Dominicains du Canada
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SERVICE CATéCHéTIQUE EMMAÜSMarie 4 : Un donné historique difficile à cerner« Né de la Vierge Marie » : cette formule du Credo a un fondement biblique. Les deux récits de l'enfance de Jésus, chez Matthieu (cf. 1,18-25) et chez Luc (cf. l, 26-38), justifient cette affirmation. D'après le récit de l'Annonciation selon saint Luc, Marie demande à l'ange qui lui annonce l'incarnation de l'Emmanuel dans son sein: Comment cela se fera-t-il, puisque je suis vierge? (Le 1,34), ce qui indique bien qu'elle ne vit pas maritalement avec un homme. La réponse de l'ange explique la conception de Jésus- Christ par Marie comme une action créatrice extraordinaire de l'Esprit de Dieu: Rien n'est impossible à Dieu (Le 1,37). Le récit de Matthieu est encore plus clair. En songe, un ange explique à Joseph, le fiancé de Marie, comment celle-ci va devenir mère: Ce qui a été engendré en elle vient de l'Esprit Saint (Mt 1,20).I Matthieu reconnaît là l'accomplissement de la promesse de l'Ancien Testament, qu'il cite d'après une traduction grecque: Voici que la vierge concevra et enfantera un fils (Is 7,14). Si clairement fondée que soit la foi en la naissance virginale de Jésus dans ces deux textes, elle soulève aujourd'hui de nombreuses difficultés, dues au fait 48-49 que l'on interprète les textes bibliques en leur appliquant sans discernement les méthodes de la critique historique moderne. Nous relèverons ici trois de ces difficultés. 1. Les récits de Matthieu et de Luc ne sont pas des récits historiques au sens actuel du terme. On ne peut pas, pour autant, les écarter comme des légendes sans fondement historique; on doit plutôt les comprendre comme des récits édifiants (haggada), qui actualisent la tradition de l'Ancien Testament à la lumière de son accomplissement dans le Nouveau. L'événement et son interprétation théologique, le récit et la profession de foi sont alors indissolublement mêlés. Ces récits contiennent un noyau historique. Cependant, on ne doit pas y chercher d'abord des faits historiques, mais des affirmations de foi. Aussi a- t-on pu se demander si le thème de la naissance virginale était simplement une façon d'énoncer une vérité de foi, ou bien faisait lui-même partie de l'énoncé de foi. 2. Il y a des écrits du Nouveau Testament, notamment les épîtres de saint Paul, qui, à la différence de Matthieu et de Luc, ne parlent pas de la naissance virginale de Jésus. Dans les évangiles, Jésus est parfois appelé fils de Joseph (cf. Mt 13,55; Le 4,22; Jn 1,45; 6,42); ou bien il est question des parents de Jésus au pluriel (cf. Le 2,27.41.43.48). La naissance virginale pourrait dès lors apparaître comme une tradition particulière ou relativement tardive. Si toutes les traditions du Nouveau Testament ne connaissent pas la naissance virginale de Jésus, la foi au Christ ne peut-elle pas aujourd'hui également s'exprimer sans y faire référence? 3. Chez Matthieu et chez Luc, la naissance virginale se situe dans le prolongement d'une tradition plus vaste. L'Ancien Testament rapporte toute une série de naissances miraculeuses à propos de grandes figures de l'histoire d'Israël : Isaac, Sarnson, Samuel et finalement Jean-Baptiste. Cette tradition est reprise et en même temps dépassée par le récit de la naissance virginale; Jésus est présenté de cette manière comme l'accomplissement de l'Ancien Testament. Certains chercheurs font état, par ailleurs, de parallèles hellénistiques ou égyptiens. Le thème de la naissance virginale n'est-il pas un procédé littéraire plus ou moins courant à l'époque, qui pourrait être compris comme une simple manière d'exposer une vérité de foi? Nous ne pouvons ici qu'esquisser la réponse à ces questions. Nous avons déjà indiqué que la forme littéraire des évangiles de l'enfance ne permet pas de conclure à la non-historicité des faits qu'ils