Dominicains du Canada
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SERVICE CATéCHéTIQUE EMMAÜSMonde 3 : Une vie après la mortDans les dernières décennies, la recherche médicale a fait des efforts considérables pour cerner de plus près le phénomène de la mort. Des récits faits par des hommes qui ont pu être réanimés, après s'être trouvés dans un état de coma avancé, ont fait sensation. Leur expérience semble montrer qu'habituellement, l'entrée dans la mort n'est pas vécue dans l'angoisse, comme une torture, mais qu'elle est enveloppée de joie et de lumière. Cela pourra peut-être préserver certains de l'angoisse devant la mort. Mais cela ne nous apprend rien sur ce qui se passe dans la mort elle-même, ni à plus forte raison après la mort. Aucun de ceux qui ont été ainsi ramenés à la vie n'étaient réellement morts. Tous se sont trouvés au bord de la mort, mais ils n'en ont pas franchi le seuil. A la suite de Platon, beaucoup de philosophes ont tenté de démontrer rationnellement l'immortalité de l'âme humaine. Parce que l'âme est une réalité spirituelle, disent-ils, elle est par nature indestructible. Cet argument est souvent repris aujourd'hui sous une autre forme. On peut montrer qu'il y a dans l'homme une soif insatiable de vie et de bonheur, et une dynamique qui tend vers un au-delà de la mort. Le fait que nos désirs ne soient jamais pleinement satisfaits en cette vie, ou encore l'exigence d'une justice parfaite, pose inévitablement la question d'une vie après la mort. Il y a surtout l'amour, par lequel un homme et une femme veulent se lier pour toujours l'un à l'autre. L'amour ne peut pas s'accommoder de la séparation provoquée par la mort; il aspire à une communion totale et définitive. C'est dans cette soif d'une vie pleinement épanouie et parfaitement réussie que s'enracine l'idée de l'éternel. L'éternité ne signifie pas une vie qui se prolonge indéfiniment, et dans laquelle, par le fait même, nous ne serions jamais comblés; s'il fallait la comparer à une réalité de notre expérience terrestre, ce serait plutôt à un de ces rares moments de plénitude et de parfait bonheur où nous voudrions que le temps s'arrête, pour que notre joie soit sans fin. Tous ces indices prouvent que l'espérance d'une vie définitivement comblée après la mort est riche de sens. Il ne s'en dégage pas pour autant une certitude définitive. Parler de la mort, c'est poser la question du sens de toute la vie; on ne peut répondre à cette question qu'en prenant en considération l'ensemble formé par la vie et la mort. Pour le chrétien, la réponse à la question de la survie après la mort ne peut venir que de Dieu, le maître de la vie, qui est seul capable de nous donner la plénitude de la vie. La réponse définitive ne peut donc être trouvée que dans la foi. Les premières représentations que l'Ancien Testament donne de la vie après la mort sont celles d'une existence diminuée dans le royaume de la mort (shéol). Le défunt y apparaît tel un exilé, séparé de sa famille, de ses amis, de son peuple; il végète dans l'abandon et l'isolement, sans relation avec autrui; il ne peut plus louer Dieu avec ses frères. Cependant, la foi en un Dieu qui est le Dieu des vivants, et non des morts, ne pouvait pas à la longue se satisfaire de telles représentations. Lentement, mais sûrement, s'imposa la conviction que Dieu est fidèle à l'homme qu'il aime, jusque dans la mort. Même si, dans la mort, toutes les relations sociales sont rompues, la relation à Dieu subsiste. Différents psaumes expriment magnifiquement cette confiance: J'ai toujours été avec toi: Je sais bien, moi, que mon rédempteur est vivant, L'auteur de ces textes a compris que notre communion avec Dieu n'est pas atteinte par la désagrégation du corps et des relations terrestres. La communion avec Dieu est l'unique réalité qui subsiste même dans la mort. A partir de la foi au Dieu de la Bible et indépendamment de toute