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Jésus-Christ 4 : L'attitude et les gestes de Jésus

Jésus n'agissait pas seulement par la parole, mais aussi par son attitude, qui suscitait l'attention, l'étonnement et la contradiction. Parmi les données les plus anciennes de la tradition sur Jésus, il y a le repas qu'il partage avec les publicains, le pardon accordé à des prostituées et à d'autres pécheurs publics (cf. Mc 2,13-17; Mt 11,19), la transgression des prescriptions concernant le sabbat et des règles de pureté rituelle (cf. Mc 2,23-3,6; 7,1-23), les vendeurs chassés du Temple (cf. Mc 11,15-19). Comme pour l'institution du groupe des Douze (cf. Mc 6,7-13), il s'agit de gestes symboliques qui aident à comprendre son message et ses intentions, et dévoilent en même temps son style personnel. Cette manière de faire comprendre aux hommes, par des gestes et des signes qui sont ensuite expliqués par des paroles, la signification et les exigences du Royaume de Dieu, rappelle les prophètes de l'Ancien Testament et leurs actions symboliques.

C'est dans ce contexte également qu'il faut comprendre la célébration de la Dernière Cène, que Jésus a partagée avec ses disciples avant sa mort et qui annonce la Nouvelle Alliance de Dieu (cf. Mc 14,17-25). Toute la vie et l'activité de Jésus rendent manifestes la réalité cachée de Dieu, sa présence agissante en vue de notre salut et l'appel qu'il adresse aux hommes. C'est pourquoi Jésus peut dire dans le quatrième évangile: Qui m'a vu a vu le Père (Jn 14,9).

Une signification particulière s'attache aux actes extraordinaires de Jésus que nous appelons des miracles. En eux s'accomplissait quelque chose de la promesse des prophètes:

Les aveugles retrouvent la vue, les boiteux marchent droit, les lépreux sont purifiés et les sourds entendent, les morts ressuscitent, la bonne nouvelle est annoncée aux pauvres (Lc 7,22; cf. Is 35,5-6, etc.).

Ces récits de miracles des évangiles nous posent aujourd'hui bien des problèmes. La définition contemporaine du miracle, qui est tributaire de la pensée scientifique moderne et suppose une transgression des lois de la nature, est inconnue de la Bible. Dans l'élan de sa foi en Dieu, créateur de l'univers et maître de l'histoire, la Bible considère que toutes les ouvres de Dieu sont admirables, tout en sachant bien qu'il peut aussi manifester sa puissance par des actes extraordinaires. Sur le mécanisme de ces actions et surtout sur leurs rapports avec les causes et les forces naturelles que Dieu utilise d'ordinaire, la Bible ne s'interroge pas, si bien que son approche des faits peut nous donner l'impression d'être irréfléchie et naïve. A cela s'ajoute que les récits bibliques de miracles sont construits d'après des modèles narratifs qui étaient d'usage courant à l'époque. Plusieurs facteurs concourent donc à nous en rendre la compréhension difficile : une pensée qui nous est devenue étrangère et qui avait une autre vision de la nature; une autre conception des récits historiques et une autre façon de les présenter, qui fait ressortir le sens profond des événements plus qu'il ne les reconstitue dans leur déroulement concret.

Malgré ces difficultés, même la critique historique la plus intransigeante n'ose pas mettre en doute que Jésus ait accompli des gestes extraordinaires, inexplicables, surtout des guérisons. Les récits de guérisons contiennent fréquemment des indications précises sur les personnes concernées, leurs noms et les circonstances de l'événement. La foule des gens qui suivent Jésus, sa renommée qui se répand, l'impuissance de ses adversaires qui ne peuvent pas contester les faits, la transmission de ces souvenirs qui commence très peu de temps après Pâques, à un moment où les témoins oculaires de la vie publique de Jésus vivaient encore: cet ensemble de traits résiste à tout essai d'interprétation réductrice.

La science moderne de la nature se limite délibérément, dans sa manière d'aborder la réalité, à ce qui est intérieur au monde; elle fait consciemment abstraction de la question de Dieu. Cette attitude est tout à fait légitime, eu égard aux présupposés méthodologiques des sciences de la nature. Mais ce n'est qu'une manière parmi d'autres, et non la seule possible, de comprendre la réalité. La foi ne peut pas se satisfaire d'une telle approche, si elle prétend rendre compte de toute la réalité. La foi au Dieu vivant, créateur du ciel et de la terre, perdrait toute signification s'il était exclu que Dieu puisse agir également d'une manière extraordinaire dans le temps et dans l'histoire. Une telle foi serait sans consistance.

Les miracles de Jésus n'étaient pas de simples gestes spectaculaires. Jésus a constamment refusé les signes dans le ciel qu'on lui réclamait (cf. Mc 8,11-13; Lc 11,29; Jn 6,30). Les miracles ont pour but de faire réfléchir et d'amener à la foi. D'autre part, seuls des yeux et des oreilles éclairés par la foi peuvent saisir la véritable portée de ce que fait Jésus (cf. Mt 11,4-6; Le 10,23-24). Ses miracles sont des gestes significatifs, destinés à faire voir que dieu veut nous sauver et nous libérer; ils sont des signes de l'avènement du règne de Dieu: Mais si c'est par le doigt de Dieu que je chasse les démons, alors le Règne de Dieu vient de vous atteindre (Lc 11,20; cf. Mt 12,28). En ressuscitant des morts, il montre jusqu'où va la puissance vivifiante de Dieu qui se manifestait déjà aux yeux de ses contemporains dans les guérisons de malades. Le miracle de la tempête apaisée sur le lac de Génésareth (cf. Mc 4, 35-41) est un sauvetage qui illustre l'efficacité de l'aide divine que nous apporte Jésus.

La grande multiplication des pains, chargée de nombreux symboles, est pour l'essentiel un don miraculeux qui révèle la générosité inépuisable dont Dieu fait preuve dans la distribution de ses bienfaits; comme autrefois durant la marche d'Israël à travers le désert, ainsi en va-t-il maintenant - par l'intermédiaire du Messie - dans les repas que Jésus partage avec ses disciples et le peuple (cf. Mc 6,34-44; 8,1-10). Tout cela tend à faire apparaître que Dieu est vainqueur de la maladie et de la souffrance, de la mort et du mal. Le pouvoir souverain de Jésus et sa gloire, encore cachée dans sa vie terrestre, doivent également transparaître dans ces actes. Le message des miracles est qu'en Jésus, la bonté de Dieu et son amour pour les hommes sont apparus (Tt 3,4). Fin de l'article

(Cet article est tirée du Catéchisme allemand pour adultes. La foi de l'église, Centurion / Cerf, 1987)

Jésus par Maître de Flémalle
Service de formation à la foi chrétienne dans la tradition de l'église catholique


«Et, commençant par Moïse et par tous les prophètes, il leur expliqua dans toutes les écritures ce qui le concernait.»


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