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Affaire du diocèse de Toulon : ce que l’on sait

► Quelles raisons ont été invoquées pour expliquer la suspension des ordinations de prêtres et de diacres dans le diocèse de Fréjus-Toulon ?

L’évêque de Fréjus-Toulon, Mgr Dominique Rey, s’est expliqué dans un communiqué, publié jeudi 2 juin sur le site Internet du diocèse, sur la décision du Vatican de suspendre les ordinations prévues le 26 juin dans le diocèse. Il s’agit de sa seule prise de parole publique sur le sujet à ce jour. Cette demande de surseoir aux ordinations fait suite, a-t-il expliqué, à une « visite fraternelle » conduite ces derniers mois par Mgr Jean-Marc Aveline, le bientôt cardinal et archevêque métropolitain de Marseille – province à laquelle appartient Fréjus-Toulon.

Ont été alors « abordées les questions que certains dicastères romains se posaient autour de la restructuration du séminaire et de la politique d’accueil du diocèse », a indiqué Mgr Rey sans plus de précision.

Un entretien récent avec le cardinal Marc Ouellet, préfet de la Congrégation pour les évêques, « a permis d’apporter des compléments utiles », assure l’évêque. Mais « dans l’attente des suites de ces échanges en cours avec les dicastères romains, il a été demandé de surseoir aux ordinations diaconales et sacerdotales prévues fin juin ».

Mgr Rey a dit accueillir cette demande « dans la confiance » autant que « dans la douleur ». Mais la décision, rarissime, est particulièrement rude à moins d’un mois de l’échéance, dans un diocèse dont le séminaire de la Castille fête son centenaire année, et qui peut se targuer d’être un des plus féconds de France en vocations sacerdotales.

Quatre prêtres et six diacres en vue du sacerdoce devaient être ordonnés le 26 juin mais ne le seront pas. Devront-ils patienter un an de plus ? « Leurs ordinations ont été suspendues, pas annulées. Nous n’avons aucune indication de temporalité concernant le report », répond la responsable de la communication du diocèse, Virginie Marrocq. Une chose est sûre : les concernés « vivent cela douloureusement et sont dans une posture d’attente », complète le père Lionel Dalle, l’un des trois vicaires généraux de Mgr Rey.

► L’action de Mgr Dominique Rey est-elle en cause ?

Selon les informations de La Croix, c’est moins la formation dispensée au séminaire diocésain que la politique d’accueil à tous vents des communautés nouvelles et de leurs jeunes recrues, portée par Mgr Rey, qui serait l’objet de l’alarme romaine. L’accueil de certains futurs prêtres de sensibilité traditionaliste, dont l’ordination a pu susciter des réserves au sein même du diocèse, pose particulièrement question, d’après une source interne. À mots couverts, c’est d’un manque de discernement que l’évêque est accusé.

Évêque de Fréjus-Toulon depuis bientôt vingt-deux ans, Mgr Rey, venu lui-même de la Communauté de l’Emmanuel, a fait de son diocèse un laboratoire de la « nouvelle évangélisation », au carrefour de courants issus du Renouveau charismatique ou plus traditionalistes. Une « Église dans l’Église », soufflent certains de ses détracteurs, qui attire des jeunes hommes parfois venus de loin, notamment d’Amérique du Sud. Le presbyterium toulonnais est bien doté (environ 300 prêtres résidents), et plus jeune que la moyenne, quand tant de diocèses français affichent des effectifs réduits et vieillissants.

Parmi les dizaines de communautés accueillies dans le Var, l’évolution de certaines, comme la fraternité Eucharistein ou Points-Coeur, a justifié des visites voire des mesures canoniques. Dernièrement, la qualité de la préparation au sacerdoce – parfois en dehors du séminaire de la Castille – de futurs prêtres attachés au rite ancien a été sujette à caution. « Avec son tempérament allant, Mgr Rey a toujours tout béni. Son manque de discernement et de suivi des communautés le coule aujourd’hui », analyse un observateur.

► Quelles sont les réactions dans le diocèse de Toulon et dans l’Église de France ?

Dans un message envoyé à ses prêtres jeudi 2 juin, Mgr Rey disait anticiper la « tristesse » et « l’émoi » que ces ordinations empêchées provoqueraient dans le diocèse. Un collectif de laïcs a indiqué à La Croix préparer une « supplique » au pape François à propos d’« une décision lourde de conséquences », qui « crée un trouble ». « C’est une lettre qui exprimera notre incompréhension devant cette suspension, mais aussi notre attachement à Mgr Rey, compte tenu du dynamisme qu’il a su insuffler dans ce diocèse depuis vingt-deux ans », a précisé l’un des auteurs de cette missive.

Au-delà du Var, l’affaire a suscité d’innombrables réactions sur les réseaux sociaux et en commentaires des premiers articles qui lui ont été consacrés, dont celui de La Croix. À 69 ans, Mgr Rey, évêque « tradismatique », incarne une forme de catholicisme intransigeant qui a conquis de nombreux soutiens, des milieux classiques jusqu’aux rangs les plus conservateurs. « J’ignore s’il y eut des pressions politiques pour que Rome le fasse taire. Cela s’est déjà vu dans l’histoire. En tout cas, il est certain que la décision romaine vient de porter un rude coup aux catholiques de conviction », a commenté le militant Guillaume de Thieulloy sur l’un de ses sites de « réinformation catholique », Le Salon Beige.

À rebours, le blogueur René Poujol, figure libérale, a écrit sur Facebook ne pas contester « au diocèse de Fréjus-Toulon de porter aussi, ici ou là, de beaux fruits. Mais cela reposait sur de telles ambiguïtés qu’une clarification devenait nécessaire. Il semble que ce soit en cours. Et nul ne peut dire à ce stade sur quoi elle débouchera. »