mythologie, certains croyants de l'Ancien Testament sont donc parvenus à la conviction que l'homme continue de vivre après sa mort. Ce Dieu ne garantit pas seulement le triomphe final de son peuple sur les puissances du mal, au terme de l'histoire; il nous donne aussi l'assurance que chaque individu aura part à cette victoire, et que la mort ne pourra le séparer de Dieu. Aucune description de l'au-delà n'est donnée. Il suffit de savoir que la vie éternelle, c'est Dieu lui-même qui nous aime d'un amour infini et qui nous accueille auprès de lui pour toujours. Dans les derniers écrits de l'Ancien Testament, cette espérance s'est encore précisée. Dans le Livre de la Sagesse, le juste persécuté met en Dieu son espoir et puise dans la pensée de la vie qui l'attend auprès de Dieu le courage de tenir bon dans l'épreuve. Les âmes des justes sont dans la main de Dieu et nul tourment ne les atteindra plus ... Même si, selon les hommes, ils ont été châtiés, leur espérance était pleine d'immortalité (Sg 3,1.4; cf. 3,15-16; 15,3-4). Dans un autre courant du judaïsme, apparaît l'idée que les morts ressusciteront (cf. Dn 12,2; 2 M 7,9.14; 12,43). Le Nouveau Testament sait également que Dieu n'est pas le Dieu des morts, mais des vivants (Me 12,27). Il reprend certaines images utilisées par le judaïsme et parle d'entrer dans le sein d'Abraham (cf. Le 16,22) ou dans le paradis (cf. Le 23,43). Le Nouveau Testament va cependant plus loin que l'Ancien Testament. Il atteste que la vie de Dieu est entrée véritablement dans notre monde avec Jésus-Christ, qui est la Résurrection et la Vie en personne (cf. Jn 11,25; 14,6). Celui qui écoute la parole de Jésus et qui l'accueille dans la foi, est déjà passé de la mort à la vie (Jn 5,24). Celui qui croit en moi, même s'il meurt, vivra; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais (Jn 11,25-26). Dans l'évangile de Jean, Jésus promet à ses disciples qu'ils seront là où il se trouve lui-même (cf. Jn 14,3). Chez Paul, l'espoir d'être pour toujours auprès de Dieu, qui apparaît dans certains textes de l'Ancien Testament, devient l'espoir d'être pour toujours avec le Christ (cf. Ph 1,23) et auprès du Seigneur (cf. 2 Co 5,8). Paul parle de ceux qui sont morts dans le Christ (l Th 4,16). Tandis que l'Ancien Testament disait: le ciel et la vie étemelle, c'est Dieu lui-même qui nous reçoit comme siens pour toujours, le Nouveau Testament précise: le ciel et la vie éternelle, c'est être totalement et définitivement uni au Christ, et par le Christ au Père. Pour l'Ancien comme pour le Nouveau Testament, le fait d'espérer, face à la mort, en un au-delà de la mort ne vient donc pas s'ajouter à la foi en Dieu; il en est la conséquence. Alors que toutes les relations sociales s'interrompent dans la mort, l'Ancien comme le Nouveau Testament espèrent en la fidélité de Dieu, qui, pour le Nouveau Testament, s'est manifestée de façon définitive en Jésus-Christ. Certes, la nature même de l'homme implique une exigence d'immortalité et de vie éternelle; mais cette exigence ne peut être satisfaite à partir de l'homme: elle requiert plus que l'homme lui-même ne peut donner. La réponse ne peut venir que de la source et de la plénitude de la vie, c'est-à-dire de Dieu. La vie nouvelle, l'immortalité de l'homme a le caractère d'un dialogue; elle est une existence reçue tout entière de Dieu et tout entière orientée vers lui. Cette vie éternelle en Jésus-Christ commence dans la foi, l'espérance et la charité, déjà en cette vie, où elle nous donne la force de nous engager au service de la vie. Elle trouve son achèvement dans la vision de Dieu face à face (cf. l Co 13,12). La rencontre avec Dieu qui se produit dans la mort signifie en même temps pour l'homme un jugement sur sa vie. Car il nous faudra tous comparaître à découvert devant le tribunal du Christ, afin que chacun recueille le prix de ce qu'il aura fait durant sa vie corporelle, soit en