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SERVICE CATéCHéTIQUE EMMAÜS

Monde 7 : Le ciel nouveau et la terre nouvelle

En tant que chrétiens, nous attendons le Royaume de Dieu, tel que Jésus-Christ nous l'a annoncé. Il a déjà commencé pour de bon avec Jésus-Christ, dans le Saint-Esprit; il est présent dès maintenant ici-bas dans l'Eglise et dans ses sacrements, mais il n'est pas encore parvenu à son achèvement. Nous avons été sauvés, mais c'est en espérance (Rm 8,24; cf. l P 1,3). Ainsi vivons-nous comme chrétiens dans une période intermédiaire.

Nous attendons encore le Royaume de Dieu dans sa forme achevée, où Dieu sera tout en tous (l Co 15,28), où toute justice sera accomplie, où la liberté des enfants de Dieu sera définitivement acquise (cf. Rm 8,19.21), où l'Eglise sans tache ni ride apparaîtra sainte et irréprochable devant Dieu (Ep 5,27). Nous attendons encore des cieux nouveaux et une terre nouvelle (cf. ls 65,17; 66,22; 2 P 3,13; Ap 21,1). Nous le savons en effet: la création tout entière gémit maintenant encore dans les douleurs de l'enfantement (Rm 8,22).

La vie du monde à venir ne réalise donc pas seulement l'espérance du croyant individuel, mais aussi celle de l'Eglise et de l'humanité, et même celle de la création tout entière. L'achèvement de l'homme charnel ne serait pas possible sans l'achèvement du monde. Inversement, le monde est créé pour l'homme; il n'a de sens que comme espace de l'histoire humaine et de l'accomplis- sèment de l'homme; c'est pourquoi l'achèvement de l'homme, celui de l'humanité et celui du cosmos sont indissolublement liés dans un processus d'ensemble. C'est ainsi seulement que Dieu se manifeste comme le Seigneur, la Lumière et la Vie de toute réalité.

Nous ne pouvons parler du Royaume de Dieu dans sa forme achevée qu'en recourant aux images et aux paraboles de l'Ancien et du Nouveau Testament, et surtout à celles que Jésus lui-même a utilisées. Les prophètes de l'Ancien Testament parlent de la grande paix (shalom) des hommes et de la nature en présence de Dieu.

Martelant leurs épées, ils en feront des socs, de leurs lances ils feront des serpes. On ne brandira plus l'épée nation contre nation, on n'apprendra plus à se battre (ls 2,4).

 

Le loup habitera avec l'agneau, le léopard se couchera près du chevreau... Le nourrisson s'amusera sur le nid du cobra... Il ne se fera ni mal, ni destruction sur toute ma montagne sainte (Is 11,6.8-9; cf. Mi 4,3).

Jésus parle souvent du Royaume de Dieu sous l'image d'un festin de noces (cf. Mt 22,1-14, etc.); il veut signifier par là une communion étroite, joyeuse et festive de vie et d'amour. L'Apocalypse de Jean emploie l'image grandiose de la Jérusalem nouvelle:

Et la cité sainte, la Jérusalem nouvelle, je la vis qui descendait du ciel, d'auprès de Dieu, prête comme une épouse qui s'est parée pour son époux. Et j'entendis, venant du trône, une voix forte qui disait: Voici la demeure de Dieu avec les hommes. Il demeurera avec eux. Ils seront ses peuples et lui sera le Dieu qui est avec eux. Il essuiera toute larme de leurs yeux. La mort ne sera plus. Il n'y aura plus ni deuil, ni cri, ni souffrance, car le monde ancien a disparu. Et Celui qui siège sur le trône dit: Voici, je fais toutes choses nouvelles (Ap 21,2-5).

