hors messe, contre 18 % des catholiques. L’étude a aussi montré de fortes « migrations au sein même des églises évangéliques pentecôtistes ».

Aglaé de Chalus, à Santo André (Brésil)