bien, soit en mal (2 Co 5,10; cf. Rm 14,10). De grands théologiens comme Augustin et Thomas d'Aquin ont expliqué que ce jugement ne doit pas être conçu comme une sentence extérieure, mais comme un événement spirituel. En présence de la vérité absolue de Dieu, qui nous est apparue en Jésus-Christ, l'homme se voit lui-même tel qu'il est. Les masques tombent, les illusions qu'on pouvait entretenir sur son propre compte s'effondrent. L'homme voit pour de bon s'il a réussi ou manqué sa vie. Selon le cas, il entrera dans la vie auprès de Dieu ou dans les ténèbres, loin de Dieu. La tradition de l'Eglise a longtemps tâtonné avant de parvenir à formuler clairement la vérité sur la vie nouvelle et éternelle en Dieu, qui commence pour chaque homme au moment de sa mort. Il est bien difficile de parler avec des mots humains, qui sont le reflet de notre expérience sensible, d'une vie au-delà de la mort. Dès le début, cependant, le fait que l'Eglise prie pour les morts constitue un point de départ ferme et sans équivoque pour une réflexion ultérieure. L'Eglise a très tôt exprimé sa conviction que les chrétiens défunts étaient vivants, en priant pour eux et en faisant mémoire d'eux dans la liturgie. Cette pratique est déjà attestée, par exemple, dans les anciennes catacombes chrétiennes. Elle s'est maintenue sans interruption jusqu'à nos jours, comme en témoigne l'usage de célébrer l'eucharistie à l'intention des défunts, ainsi que le rite des funérailles. Cette pratique n'aurait aucun sens si l'Eglise n'avait pas été convaincue dès l'origine que la vie continue après la mort. Sur cette base s'est progressivement imposée dans l'Eglise la conviction que la mort signifie la séparation de l'âme et du corps. Tandis que le corps se décompose après la mort, l'âme de ceux qui meurent en état de grâce est introduite pour toujours dans la communion avec Dieu. Pour bien comprendre cette doctrine, il faut entendre l'''âme au sens biblique du mot, non comme une partie de l'homme à côté du corps, mais comme le principe vital de l'homme considéré dans son unité et sa totalité, autrement dit son moi, le centre de sa personne. C'est en ce sens que le mot doit être entendu dans une décision doctrinale du pape Benoît XII, en 1336, selon laquelle les âmes des saints, aussitôt après la mort, et les âmes de ceux qui ont encore besoin de purification, au terme de celle-ci, entrent au ciel et voient Dieu face à face (cf. DS 1000; FC 961-963; DS 857; 1305; FC 36; 967; LG 49). Cette doctrine a été défendue et explicitée par la Congrégation romaine pour la doctrine de la foi en 1979 dans une déclaration sur ce sujet: L'Eglise affirme la survivance et la subsistance après la mort d'un élément spirituel qui est doué de conscience et de volonté, en sorte que le moi humain subsiste. Pour désigner cet élément, l'Eglise emploie le mot âme, consacré par l'usage de l'Ecriture et de la Tradition (Doc. cath., tome LXXVI, 1979, p. 709). Les objections contre cette doctrine sont nombreuses. Pour la Sainte Ecriture comme pour l'anthropologie contemporaine, dit-on, l'âme et le corps ne sont pas deux parties de l'homme; l'homme est un, corps et âme. La mort n'affecte pas seulement le corps, mais l'homme tout entier; inversement, la vie éternelle ne serait pas celle de l'homme, si elle n'était pas celle de l'homme tout entier. Les chrétiens de confession évangélique en ont souvent déduit la doctrine de la mort totale de l'homme: quand il meurt, l'homme meurt tout entier; c'est seulement à la fin des temps qu'il sera recréé par Dieu. La question est alors de savoir comment l'identité de l'homme dans cette vie et dans la vie future peut être sauvegardée. On parle souvent aussi d'un sommeil de l'âme jusqu'à la résurrection des morts. Si on veut dire par là que l'âme demeurerait inconsciente en attendant la résurrection, cela aussi contredit le témoignage de la Sainte Ecriture et de la tradition, où