A côté des images qui parlent de paix, de réconciliation, de salut, il se trouve dans la Sainte Ecriture des images de la fin du monde, qui ont fortement marqué les esprits à toutes les époques: le soleil et la lune s'obscurciront, les étoiles tomberont du ciel, l'édifice du monde s'effondrera et les éléments se dissoudront (cf. Me 13,24-25 et par.; 2 P 3,10). Ces images veulent exprimer, en fonction de l'idée qu'on se faisait alors du monde, une vérité toujours actuelle: les réalités de ce monde ne donnent à l'homme aucune assurance durable; notre monde, au contraire, est voué à disparaître. De plus, il peine sous le fardeau de l'esclavage qui est le fruit du péché, et il aspire à en être délivré (cf. Rm 8,21). Le visage de ce monde défiguré par le péché, - cette apparence qui souvent aveugle et séduit l'homme, - n'aura qu'un temps (cf. l Co 7,31). Saint Augustin commente en citant cet aphorisme: La figure passe, non la nature. C'est pourquoi, dans la Sainte Ecriture, ce n'est pas l'angoisse devant la ruine de l'ancien monde qui a le dernier mot, mais bien l'espérance d'une nouvelle création (cf. Mt 19,28; Ac 3,21), d'un ciel nouveau et d'une terre nouvelle. La nouvelle création, à la différence de la première, n'est pas une création à partir du néant. Elle s'accomplit au sein de la première création et ne signifie donc pas l'interruption ni la fin, mais l'achèvement du monde. Car Dieu est fidèle, même à l'égard de la création matérielle. Mais le salut de la création ne consiste pas seulement dans un prolongement, une amélioration, un progrès ou une évolution de la réalité existante. La transfiguration de toute réalité par la gloire de Dieu devenue visible aux yeux de tous, signifie que la figure de ce monde sera ébranlée et remise en question.

Toutes ces déclarations ne nous disent rien sur la réalité concrète du monde à venir. Nous ne pouvons pas traduire tout simplement ces images, nous ne pouvons à proprement parler que les préserver, leur rester fidèles et nous opposer à leur dissolution dans le langage sans mystère de nos concepts et de nos raisonnements, qui se situe au niveau de nos besoins et de nos projets, plutôt qu'à celui de nos aspirations et de notre espérance (NE 1,6). Nous ne devons donc pas mettre ces images sur le même plan que nos théories cosmologiques actuelles concernant l'avenir de l'univers, ni les confondre avec des utopies purement terrestres. Le Nouveau Testament exprime en ces termes la vérité essentielle à ce propos: Dieu sera tout en tous (l Co 15,28). Quand la gloire de Dieu sera révélée à tous les hommes, le désir le plus profond de toute créature sera comblé, et le Royaume de liberté des fils et des filles de Dieu deviendra réalité (cf. Rm 8,22-23). La justice, la vie, la liberté et la paix de Dieu, la lumière de sa vérité et la gloire de son amour rempliront alors et transfigureront toutes choses. Le Règne et la gloire de Dieu seront la réalité ultime, qui englobera toute réalité dans un parfait bonheur.

L'espérance chrétienne attend l'achèvement de l'humanité et du monde de la puissance transformante de Dieu qui opérera l'événement eschatologique; cet avenir a déjà irrévocablement commencé pour nous en Jésus-Christ (NE 1,6). Nous ne sommes pas capables de construire le monde nouveau en favorisant une évolution ou une révolution, en étant conservateurs ou progressistes. Nous ne pouvons pas davantage le préparer en fondant un Règne de mille ans qui se réclamerait abusivement de Ap 20,4-6. Parce qu'il est l'ouvre de Dieu, le Royaume de Dieu n'est pas une utopie à l'échelle terrestre. Il faut résister à la tentation illusoire qui a poussé et qui pousse encore certains exaltés à vouloir édifier ici-bas un état théocratique.