évoquent. Leur genre littéraire n'exclut nullement une compréhension objective, et on ne saurait douter que leurs auteurs entendaient rapporter des faits objectifs. L'argument que, dans leur forme actuelle, ces textes n'appartiennent pas aux plus anciennes couches rédactionnelles des évangiles, n'est pas déterminant. En effet, la véracité d'un récit n'est pas nécessairement fonction de son ancienneté. Du reste, ces textes, comme cela ressort de leur langage à forte coloration sémitique, reprennent eux-mêmes une tradition bien plus ancienne, qui remonte aux premières années du christianisme palestinien. Leur crédibilité se trouve encore affermie par le fait que Matthieu et Luc attestent indépendamment l'un de l'autre cette même tradition. Par ailleurs, le fait que Jésus, en plusieurs passages du Nouveau Testament, soit appelé fils de Joseph, n'est pas une objection décisive. En effet, d'après le droit juif, les fils adoptés portaient également le nom du père. Reste donc l'argument tiré de l'histoire des religions. L'hypothèse de l'influence de traditions hellénistiques ou égyptiennes ne résiste pas à un examen approfondi. Il y a bien des légendes apparentées, mais pas de parallèles réels. Ces analogies n'impliquent pas une généalogie. Il en va autrement des correspondances entre les récits évangéliques et l'Ancien Testament, qui sont d'une importance capitale. Mais le Nouveau Testament ne se contente pas de répéter l'Ancien; il le dépasse en l'accomplissant. On discute la question de savoir si, dans le texte hébreu original, Isaïe (7,14) parle explicitement d'une vierge, comme l'ont compris la version grecque des Septante et les Pères de l'Eglise, ou simplement d'une jeune fille en âge de se marier, comme le pensent la plupart des exégètes actuels. Quoi qu'il en soit, Isaïe annonce une naissance qui marque une nouvelle étape dans les relations entre Dieu et son peuple, et qui, par son caractère inattendu, constitue un signe pour la foi. Ce miracle, le Nouveau Testament le voit réalisé dans la naissance virginale de Jésus. L'enseignement de l'Eglise n'affirme pas seulement la naissance virginale de Jésus. Le cinquième concile ocuménique, réuni à Constantinople en 553, a proclamé le dogme de la virginité permanente de Marie. Marie est restée vierge non seulement avant, mais aussi pendant et après la naissance de Jésus (cf. DS 422; 427; 437; FC 318; 322; 330). Luther tenait fermement cette doctrine (Articles de Smalkalde). Il n'est pas suivi sur ce point par la plupart des exégètes protestants actuels. Ceux-ci renvoient aux passages de l'Ecriture qui parlent de frères et de sours de Jésus (cf. Me 6,3; Mt 27,56; l Co 9,5) et qui indiquent notamment que Jacques de Jérusalem était le frère du Seigneur (cf. Ga 1,19). Les exégètes catholiques ont répliqué qu'il faut interpréter ces expressions conformément au langage de l'époque et comprendre qu'elles désignaient de proches parents de Jésus, par exemple des cousins et des cousines. De tout cela, il ne découle pas que l'on puisse prouver historiquement la naissance virginale de Jésus, mais seulement que les arguments historiques que l'on voudrait y opposer ne sont nullement contraignants. Nous pouvons donc dire que les textes du Nouveau Testament autorisent, d'un point de vue purement historique, l'interprétation des Pères de l'Eglise qui s'est fixée dans le Credo. En fin de compte, ces textes nous livrent un mystère qui n'est pas accessible à une approche purement scientifique. Ce mystère ne se découvre à nous que si nous lisons les textes bibliques avec l'Eglise et à la lumière de sa tradition, telle qu'elle a trouvé son expression dans le Credo. Seule la profession de foi de l'Eglise peut nous apporter ici clarté et certitude. (Cet article est tirée du Catéchisme allemand pour adultes. La foi de l'église, Centurion / Cerf, 1987) |
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