apparaît très tôt la conviction que les morts sont bien vivants; cela ressort notamment de la manière dont on prie pour eux. Une autre hypothèse contredit totalement la Sainte Ecriture et la tradition de l'Eglise; l'âme se réincarnerait après la mort pour recommencer une nouvelle vie en ce monde. Cette idée se rencontre dans de nombreuses religions non chrétiennes; elle a même pénétré aujourd'hui dans notre milieu culturel sous une autre forme. A l'arrière-plan se trouve notamment l'idée que nous pourrions ainsi nous purifier des fautes de la vie antérieure, recevoir une juste compensation pour des souffrances ou des privations que nous aurions dû subir, sans faute de notre part, dans cette première vie, et aussi trouver la possibilité de réaliser ce qui n'a pas pu être achevé dans le court laps de temps d'une seule vie. Mais la foi chrétienne est convaincue que même de nombreuses vies terrestres ne suffiraient pas pour purifier l'homme et le rendre parfait; Dieu seul, en appelant l'homme à vivre auprès de lui, peut le rendre saint, juste et parfait. De plus, d'après la conception chrétienne, on ne peut pas séparer le corps et l'âme à un point tel que l'âme pourrait revêtir différents corps, sans perdre par là son identité propre. Enfin, cette vie ne peut être vraiment prise au sérieux que si elle est vue comme l'unique possibilité de décider pour ou contre Dieu, et si elle trouve dans la mort son aboutissement définitif. Le fait que nous ne vivions qu'une fois correspond au fait que Dieu nous a sauvés une fois pour toutes en Jésus-Christ, et qu'à travers la mort, nous aurons part à cette grâce du salut pour toujours (cf. He 9,27-28). Avec toute la prudence et la réserve requises, nous allons tenter de mieux comprendre la réalité de la vie des défunts auprès de Dieu, en réfléchissant de façon plus approfondie sur les rapports entre le corps et l'âme. Puisque l'âme n'est pas une partie de l'homme à côté du corps, mais le centre de sa personne, c'est la personne humaine qui entre dans la vie auprès de Dieu. Mais le corps n'est pas non plus simplement une partie de l'homme; il est la personne dans son rapport concret au monde qui l'entoure et dans lequel elle vit, un rapport à ce point intime qu'une parcelle de monde, à savoir notre corps, est partie intégrante de nous-mêmes. Sur cet arrière-plan, on voit clairement ce que signifie la séparation de l'âme et du corps, à savoir la cessation, l'interruption de nos rapports avec notre milieu et notre monde. Cette rupture est exprimée d'une autre façon dans la représentation vétéro-testamentaire du shéol. La représentation traditionnelle de la séparation du corps et de l'âme n'est pas pour autant dépourvue de fondement biblique. Néanmoins, au regard de la foi, le corps et l'âme ne peuvent pas être totalement séparés l'un de l'autre, au point qu'il n'y aurait absolument plus aucun rapport entre eux. Il faut admettre que subsiste au-delà de la mort un certain rapport au corps et au monde, un rapport incomplet et qui échappe à notre expérience. La foi professe, en effet, que les morts qui vivent auprès de Dieu restent unis à nous en Jésus-Christ et dans l'Esprit Saint, à l'intérieur de la même communion des saints. Ce lien permanent s'exprime en particulier dans la prière pour les défunts. On voit clairement ici que l'espérance du chrétien va au-delà de la communion personnelle de l'individu avec Dieu; elle s'étend à la perspective d'un nouvel avenir pour l'ensemble de l'humanité, d'un corps transformé dans un monde transformé, et de la résurrection des morts. La tradition de l'Eglise distingue entre l'achèvement de l'homme individuel dans la mort et l'achèvement de l'humanité et de toute réalité dans la résurrection des morts à la fin des temps. (Cet article est tirée du Catéchisme allemand pour adultes. La foi de l'église, Centurion / Cerf, 1987) |
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