Cependant, l'espérance du Royaume de Dieu n'est pas sans conséquences historiques. Au contraire, elle nous révèle pour la première fois la pleine signification du temps et de l'histoire. Elle va à rencontre d'une conception purement technocratique et dirigiste de l'avenir de l'humanité, qui n'est porteuse d'aucune promesse et qui engendre un sentiment de vide, d'inquiétude et d'effroi. Elle ne nous laisse pas indifférents à la honte et à l'horreur de l'injustice et de l'esclavage, qui défigurent le visage de l'homme sur notre terre (NE 1,6). Forts de leur espérance et de leur idéal d'amour, les chrétiens peuvent et doivent dès ici-bas, dans la mesure de leurs possibilités, ébaucher de façon partielle la réalité du Royaume de Dieu en étant des artisans de paix, pleins de miséricorde, des non-violents, des pauvres en esprit et des cours purs qui ont faim et soif de la justice et qui acceptent d'être persécutés pour elle (cf. Mt 5,3-12). Leur action en faveur de la paix et de la justice doit être l'image et l'effet anticipés de la justice parfaite et de la paix définitive dans le Royaume de Dieu (cf. GS 78). Enfin, l'espérance chrétienne implique aussi une responsabilité envers le monde en tant qu'il est la création de Dieu et de l'environnement de l'homme. Il faut donc distinguer l'espérance eschatologique et l'espérance d'un progrès à l'échelle de l'histoire; mais on ne peut pas les séparer totalement. Le deuxième concile du Vatican enseigne:

Certes, nous savons bien qu'il ne sert à rien à l'homme de gagner l'univers s'il vient à se perdre lui-même; mais l'attente de la nouvelle terre, loin d'affaiblir en nous le souci de cultiver cette terre, doit plutôt le réveiller: le corps de la nouvelle famille humaine y grandit, qui offre déjà quelque ébauche du siècle à venir. C'est pourquoi, s'il faut soigneusement distinguer le progrès terrestre de la croissance du Règne du Christ, ce progrès a cependant beaucoup d'importance pour le Royaume de Dieu, dans la mesure où il peut contribuer à une meilleure organisation de la société humaine (GS 39)

Aucun effort humain, si grand soit-il, ne pourra jamais combler l'espérance chrétienne à la mesure du dynamisme et de l'ambition qui anime celle-ci. Etant donné que l'espérance chrétienne se porte au-delà de toutes les limites humaines, elle ne peut qu'être déçue au niveau humain. Elle va nécessairement de pair en ce monde avec des tentations, des souffrances, des épreuves et des persécutions. Mais le chrétien qui croit dans le Dieu de l'espérance (cf. Rm 15,13), ne doit pas se résigner devant les déceptions que réserve la vie, devant les vicissitudes et les catastrophes de l'histoire. Son espérance est fermement ancrée en Dieu, qui nous a définitivement révélé son amour par Jésus- Christ, dans le Saint-Esprit, et qui nous l'a donné en partage. C'est pourquoi il peut dire avec le dernier verset du Te Deum (IV siècle): En Toi, Seigneur,j'ai mis mon espérance. Dans l'éternité je ne serai pas confondu.

Le mot Amen sur lequel s'achève la profession de foi de l'Eglise, dans sa forme liturgique, exprime également cette confiance et cette espérance. En hébreu, Amen se rattache à la même racine que le mot croire. L'Amen final du Credo reprend et confirme donc les deux premiers mots, Je crois; il signifie: Oui, c'est ainsi; )'e m'en tiens à cette foi; mon espérance trouve en elle un fondement assuré. Dans le Nouveau Testament, Jésus-Christ lui- même est appelé l'Amen (Ap 3,14). Il est le fondement, le contenu et le terme de notre espérance. Toutes les promesses de Dieu ont trouvé leur oui dans sa personne. Aussi est-ce par lui que nous disons Amen à Dieu pour sa gloire (2 Co 1,20). Fin de l'article

(Cet article est tirée du Catéchisme allemand pour adultes. La foi de l'église, Centurion / Cerf, 1987)

Jésus par Maître de Flémalle
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«Et, commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur expliqua dans toutes les écritures ce qui le concernait.»


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