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À Toulouse, les séminaristes privés de soutane

À première vue, il ne s’agit que d’une question d’apparence. Plus profondément, dans une lettre adressée le jeudi 2 juin aux séminaristes du diocèse de Toulouse, Mgr Guy de Kerimel dresse le portrait-robot d’un prêtre, « identifié et reconnu par sa sainteté, son esprit de service et la qualité de sa relation pastorale avant tout ». Autrement dit, ce n’est pas la soutane ou le col romain qui fait le prêtre, mais « la charité pastorale » à vivre dès le séminaire.

Soutane et surplis

Si l’entourage de l’archevêque de Toulouse minimise, la lettre est une mise au point ferme sur la tenue vestimentaire affichée par certains séminaristes. Et le courrier qui leur a été adressé personnellement vient préciser ce qui avait été échangé la veille lors d’une rencontre entre l’évêque et les séminaristes : « Durant cette soirée, j’ai évoqué mon questionnement lors des confirmations des étudiants à la Daurade, face à quelques-uns d’entre vous en soutane et surplis, et je vous ai dit que je ne souhaitais pas que les séminaristes s’affichent de manière trop cléricale. »

De cette célébration de confirmation, le dimanche 22 mai, l’archevêque de Toulouse garde de fait un bien mauvais souvenir : « L’image de ces futurs clercs installés dans des stalles, loin des fidèles, donnait une image très cléricale et pas ajustée à votre situation de séminaristes, qui restent des fidèles laïcs. » Une remarque qui, manifestement, n’a pas été bien perçue par les intéressés, à en croire le courrier de l’archevêque. « Il me semble que vous n’ayez pas bien compris mon intervention et surtout ce que je vous demandais », poursuit Mgr de Kerimel qui, du souhait exprimé verbalement, passe au rappel à la loi, édictée, en l’occurrence, par la Conférence des évêques de France (CEF).

Devenir de bons prêtres

« Je précise donc mon désir : le port de la soutane n’est pas permis au séminaire, c’est la loi en vigueur. Je demande donc à ce que cette loi s’applique hors du séminaire dans le diocèse de Toulouse, y compris pour les diacres, insiste Mgr de Kerimel. À partir de l’admission, il est permis de porter un signe distinctif (“col romain” ou simple croix). » Sollicité par La Croix, Mgr de Kerimel n’a pas souhaité commenter cette lettre privée, qui suscite de vifs débats sur les réseaux sociaux. Selon un proche de l’archevêché, l’important est davantage dans le profil pastoral que dessine à cette occasion Mgr de Kerimel, arrivé dans la Ville rose il y a tout juste quatre mois : « C’est d’abord une lettre de pasteur, et c’est le rôle de l’évêque d’accompagner les séminaristes, de dire ce qu’il attend d’eux pour qu’ils deviennent de bons prêtres. »

De fait, après avoir rappelé aux séminaristes les règles sur leur tenue vestimentaire, l’archevêque les a invités à une véritable conversion pastorale : « Il me semble que la priorité d’un jeune en formation en vue du sacerdoce ministériel est de faire grandir et fortifier sa relation au Christ dans l’humilité et la vérité sans chercher à entrer dans un personnage. » Une vibrante invitation qui se poursuit en termes clairs : « Il doit se faire accessible à tous, s’occupant d’aimer les gens, en particulier les plus pauvres et les plus lointains, avant de se soucier d’afficher une identité très marquée. »